CHAPITRE XII. — JANVIER
d'après tous les éloges qu'on lui a faits, que sa tragédie (Agnès de Méranie) n"est pas excellente.
15. — Les ducs de Nemours et d'Aumale ont assisté au comité des inspecteurs généraux d'infanterie, pour le classement des officiers supérieurs sur le tableau d'avancement. J'ai parlé avec force afin de faire entrer l'âge des candidats pour beaucoup plus que l'ancienneté dans le classement par ordre de mérite. J'ai été soutenu par le général Changarnier; quelques incapacités m'ont combattu. Les ducs de Nemours et d'Aumale s'étant prononcés, mon avis prévaudra.
10. — J'ai retrouvé chez Mme de Castellane M. Craven, attaché à l'ambassade d'Angleterre; il a épousé Mlle de La Ferronnays. Nous avons parlé de ma course au galop, au haut du rocher de Gibraltar, où il m"a vu en 1827, alors qu'il était officier au 43« régiment anglais.
18. — Ce soir, j'ai été au bal chez la duchesse de Galbera, où le monde fashionable se trouvait réuni.
Les désordres pour les grains continuent dans beaucoup de départements: on a pillé des châteaux et massacré des propriétaires. M. le vicomte Dubouchage a reproché au gouvernement de n'avoir pas de troupes partout. Cela est simplement impossible : l'Empereur disait qu'avec ses huit cent mille hommes il ne pouvait pas occuper tous les villages du royaume de Naples.
19. — Après mon départ du bal, chez la duchesse de Galbera, le feu a pris à un calorifère; cela a été une véritable débâcle. Les femmes qui n'avaient pas de voiture se précipitaient dans la boue avec leurs petits souliers. On a coupé une poutre enflammée, et cela a été fini. Ceux qui étaient restés se sont remis à danser.
25. — J'ai été chez le maréchal Sébastiani. Il est bien vieilli; sa parole est très embarrassée. Il faisait, suivant son usage de tous les soirs, une patience. Il était en tête à tète avec sa fille, la duchesse de Praslin, qui faisait du tricot. Elle est aimable et malheureuse. Elle a neuf enfants; son mari ne soufl're pas qu'elle donne le moindre ordre pour leur éducation.
26. — L'agitation pour les grains continue; les associations communistes agissent. On a menacé le maire de Loches de promener, sous peu de jours, sa tête au bout d'une pique. La situation est grave; nous sommes menacés d'un bouleversement social. Les préfets et les officiers généraux montrent beaucoup de faiblesse.
Le journal de George Sand fait beaucoup de mal dans les départements de l'Indre et du Cher. M. Considérant et autres communistes se rassemblent chez elle. On a fait et on a répandu dans le peuple des catéchismes. Les émeutiers vous répondent bravement : « Les récoltes de la terre appartiennent à l'homme. » On aurait dû agir avec plus de vigueur qu'on ne l'a fait contre tous ces désordres.
29. — M. Alexandre Dumas a plaidé dans un procès qu'il avait avec des journalistes pour n'avoir pas, selon ses engagements, fourni des feuilletons. II a fait valoir son voyage en Espagne pour le mariage de M. le duc de Montpensier, et celui qu'il a fait en Algérie, d'après l'ordre de M. de Salvandy. M. le chancelier Pasquier a eu une scène très vive, chez Mme de Boigne, avec M. de Salvandy, parce qu'il a envoyé M. Alexandre Dumas en Algérie, en lui disant que lui seul pourrait faire connaître la vérité sur ce pays.
M. Dumas, dans son plaidoyer, a compromis prince et ministre; c'est un homme peu estimé, mais qui a un grand talent comme écrivain.
Voici ce qu'il a dit dans son plaidoyer :
« Quant à mon voyage, je dirai que je n'ai jamais rien sollicité ; seulement M. le duc de Montpensier, qui a quelques bontés pour moi, me dit un jour : « Venez à mon mariage; il « est important que vous et M. Hugo, vous soyez à une fête « nationale. » M. de Salvandy me fit venir. « Pouvez-vous, « me dit-il, partir pour l'Espagne et l'Algérie? — Cela se « trouve admirablement, lui répondis-je, car j'ai besoin de « repos. — Vous irez en Espagne, reprend le ministre, vous « assisterez au mariage, vous irez ensuite en Algérie visiter le « plus beau pays du monde, pays parfaitement inconnu, sur- « tout à nos députés, qui chaque jour en parlent sans le con-