CHAPITRE II. — DECEMBRE
gamelle, faute d'assiettes, et nous avons bu du vin de Chambertin, de Champagne et de Malaga au bruit du canon. Ce festin a été gai et a eu du succès. Je donnerai demain un déjeuner dans le môme genre; j'ai fait rafraîchir les officiers qui sont venus successivement faire des rapports.
2. — Les pluies très fortes retardent les opérations du siège; la tranchée de droite devient impraticable; l'artillerie est fort embarrassée pour armer ses batteries.
Rapport du maréchal de camp comte de Castellane à M. le maréchal comte Gérard , commandant en chef l'armée du Nord^ sur son service de tranchée du 1" au 2 décembre 1832, devant la citadelle d'Anvers.
« Le 1" décembre, à midi, j'ai pris le service; il était mal organisé; les troupes étaient harassées, une partie des travailleurs, entre autres ceux du 61' régiment, n'avaient pas reçu de pain, on ne leur avait pas délivré celui du 1" décembre, plusieurs hommes sont tombés de faiblesse. On exigeait que les gardes de tranchée fussent tous debout pendant les vingt-quatre heures; c'était inutile et inexécutable. J'ai ordonné qu'il n'y en eût que moitié à la fois debout, les numéros pairs et impairs alternativement.
I J'ai prescrit de placer la nuit des sentinelles couchées par terre, à vingt ou trente pas des ouvrages, pour éviter les surprises, et des factionnaires, le jour, à la tête des sapes, pour protéger les travailleurs.
« Si l'on veut que le service se fasse bien, il est indispensable qu'il soit commandé par bataillons, suivant le règlement. Le colonel et les chefs de bataillon de tranchée n'ont eu qu'à midi et demi, à leurs cantonnements, l'avis qu'ils devaient la monter à midi; ils n'ont pu arriver qu'à trois heures. Il faut au moins douze officiers dïnfanterie aidesmajors de tranchée, attachés au major de tranchée pour toute la durée du siège, afin qu'il y en ait quatre, chaque jour de service, suffisamment reposés pour bien faire.
« Une compagnie du 2o%qui avait ouvert la tranchée, avait
été oubliée sur la route de Wibryck à deux cents mètres environ de la parallèle; une du 61* à la Vieille Écluse l'avait été également. Le règlement veut que le détachement des gardes et des travailleurs envoient un caporal d'ordonnance à la queue de la tranchée pour servir de guide aux troupes qui doivent les relever; j'ai prescrit à M. le major de tranchée d'y veiller.
« Je demande qu'on établisse des poteaux pour indiquer les batteries et les différents boyaux. Le 2 décembre, trois cents travailleurs entrés dans la tranchée à cinq heures du matin ne sont arrivés à leur emplacement de travail qu'à huit heures, faute d'indication, et parce qu'il n'y avait pas à la queue de la tranchée de caporal de travailleurs descendants pour les conduire.
a II est indispensable d'établir des dépôts de pain et d'eaude-vie dans la tranchée pour en faire des distributions extraordinaires; avec un service aussi pénible et par un pareil temps, il ne faut pas regarder à distribuer des rations en plus grand nombre, quand même les troupes de tranchée devraient en recevoir le double. Trois bataillons de garde, dont un de reserve, me paraissent nécessaires pour la garde d'une tranchée aussi étendue. Il est difficile que les mêmes brigades supportent les fatigues du siège; il serait juste que toutes en partageassent la gloire et les fatigues; le service y gagnerait, et toutes pourraient se reposer six jours dans les cantonnements qui couvrent le siège. Les troupes qui sont bivouaquées se plaignent; il serait facile de les placer dans des maisons par 50 ou 100 hommes, et alors elles seraient au moins à l'abri, quand elles ne sont pas à la tranchée.
« A l'exception de Teau-de-vie, qu'il est bon de ne distribuer que tous les jours, il faudrait qu'on donnât le pain et la viande pour deux jours; ces distributions journalières sont encore une source de fatigues pour les troupes du siège.
« La tranchée de gauche est très pénible; il y a de la boue jusqu'aux genoux. Les batteries n"» 7 et 8 sont, à cause du terrain, très difficiles, pour ne pas dire impossibles, à armer en ce moment, le terrain des batteries s'affaissant. Les soldats se