‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 210 sur 231 · CHAPITRE XII. — AVRIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — AVRIL

amélioration dans les finances de France et intégrité. Il augmenta de quatre millions trois cent mille francs la dotation de la Légion d'honneur. Le 13 décembre 18^2. il se retira du ministère. Louis XVIII le créa le lendemain comte et pair de France. Durant son ministère, les recettes de l'État dépassaient annuellement les dépenses de cinquante millions cent mille francs. 3Iinistre des finances pour la troisième fois en 1828, il se retira en 1829. Il a toujours siégé à la Chambre des pairs depuis 1830. L'autorité du comte Roy en matière de finances était suprême.

Je me souviens encore de l'avoir vu, dans mon enfance; c'était l'avocat de mon père, il plaidait pour lui comme ami, car, dès lors, il était trop riche et ne recevait pas d'argent.

C'était un homme d'esprit, un peu cassant, honnête homme, dévoué à ses amis, mais pas toujours aimable pour eux, car il avait peu de liant dans le caractère. J'ai causé longtemps avec lui, à sa soirée du lundi 29 mars. Je ne me doutais certes pas, ni lui non plus, qu'il n'avait pas huit jours à vivre.

11 a été longtemps subrogé tuteur de Mme de Gastellane et toujours affectionné à ma famille.

8. — Un événement aussi terrible qu'imprévu est venu nous frapper aujourd'hui. Mme de Gastellane était souffrante depuis dix jours; rien ne pouvait faire présumer sa fin prochaine. Je dînais chez le ministre du commerce Cunin-Gridaine, et je l'avais laissée à six heures causant assez gaiement avec la comtesse de Contades, quoiqu'elle se plaignit de manquer de force.

Un domestique est venu me chercher à huit heures : il m'a fait sortir du salon, en me disant : « Madame est très mal, très mal. » En montant l'escalier, un autre domestique m'a dit : <■<■ Tout est fini. «

Je ne pouvais en croire mes yeux en voyant cette chambre de désolation : ma fille Sophie était à genoux au pied du lit de sa mère; le docteur Andral et les médecins faisaient ce qu'ils pouvaient sans espoir de ranimer cette figure, qui était belle, pâle, mais non décomposée. Le docteur Andral n'était pas le moins étonné; il l'avait vue le matin, il la croyait loin de sa T. III. 2a

fin. Mon fils Henri, qui était au spectacle, est arrivé. Le docteur Andral a été d'avis de ne pas prévenir ma fille Hatzfeldt, vu son état de grossesse.

L'abbé Dupanloup s'est chargé d'annoncer demain à Mme de Hatzfeldt la triste nouvelle de la mort de sa mère. 3Ia pauvre belle-mère Mme d'Aubusson, à soixante-dix ans, ne s'attendait pas à survivre à sa fille; elle fait pitié.

Ma présence était inutile dans cette chambre; je me suis couché et je n'ai pu fermer l'œil de la nuit.

9. — Le duc de Mortemart a été comme à son ordinaire, en cette circonstance, très bon ami pour moi. Le duc de Rohan-Chabot,tous les siens, tous lesGontautse sont montrés bons parents.

Le Roi a envoyé un officier de sa maison avec une voiture de la cour, pour me faire son compliment de condoléance en son nom et en celui de la famille royale. Madame Adélaïde et Mme la duchesse d'Orléans ont agi de même.

10. — Le salon de Mme de Castellane était le premier de Paris; pas un étranger de distinction n'arrivait ici sans s'y faire présenter. Le corps diplomatique y passait sa vie; les gens distingués par leur position ou par leur mérite y affluaient. Mme de Castellane avait le talent de mettre chacun en valeur : il n'y avait pas d'homme médiocre, sortant de son salon, qui ne fût content de ce qu'il avait dit. La conversation générale n'était pas politique; elle était plutôt littéraire et anecdotique : aussi les gens distingués de toutes les opinions s'y rencontraient. Mme de Castellane restait tous les soirs chez elle, et ne rendait ses visites que le matin : on était toujours sûr de trouver sa maison ouverte. Mme de Castellane est universellement regrettée; son esprit et son amabilité étaient remarquables.

11. — L'intérêt qu'inspire la fin cruelle et inattendue de Mme de Castellane est universel.

Le lendemain de la mort de Mme de Castellane, Madame Adélaïde, de même que la Reine, quand elle savait qu'elle était souffrante, avait envoyé savoir de ses nouvelles. Un valet de chambre est venu, pendant le déjeuner delà famille royale, annoncer tout bas à l'oreille de 3Iadame Adélaïde qu'elle était

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