‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 205 sur 231 · CHAPITRE XII. — JANVIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — JANVIER

commandement. Il a pris mon fils Pierre pour officier d'ordonnance et s'est embarqué avec lui, le 48, à Marseille.

30. — Il serait vraiment temps de commencer les travaux, qui devraient èti'e à moitié faits, à Port-Vendres. Si une guerre survenait, il faudrait qu'un vaisseau de ligne pût se réfugier dans le port, ce qui dans l'état actuel est impossible.

Les retards qu'éprouvent les travaux de Port-Vendres sont une nouvelle preuve que la lenteur administrative est une des plaies de notre époque. Lorsque les écritures des arsenaux maritimes se bornaient au strict nécessaire pour constater les dépenses, on faisait à la fois plus de besogne et moins de bruit. La France possédait alors 70 vaisseaux et 65 frégates, elle n'en aura pas la moitié, après une dépense de 195 millions; en revanche, elle compte dès aujourd'hui 1.360 employés pour la seule comptabilité du matériel.

28décembre. — Je comptais partir pour Paris le 30 décembre; au lieu de cela, me voilà à Amélie-les-Bains. Il y a quinze jours, au moment où j'arrivais en selle, le cheval de mon ordonnance s'est jeté sur le mien, et j'ai reçu un violent coup de la poignée de son sabre sur le genou droit; il en est résulté de l'enflure sans douleur, et le médecin a pensé avec raison que les douches dissiperaient cet engorgement.

J'évite parla d'être à Perpignan le premier jour de l'an; je ne veux pas recevoir de vœux à l'endroit de mon retour, n'ayant pas l'intention d'y revenir.

4 janvier. — J'ai été visiter le terrain sur lequel on doit établir l'hôpital militaire d'Amélie-les-Bains.

J'ai travaillé dix ans de ma vie à l'obtenir: il y a quatre ans qu'il est décidé en principe, et les travaux ne sont pas encore commencés. L'eau et le terrain sont acquis par le gouvernement. Cet établissement sera un véritable bienfait pour l'armée, et ce sera le premier établissement thermal militaire créé en France. Je crains fort que, pour épargner

quelques mille francs, on ne fasse quelque chose de médiocre.

8. — ■ Je suis parti de Perpignan par la malle-poste à sept heures du matin; je me suis mis à lire dans la Remie des Deux Mondes un remarquable article du capitaine de corvette Jurien de la Gravière sur la dernière guerre maritime. J'ai mis quinze heures pour faire les quarante-huit lieues qui séparent Perpignan de Toulouse.

10. — Nous sommes débarqués à quatre heures à Bordeaux. J'ai été immédiatement chez le préfet Sers, chez le lieutenant général de Castelbajac, commandant la division, et chez l'archevêque Donnet. J'ai refusé à dîner chez Mme Sers, étant engagé chez M. Soye, facteur de pianos, ancien sous-lieutenant de mon régiment, le 5» de housards. Il avait invité également M. Cuenot, capitaine en retraite, qui sort également du 5* de housards. Nous avons causé de notre ancien régiment, et fort drôlement, entre autres d'une vieille baronne de Turckheim qui possédait six mille francs de rente et qui avait épousé un troupier, le capitaine Martin, beaucoup plus jeune qu'elle. Ce pauvre Martin supportait toutes ses tribulations avec une patience vraiment héroïque, mais Mme Martin, qui avait un accent alsacien très prononcé, se plaignait de ce que le capitaine ne remplissait pas les « tevoirs conchigaux ».

13. — Je suis parti de Bordeaux le dl janvier. J'ai pris le chemin de fer à Tours aujourd'hui à trois heures, et je suis arrivé à Paris à dix heures et demie du soir.

14. — J'ai été voir le ministre de la guerre Saint- Yon, qui insiste beaucoup pour que je reste dans la 21° division, malgré mon désir de la quitter. J'ai fait hier soir dans le salon de Mme de Castellane connaissance avec M. Ponsard.

J'ai remarqué qu'au milieu des compliments dont on l'accablait, on lui disait toujours qu'il était à regretter que Bocage et Mme Dorval aient été d'aussi mauvais interprètes. A quoi il répondait que Mme Dorval a cinquante-cinq ans et qu'elle n'offre plus, par conséquent, l'illusion de la jeunesse. On a beaucoup critiqué la toilette de cette actrice; elle n'avait pas voulu la faire connaître à l'avance à M, Ponsard; j'ai conclu.

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