CHAPITRE II. — DÉCEMBRE
fixé pour l'assaut. Il a été décidé dans un conseil, auquel assistait le général Haxo, que je le commanderais. Un aide de camp de cet officier général (le capitaine Mengin) m'en a averti sous le secret; cela ne m'étonne pas. Le général Haxo a insisté : « Le général Castellane, à la tranchée, a-t-il dit, est toujours où il doit être, jamais où il n"a que faire. » Le maréchal Gérard n'a pas voulu, le 25, y exposer le duc d'Orléans, et le général Ilarlet, de tranchée le 26, n'est pas assez leste. Je vais en conséquence insister pour monter la tranchée avec un bataillon du 12" de ligne et un du 8' léger avec le colonel Fleury.
J'ai dîné à Braeschaët, quartier général du duc d'Orléans, à huit kilomètres du mien. Son Altesse Royale m'a avec beaucoup d'obligeance prié à déjeuner et à dîner chez elle, une fois pour toutes. Ce prince et le duc de Nemours sont fort aimables pour moi.
22. — Le maréchal de camp Rumigny commande la tranchée; la canonnade est vive; le même boulet de canon a emporté deux officiers et le bras d'un canonnier. Temps assez froid, avec du brouillard.
23. — Le général Chassé a envoyé à huit heures du matin, au maréchal Gérard, le commandant' du génie Delprat et le commandant de l'artillerie Zœlig pour traiter de la reddition de la place. Le feu a cessé à neuf heures : le dernier coup de canon a emporté le bras du lieutenant d'artillerie Charvet. Il y a eu sept officiers de cette arme tués ou blessés dans les dernières trente-six heures. On a été en pourparlers toute la journée. Le général Chassé voulait se retirer en Hollande avec sa garnison; le maréchal Gérard exigeait la remise des forts de Lillo et de Liefkenshœck. Le général Chassé a répondu : « Ils ne sont pas sous mes ordres. » Le chef d'escadron Lafontaine lui a été envoyé; on lui a bandé les yeux, il a dit : « C'est inutile; je verrais des décombres, je le sais bien. » Le général Chassé lui a fait ôter le mouchoir et lui a parlé comme si la capitulation était conclue, lui demandant si les Français trouvaient sa résistance longue et sa défense assez belle; il en est préoccupé.
J'ai visité les tranchées, tout étonné de les voir aussi calmes aussi bien. On avait beau y rester vingt-quatre heures, comme on ne pouvait monter sur les parapets, il était impossible d'en considérer l'ensemble. Le déploiement des travaux est immense, la brèche est fort avancée. J'ai rencontré M3L les ducs d'Orléans et de Nemours et le maréchal Gérard. Je suis revenu avec le général Desprez, chef d'état-major de l'armée belge; il a été à la tranchée chaque jour.
J'ai fait compliment au commandant en chef Haxo : « Vous vous êtes, lui ai-je dit, non seulement montré un brave homme, mais un habile homme. » Je voulais faire aussi mon compliment au général Neigre, mais je ne l'ai pas trouvé. Les commandants de l'artillerie et du génie hollandais envoyés en parlementaires, qui ont servi autrefois sous ses ordres, m'ont demandé de ses nouvelles. Il y a dans la citadelle seize officiers décorés de la Légion d'honneur; la plupart ont servi en France, à l'époque de la réunion des deux pays.
Le colonel Auvray a été, à cinq heures du soir, à la citadelle pour la rédaction de la capitulation; il n'en est revenu qu'à onze heures, la capitulation signée. Le général Chassé a fait de grandes difficultés, disant à chaque article : « J'aime mieux me faire sauter. » Alors le conseil de défense tâchait de le persuader. Le quart des canonniers a été touché; la garnison n'en veut plus, il y a même une espèce de soulèvement- Chasse, en apposant sa signature, s'est écrié : « Je suis déshonoré, mais je ne puis faire autrement. » Cette opinion de sa part explique l'inquiétude avec laquelle il s'est informé si on est content de sa défense.
De neuf à dix heures du soir, on a entendu de fortes explosions près de la citadelle; c'étaient les chaloupes canonnières que Chassé faisait sauter pour ne pas les rendre. 11 n'a voulu signer la capitulation qu'à onze heures seulement, après cette expédition. La capitulation porte :
« Que le 24, à la pointe du jour, les troupes françaises prendront possession de la demi-lune du front de l'esplanade et de la porte de la citadelle, dans la courtine du môme front.
« La garnison sortira avec les honneurs de la guerre, posera