‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 23 sur 231 · CHAPITRE II. — DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — DÉCEMBRE

plaignent, mais ne sont point démoralisés. L'eau-de-vie et le pain qu'on leur donnera les remonteront, surtout si on a soin de les relever bien exactement à l'heure dite, ce qui ne se fait pas. Ce matin, des hommes sont restés quatorze heures au travail, sans être relevés.

« Je demande qu'un croquis des travaux soit mis au poste du maréchal de camp de tranchée, et qu'un officier du génio y fasse les additions de chaque jour.

« A la tranchée, sous Anvers, le 2 décembre, à deux heures de l'après-midi.

« Le maréchal de camp, « Signé : Comte de Gastell.vxe. »

Le 2 décembre, à dix heures et demie du matin, deux détachements, de 40 Hollandais chacun, se sont avancés, à la faveur de groupes d'arbres, vers la coupure faite sur la route de Boom, à l'extrême gauche de la tranchée. Dès qu'ils ont été aperçus, le capitaine d'artillerie Livois a couru sur eux à la tète de plusieurs officiers et soldats; après quelques instants de fusillade, les Hollandais se sont enfuis vers la lunette de Kiel, emmenant quelques blessés. Le capitaine Livois a fait prisonnier un sergent du 7° régiment hollandais: ce sergent a deux décorations; il m'a demandé s'il fallait les quitter. Je lui ai répondu que non; c'est un fort bel homme qui a une attitude très militaire.

A une heure, le général Rapatel est arrivé à la tranchée; je l'ai quitté à deux heures. A mon retour au château, le baronnet Jacques de Schilde s'est précipité vers moi en s'écriant : « Eh bien! est-ce qu'on tire sur la ville? — Non, lui ai-je répondu; tranquillisez-vous, cela viendra! » Cela lui a produit un effet de tous les diables. C'est peut-être ce qui fait que, dans ce château, on ne s'est pas plus informé de ma santé que si je revenais du bal. Pour la baronne, la peur du bombardement a fait effet jusque sur son vieux chapeau de paille; son tremblement en a fait tomber la poussière.

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