CHAPITRE XII. — JANVIER
« naître et qui ont le plus grand besoin d'être éclairés à « l'endroit de ces hautes questions. »
« J'allai donc en Espagne, et j'y allais si bien comme invité que j'étais le seul Français qui assistât au mariage intime; c'est là que je reçus le grand cordon de Charles III qui fut donné, non pas au littérateur, mais à l'homme, mais à moi Alexandre Dumas Davy, marquis de la Pailleterie. »
30. — Le duc de Sabran, pair de France, est mort à Marseille le 22 janvier. Sous la Restauration, le duc de Blacas, qui tenait beaucoup à sa parenté avec les Sabran, etc., le fit faire duc. Il avait épousé Mlle de Pontevès. Il est le dernier de l'illustre nom des Sabran. Il a fait prendre son nom à deux de ses neveux de Pontevès; l'un a épousé Mlle de Praslin, l'autre Mlle de Pons, et il les a institués ses héritiers.
31. — Voici un article du National, curieux, sur le plaidoyer de M. Alexandre Dumas :
« ...Combien nous regrettons de ne pouvoir reproduire en entier la harangue du marquis devant le tribunal, l'inventaire de sa fécondité, tant de lignes qui font tant de volumes, 26,000 lignes à celui-ci, 30,000 à celui-là, 70,000 à un autre : 80 volumes en une année! Telle est la marchandise qu'il a livrée, sans compter celle qu'il n'a pas livrée et qui le menait devant ses juges. Mais qu'il était fier quand il s'est écrié : « Les académiciens sont quarante. Qu'ils s'engagent à vous c donner quatre-vingts volumes par an ; ils vous feront ban- « queroute. J'ai fait ce que jamais homme n'a fait, ni ne « fera. » Il a été superbe...
« Quel admirable résumé d'une vie de Plutarque ! Tout est là, tout. Il a vu l'Espagne, il a vu l'Algérie, il a vu Tunis; partout il a représenté la grandeur de son pays; c'est lui qui a sauvé du yatagan nos douze compatriotes ! Et ce vaisseau qui n'a servi qu'à lui et à un prince! Et cette question d'Afrique qu'il veut seul élucider pour nos députés qui n'y comprennent rien! Il est vrai que ceci n'est pas de son invention. C'est M. de Salvandy qui trouva la chose. Le comte et le marquis se rencontrèrent : deux noblesses bien dignes de se comprendre. Quel malheur de n'avoir pas assisté à l'entrevue
de ces deux génies dont le front devait heurter les comètes I » Le maréchal Bugeaud avait demandé au général Lamoricière un rapport sur la colonisation; il ne lui a pas convenu, et il a fait imprimer et publier une brochure pour combattre son subordonné. Le général Lamoricière va maintenant faire imprimer de son côté; cela est un beau désordre.
8 février. — Aujourd'hui, à la Chambre des députés, mon fils a parlé sur le paragraphe des finances. Sa parole est toujours claire et facile; il a dit avec vérité que les réformes ne pouvaient être opérées que par les conservateurs.
10. — Mon fils, à propos du paragraphe de l'Afrique, a demandé compte de ce qu'un célèbre entrepreneur de feuilletons avait été chargé, sur les fonds destinés à encourager les lettres indigentes, d'une mission pour faire connaître l'Afrique à la France. Le bateau à vapeur de la marine royale le Véloce avait été envoyé à Cadix pour y prendre ce monsieur, et mis à sa disposition. Le ridicule a été énorme; la dépense a dépassé trente mille francs. Mon fils a demandé des explications aux ministres de l'instruction publique, de la marine et de la guerre. M. de Mackau a dit qu'il n'y était pour rien, que le Véloce était sous les ordres du maréchal Bugeaud. M. de Saint-Yon, ministre de la guerre, a répondu qu'il ignorait les faits. On a vu le moment où le Véloce aurait marché tout seul. M. de Salvandy, ministre de l'instruction publique, a 'dit que c'était lui qui avait donné la mission en Algérie « à cet écrivain (il n'a pas nommé M. Dumas), parce qu'il avait jugé bon que cette terre d'Afrique fût mise par les communications les plus multipliées en rapport avec la France ». Les ministres ont été pitoyables. M. de Rémusat disait ce soir, spirituellement, que Henri avait fait son « premier Paris » avec son discours sur les finances et son feuilleton avec M. Dumas.
11. — M. Alexandre Dumas a écrit à différents journaux sur l'incident d'hier : « L'homme qui montait le Véloce, dit-il, est un homme qui n'a jamais dit que ce qui est; d'ailleurs, il n'avait besoin de rien dire, puisque le fait était consigné sur son passeport, et que ce passeport, signé du ministre des affaires étrangères Guizot, était déposé entre les mains du capitaine...