CHAPITRE XII. — JUIN
pairs pour poursuivre M. Emile de Girardin. Celui-ci s"est fait longtemps prier pour parler; il n"a pas pu apporter de preuves pour la vente des promesses de pairie, etc. Il a lu une lettre de son père putatif, le comte Alexandre de Girardin, qui écrivait au Roi, le 23 février 1846, pour se plaindre de ce que M. Guizot ne voulait lui donner la pairie que sur la promesse que, par son influence sur son fils, il disposerait du journal la Presse.
M. Guizot a lu une lettre de M. de Girardin, de 1838. par laquelle il offrait au ministère de renoncer à la rédaction en chef de la Presse, si on voulait nommer pair le général Girardin. M. Guizot a ajouté que M. Emile de Girardin était venu plusieurs fois lui parler du désir de son père.
La Chambre des députés a autorisé la Chambre des pairs ù appeler à sa barre M. Emile de Girardin.
20. — Les procès Cubières et Girardin ont le privilège d'occuper en ce moment l'opinion. Le succès qu'a obtenu le ministère à la Chambre des députés, pour l'autorisation de traduire M. de Girardin devant la Chambre des pairs, n'a été que d'un moment; le ministère est toujours dans une fort mauvaise position.
22. — Séance à la Chambre des pairs pour l'affaire de M. de Girardin. Jamais les tribunes de la Chambre des pairs n'avaient été aussi bien garnies; celle des ambassadeurs, ordinairement vide, était pleine comme les autres; il y avait beaucoup de jolies femmes. Le baron Charles Dupin s'est montré bien peu galant pour un auditoire choisi comme nous n'en avons jamais, en réclamant le comité secret. La très grande majorité n'en voulait pas. M. Dupin a dit que si la Convention avait voté en comité secret, Louis XVI n'aurait pas été condamné. Il y a eu une discussion. M. Mole a fait observer que, du moment que cinq membres réclamaient le scrutin secret, il fallait s'y soumettre; que c'était un article de la Charte; que. par conséquent, il n'y avait pas lieu à discuter. Cela ne se trouve pas dans la Charte pour la Chambre des pairs, parce qu'alors ses séances n'étaient pas publiques, et que depuis, on n'a pas revisé cet article.
M. de Girardin a été acquitté par 134 voix sur 199 votants. Les ministres, qui étaient les seuls véritablement attaqués dans son article, ont eu le tort de vouloir faire de cette condamnation une affaire politique. J'ai remarqué que les aides de camp du Roi, le duc d'Estissac entre autres, étaient très prononcés pour l'acquittement. Je suppose que l'opinion personnelle du Roi n'était pas pour la condamnation.
25. — La Cour des pairs s'est assemblée en chambre de conseil pour prononcer sur les mises en accusation des prévenus Gubières, Teste, Parmentier et Pellaprat. La Cour était présidée par M. le duc Pasquier, chancelier de France. On a commencé la délibération pour savoir si M. Teste serait mis en accusation; on a appelé chaque pair, en commençant par le dernier reçu et en finissant par le chancelier.
Un beau discours de M. Troplong, membre estimé de la Cour de cassation, a entraîné beaucoup de voix pour la mise en accusation. Au fur et à mesure de l'appel d'un pair, il est libre de motiver son vote, de prononcer un discours pour ou contre l'accusation, parce qu'on est en chambre de conseil. J'ai voté pour la mise en accusation.
Le duc Pasquier, en votant pour la mise en accusation, a très bien parlé. Il a prouvé que l'instruction a été aussi complète que possible. Le chancelier s"est montré, malgré son grand âge, vraiment remarquable; il y a dans ses interrogatoires, reproduits dans les volumineuses pièces distribuées, une clarté, une fermeté et une habileté incontestables. Sur 181 votants, il y a eu 142 voix pour la mise en accusation. La séance a été levée à six heures un quart du soir; elle a duré plus de six heures, sans un moment de repos.
26. — Aujourd'hui, après cinq heures de séance, la Cour des pairs a rendu l'arrêt de mise en accusation contre MM. Cubières, Parmentier et Pellaprat. Le seul véritable débat a eu lieu pour la charge d'escroquerie relevée contre M. de Cubières; quelques officiers généraux n'ont pas voulu voter l'accusation d'escroquerie. Le général Gourgaud a prononcé là-dessus quelques paroles fort sottes, avançant qu'un lieutenant général ne peut pas être un escroc; cela en pré-