‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 31 sur 231 · CHAPITRE II. — DECEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — DECEMBRE

les armes et sera prisonnière jusqu'à la remise des forts de Lillo et de Liefkenshœck. »

24. — J'allais à Berghem au quartier général, lorsque j'ai appris que le maréchal Gérard se rendait sur les glacis de la lunette de Kiel pour y voir défiler la garnison hollandaise. Je Ty ai rejoint. MM. les ducs d'Orléans et de Nemours, et une foule d'officiers généraux, s'y trouvaient. L'artillerie, le génie, la compagnie dite « Infernale », des tireurs du 19' léger, étaient en grande tenue à la droite de notre ligne, avec une brigade d'infanterie de la 4" division.

Vers trois heures, la garnison hollandaise est sortie de la place et a défilé, le général Favoges en tète, par pelotons, en capote et shakos couverts, devant le général en chef et les princes. Ce spectacle était imposant : ces 4,500 hommes de belles troupes, officiers, sous-officiers, soldats, ont fair militaire. Apres le défilé, ils ont formé les faisceaux, et sont rentrés successivement, sans armes, dans la citadelle; ils y resteront en attendant la réponse du roi Guillaume, qui décidera s'ils sont ou non prisonniers de guerre. S'il consent à remettre les forts de Lillo et de Liefkenshœck, on rendra à la garnison ses armes, et elle retournera en Hollande, sinon elle sera prisonnière. Le général Chassé, malade, n'a pas défilé.

Les Hollandais, avec lesquels je me suis entretenu, sont pleins d'enthousiasme pour leur cause; ils traitent les Belges d'assassins, sont montés contre eux et pas du tout contre les Français. Six cents hommes ont été mis hors de combat dans leur belle défense; notre perte est plus forte. Les cinq bombes de mille livres ont éclaté dans la citadelle et n'ont pas fait un dégât notable. « Si elles étaient tombées sur le magasin à poudre, m'a dit un officier hollandais, nous aurions sauté. » Il n'y avait pas un pouce de la citadelle qui ne fût sillonné de nos boulets et de nos bombes; cela n'est pas étonnant, car il j en avait toujours une en l'air. Onze pièces successivement démontées ont été remplacées dans une même embrasure.

Le maréchal Gérard a permis aux Hollandais d'embarquer leurs blessés pour Berg-op-Zoom; quarante trop gravement malades ont été laissés à l'hôpital d'Anvers. Le chirurgien-

major belge de cet établissement s'est rendu à la porte de la citadelle, occupée par les Français, et a fait demander le médecin et le chirurgien en chef hollandais; il leur a offert d'aller visiter leur casemate-hôpital. Les chirurgiens l'ont engagé à n'en rien faire; leurs soldats sont animés contre les Belges au point qu'il eût été impossible de les empêcher de tomber sur lui.

Mon cheval, en galopant sur la chaussée, s'est enfoncé dans la tranchée, mal remplie avec de la terre fraîche; j'ai roulé avec lui; il s'est relevé, et je suis reparti au galop. Pendant le défilé, mon cheval et moi étant couverts de boue, chacun s'est informé d'où je sortais. Je n'avais pas, cette année, fait de chute de cheval; je suis abonné à une par an, et nous sommes au 24 décembre.

25. — Vingt-neuf marins et un officier hollandais faits prisonniers sur une canonnière, escortés par un brigadier, quatre gendarmes, un sergent, et huit soldats du 8' de ligne, ont reçu, en traversant Anvers, des pierres et des insultes de la populace; nos gendarmes ont blessé à coups de sabre deux des lâches qui se permettaient de pareils excès. Les Hollandais de la flotte ont tenté, le 23, un débarquement près de Gallao. Le 8° de ligne les a repoussés, et a eu quelques tués et une trentaine de blessés. Une foule de curieux de Bruxelles et d'autres lieux arrivent à Anvers pour voir la citadelle et nos travaux.

Le général Achard m'a fait appeler pour les propositions d'avancement des corps; on les réclame dans la journée. Cette précipitation a de grands inconvénients; le temps manque pour s'enquérir, examiner et peser le mérite de chacun.

J'ai appris d'une manière positive que le maréchal Gérard est au plus mal avec le maréchal Soult, qui lui a écrit des lettres sévères, comme il le ferait à un sous-lieutenant, à tel point que le maréchal Gérard veut quitter le commandement de l'armée aussitôt qu'elle aura repassé la frontière, et qu'il paraît disposé à demander raison au maréchal Soult.

Le général Gourgaud, aide de camp du Roi, était venu ici pour rendre compte et, en quelque sorte, pour inspecter l'ar-

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