CHAPITRE XII. — JUILLET
sence des pièces du procès. Suivant moi, c'est une fort ridicule manière de vouloir montrer son respect pour Ihonneur de l'habit; pour mon compte, j'ai dit : Oui, en mon âme et conscience, sur toutes les questions et pour tous les accusés.
Le maréchal Bugeaud ne veut décidément pas retourner en Algérie. Il a écrit à M. Thiers qu'il ne consentira à reprendre son commandement que si on lui accorde les camps agricoles , etc. , et qu'il le verra aux eaux des Pyrénées , où M. Thiers accompagne sa femme; il paraît que le gouvernement en a pris son parti. On croit que le duc d'Aumale commandera en Algérie, soit avec le titre de gouverneur, soit avec celui de vice-roi.
0 juillet. — Séance insignifiante à la Chambre des pairs; on ne s'y entretenait que de la fuite de M. Pellaprat. Il a écrit à son avocat, M. Chaix d'Est-Ange, qu'ayant soixante-quinze ans, dix jours de débats seraient trop fatigants pour lui, et qu'il s'en allait. On blâme maintenant la commission d'instruction de ne pas avoir fait arrêter les accusés. Le fait est que, par considération pour MM. Cubières et Teste, en leur qualité de pairs et d'anciens ministres, on n'a pas voulu les mettre en prison, et tous les accusés ont dû être traités de la même manière.
7. — La fête aux Minimes, dans le bois de Yincennes, qu'a donnée Mgr le duc de Montpensier, a été magnifique. Mon deuil m'a empêché d'y aller; il y a été quatorze cents voitures. Les dames étaient très parées; les hommes en uniforme. C'était un lundi; les boulevards, le faubourg Saint-Antoine et la route étaient garnis d'ouvriers. Ces rassemblements, jusqu'au boulevard du Temple, n'étaient point hostiles; là, leur aspect commençait à être moins paisible, et l'on tenait des propos tels que ceux-ci aux gens qui passaient en voiture : « Bon appétit : le pain ne vous manque pas. »
8. — A midi, les membres de la Cour des pairs, avec l'épée, le chapeau sous le bras, sont entrés dans la salle d'audience. Le bureau de M. le chancelier est établi au milieu de ce qui est ordinairement la droite de la Chambre; il a à côté de lui les pairs, ses assistants, qui ont des chaises ordinaires; le
rapporteur est à sa gauche, au-dessous de lui. Les bureaux du procureur général et de son substitut sont placés en face, à gauche, touchant à ce qui est ordinairement le banc des commissions. On a enlevé la tribune, et l'on a établi, à environ deux pieds au-dessus du sol, trois bureaux avec des chaises pour les accusés et leurs avocats; derrière, un banc pour les avocats, puis au-dessus, à la place où est établi ordinairement le président, il y a quelques chaises pour les parents et amis des prévenus.
La Cour une fois assise, on a fait entrer les accusés. Les témoins, parmi lesquels étaient le sous-secrétaire d'État Legrand et le préfet Mazère, en uniforme, étaient placés dans le couloir de gauche.
Il y avait beaucoup de députés aux bancs de l'enceinte qui leur est destinée; les tribunes étaient pleines d'hommes, car, à la Cour des pairs, pour les procès criminels, les femmes ne sont pas admises.
M. le chancelier a fait procéder à l'appel nominal; cent quatre-vingt dix pairs étaient présents. Il a fait l'appel des prévenus, puis on a procédé à la lecture de l'acte d'accusation. MM. Cauchy et de la Chauvinière, faisant fonction de greffiers, se sont successivement relevés pour lire ce volumineux réquisitoire de M. Delangle; il contient cent vingt-trois pages imprimées et est rédigé avec un grand talent.
L'attitude de M. de Cubières est celle d'un homme qui, tout en étant abattu, ne sent pas la gravité de sa situation; il a presque constamment suivi sur son livre la lecture de l'acte d'accusation, prenant des notes et ne levant pas les yeux; généralement son attitude n'a pas plu.
Celle de M. Teste était digne, triste; il regardait sans affectation l'assemblée de temps en temps. Son attitude a plu généralement.
M. Parmentier est un gros Franc-Comtois; ses yeux
annoncent une finesse sournoise; il paraît plus animé du
désir de se venger qu'affecté. Celui-là n'inspire aucun intérêt.
L'audience publique a été levée à quatre heures et demie
et renvoyée à demain, midi.