CHAPITRE XII. — OCTOBRE
bres, de leurs discours, et non pas d'administrer le pays.
28. — Je suis arrivé hier soir à Amélie-lcs-Bains. Aujourd'hui, j'ai commencé mes douches; je les prends modérément cette année. J'ai été avec le capitaine du génie Puiggari reconnaître l'endroit où nous placerons, le 3 octobre, la première pierre de l'hôpital militaire thermal d'Amélie-les-Bains. Beaucoup d'ouvriers sont occupés à niveler le terrain.
29. — Le sous-préfet Pascot et le maire de Céret, M. Delmas, sont venus me voir et m'exprimer la reconnaissance de l'arrondissement de Céret pour tout ce que j"ai fait pour Port- Vendres et Amélie-les-Bains.
Le maire d'Amélie-les-Bains, M. Hermabessière, accompagné de son adjoint, est venu m'apporter une délibération du conseil municipal d'Amélie-les-Bains, d'après laquelle la principale rue du village prendra mon nom.
Sodohre'. — Voulant donner à la cérémonie de la pose de la première pierre de l'hôpital militaire d'Amélie-les-Bains le plus de solennité possible, j'ai fait venir de Perpignan une section d'artillerie et la musique du 15' d'infanterie légère.
Le curé d'Amélie-les-Bains, l'abbé Canal, brave et digne ecclésiastique, gros et court, était convenu de partir processionnellement de l'église à deux heures et demie pour arriver à trois heures sur le terrain : son zèle l'a porté à sortir de l'église à deux heures; la musique du 15° léger le précédait, et la procession était escortée par vingt carabiniers du 15* léger; deux gendarmes marchaient en tête. Ce bon curé ne s'était jamais vu à pareille fête et ne s'y retrouvera probablement jamais. Pour ne pas arriver trop tôt, il a marché si doucement qu'il n'est arrivé qu'à trois heures; cela a prolongé d'autant sa jouissance d'être aussi bien escorté. Les autorités, qui devaient aller l'attendre, ont pris le parti de suivre la procession. Je me suis mis en route après lui avec une escorte de chasseurs à cheval du 12« régiment, et ayant pris un autre chemin, je suis arrivé avant la procession dans l'enceinte.
Plusieurs discours ont été prononcés. Après le sous-préfet et le maire, j'ai pris la parole et j'ai dit :
« Je vins à Amélie-les-Bains, pour la première fois, en
i835. Je fus frappé de l'abondance des sources; les ruines de thermes romains qui y existent furent pour moi une preuve que depuis des siècles on avait reconnu Texcellence de ces eaux. Partout où les Romains passaient, les lieux où ils pla- •çaient des villes, des camps, des établissements, étaient bien choisis. En Afrique, nous avons pu nous en convaincre. Je vis dès lors toute l'utilité qu'on pouvait tirer pour l'armée de ces eaux. Je m'appliquai sans relâche à faire partager mon ■opinion au gouvernement du Roi, et c'est làmon seul mérite. »
Le capitaine Puiggari m'a alors présenté la truelle en argent, une bouteille a été placée dans la pierre; après qu'elle a été scellée, le curé a entonné le Te Deum, a chanté le Domine, salvum fac regem; puis, après nous avoir donné la bénédiction, il est parti et est rentré à l'église processionnellement comme il était venu.
J'ai donné un dîner de quarante personnes, pendant lequel îa musique du 15' léger a joué. Nous avons ensuite été voir les danses publiques sur la place; tout s'est passé avec ordre et gaieté. La journée a été belle pour tout le monde; on en parlera longtemps dans cette vallée.
13. — Le ministre de la guerre a répondu à mon rapport contenant le récit de la pose de la première pierre de l'hôpital militaire thermal. Voici comment il termine sa lettre :
« Je ne doute pas que l'établissement d'Amélie-les-Bains ne soit un bienfait pour l'armée comme pour les populations. Je suis bien aise que votre nom se trouve rattaché au souvenir •de cette création, dans un pays où vous avez si longtemps et si honorablement commandé. »
14. — Je suis parti d'Amélie-les-Bains, car j'ai reçu une triste dépêche de Rochecotte, du 12, ainsi conçue : « L'état de votre fils continue à s'aggraver, le danger devient pressant. » Je suis arrivé à Perpignan à trois heures.
15. — Je n'avais annoncé mon départ que pour demain, •de sorte que beaucoup de gens à Perpignan ne l'ont appris que lorsque j'étais déjà loin. Je me suis mis en route par la malle-poste de Toulouse, parce qu'elle ne met que quatorze heures, et que ma voiture en devait mettre dix-huit.