‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 24 sur 231 · Le feu de nos batteries a été démasqué à onze heures · texte numérisé non relu

Le feu de nos batteries a été démasqué à onze heures

du matin; quatre-vingt-trois pièces de canon ont éteint en dix minutes le feu de la citadelle; noscanonniers ont tiré admirablement. Le général Neigre est dans l'enchantement, le maréchal Gérard fort satisfait.

5. — Notre artillerie a aujourd'hui quatre-vingt-seize pièces en batterie; elles font un feu continuel sur la citadelle. On voit porter presque tous les coups de nos canonniers, tandis que les Hollandais tirent peu et assez mal. Le général Chassé a écrit au maréchal Gérard pour se plaindre du feu du fort Montebello; il menace par représailles de tirer sur la ville. Il ajoute qu'on est au moment de s'arranger, à coups de canon apparemment, car il ne parle pas du tout de se rendre.

6. — Le duc de Nemours a été, à la tranchée, couvert par la poussière d'un obus, il n'a pas sourcillé; les deux princes se montrent fort braves. Le maréchal Gérard visite tous les jours la tranchée; il y a gagné un fort rhume. Le colonel Caradoc y va aussi chaque jour. Dans mon opinion, la garnison se révoltera un beau jour et forcera le général Chassé à se rendre. M. le duc d'Orléans monte la tranchée. La défense des Hollandais est plus vive depuis vingt-quatre heures. Nous approchons de la lunette Saint-Laurent; les assiégés nous envoient, du chemin couvert, fusillade et mitraille. Le chef de bataillon du génie Morlet a été blessé grièvement d'une balle à la cuisse.

7. — Mon service de tranchée, d'après l'ordre officiel du 6, devait commencer aujourd'hui à midi; une lettre pai^ticulière du chel d'état-major, reçue en même temps, m'a prescrit de relever à neuf heures du matin M. le duc d'Orléans. J'ai été auparavant prendre les ordres du général Saint-Cyr-Nugues, puis chez le général Neigre. Ce commandant de l'artillerie m'a prié de mettre au moins une compagnie pour garder la batterie du fort Montebello. De là j'ai été chez le général Haxo; ce dernier m'a engagé fortement à n'y placer personne, s'écriant : « Un caporal et quatre hommes, c'est plus qu'il n'en faut dans ce grenier à bombes; c'est une manie du général Neigre. » L'artillerie et le génie sont toujours en bisbille. Pour prendre un juste milieu et satisfaire autant que possible

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