‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 217 sur 231 · CHAPITRE XII. — JUILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — JUILLET

pitié. Elle voulait que je lui promisse de ne pas voter la dégradation civique de son beau-frère, et cela ne m'est pas possible. Hors cela, j'ai été pour elle le plus poli et le plus affectueux des hommes, car j'étais affligé de Tétat où je la voyais, quoique bien décidé à ne suivre dans le procès du général Cubières que la voix de ma conscience.

Mme de Sanipayo doit avoir cinquante ans maintenant; on ne les lui donnerait pas. Elle a été jolie (1), et est encore charmante; elle a plaidé avec beaucoup d'esprit la mauvaise cause de son beau-frère. Elle a dû passer une rude matinée à de semblables sollicitations.

Après quatre heures de séance et trois tours de scrutin, le chancelier a prononcé contre M. de Cubières la dégradation civique.

Enfin, à quatre heures et demie, le chancelier a prononcé contre M. de Cubières une amende de dix mille francs. La cour a décidé que M. de Cubières ne subirait pas de prison.

M. de Cubières a joué de bonheur à cet égard, et la cour était honteuse, en sortant, de ce jugement qui n'aurait pas eu lieu, si M. de Rochambeau n"était pas tombé malade.

M. de Cubières pourra donc demain se promener dans Paris et venir assister au jugement de son collègue Pellaprat, qui a demandé un sauf-conduit pour revenir.

19. — M. de Cubières a quitté Paris pjour se rendre en Normandie, dans une de ses terres auprès de Bolbec. II a pris sa condamnation très philosophiquement, et n'en a pas été affecté comme on aurait pu le croire. On prétend que sa famille lui conseille de se montrer comme auparavant.

M. Teste a pris fort tranquillement son parti; il comptes'occuper d'un ouvrage sur le droit commercial, qu'il a commencé; il a été transféré du Luxembourg à la Conciergerie.

21. — J'ai acquis hier la certitude que M. le duc d'Aumaleira en Algérie comme gouverneur général.

22. — Revue d'honneur du 52° de ligne que je viens d'inspecter. Elle a eu lieu au terrain de Monceaux, près de la^

(1) Mme de Sampayo avait servi de modèle à Gérard pour soq tableau. de Psyché.

place de l'Europe. Il n'y a aucun arbre et, partant, dans cette saison, point d'ombre. Ce terrain est fort inférieur au carré Marigny, des Champs-Elysées, où il n'y a pas eu moyen d'aller, à cause des baraques qu'on y place pour les fêtes de juillet.

23. — Aujourd'hui a eu lieu le jugement de M. Pellaprat. Le plaidoyer de M^ Chaix d'Est-Ange est à une haute distance de ceux de tous les avocats qui ont figuré dans cette cause.

28. — J'ai été à Neuilly. La Reine jouait au whist avec le Roi, la reine des Belges et le duc de Montpensier. Le roi des Belges est bien changé; il est jaune, a mal au foie et a une figure d'hypocondriaque. Il a, dit-on, un harem à Paris et à Londres. Il ne se plaît que hors de son royaume; ce qui déplaît considérablement à ses sujets.

Le National prêche aux émeutiers la tranquillité. Le fait est que les émeutes annoncées d'avance n'ont jamais lieu; un mouvement à l'improviste a plus de chances de succès. Au reste, on s'est mis en mesure pour tout événement. Le général Sébastiani m'a dit qu'il aurait demain douze mille hommes de garde, de piquet.

29. — Malgré toutes les annonces d'émeute, la journée s'est passée tranquillement, comme je m'y attendais. Hier au soir, la police a arrêté huit chefs de communistes qui délibéraient; ils étaient douze, quatre se sont échappés; il a fallu forcer successivement trois portes pour arriver jusqu'à eux.

1" août. — Le duc de Nemours est revenu, le 29 juillet, des eaux de Barèges; il laisse maintenant pousser toute sa barbe. Il est bien difficile de faire exécuter les ordonnances dans un pays où les fils du Roi donnent eux-mêmes l'exemple de leur violation. MM. les ducs de Nemours et d'Aumale, laissant pousser leur barbe, engagent les régiments à faire de môme. Les inspecteurs peuvent-ils exiger des officiers de la couper à Fordonnance? Je viens de le faire pour le 52% qui est le seul corps de la garnison de Paris qui soit à l'ordonnance sous ce rapport. On devrait au moins changer les ordonnances dont les princes ne veulent plus, afin de leur éviter de donner le mauvais exemple. Des gens étrangers au métier trouveront

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