‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 33 sur 231 · CHAPITRE II. — DÉCEMBRE d · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — DÉCEMBRE d

Ce brave homme m'a raconté le coup hardi par lequel, étant dans l'armée de Pichegru en 1794, il s'est emparé de la ville hollandaise de Bommel.

Un capitaine du 25' de ligne, de garde à la citadelle, nommé Lefoy, qui a été capitaine de grenadiers au 28' de ligne dans la brigade du général Chassé, de la division Sébastiani, en Espagne, m'avait prié de le lui dire, il désirait revoir cet homme de cœur. Le général Chassé l'a fait venir et l'a embrassé; son aide de camp, le major Debouty, qui l'était également à cette époque, lui a donné la main. Le général Chassé s'est plu à causer avec ce capitaine de sa brigade d'alors, de son titre de « général Baïonnette », dont il est très fier, et de ce qu'un jour, dans un bivouac, en sommeillant, il entendit dire aux soldats : « Le général va brûler ses bottes, il faut éloigner le feu. » D'autres, trouvant sa tôte trop basse, mirent leurs sacs dessous. Il ne couchait jamais dans un château quand sa troupe était au bivouac, mais près de ses soldats. Le capitaine Lefoy m'a dit : « C'était un brave, toujours à notre tète. » Je les ai laissés ensemble; le général Chassé e^t enchanté de cette rencontre. Cet officier général m'a traité avec la plus grande politesse, et a paru satisfait de mes compliments sur son héroïque défense. J'avais fait demander au général Chassé, par un capitaine de sa nation, l'agrément de me présenter à lui.

Il a été piquant pour moi , en sortant de trinquer avec Chassé, de dîner chez le roi Léopold; ce souverain aime à causer, et écoute bien. Je l'ai connu beaucoup autrefois à Paris. Après le festin, le roi des Belges s'est entretenu, une heure durant, avec moi de choses et d'autres; cela m'a donné une considération singulière vis-à-vis des courtisans, qui attendaient, en cercle, avec impatience, l'instant de parler à leur maître pour en solliciter quelques grâces.

A ce dîner j'étais placé entre le général Chastler, grand écuyer, et le colonel Buisen, commandant d'Anvers, qui m'a dit : « La plaie de la France, comme celle de la Belgique, ce sont les avocats, avec cette différence que, dans ce dernier pays, ils sont plus bêtes. » Le roi Léopold a fait écrire au gêné-

ralRapatel la lettre la plus flatteuse, afin de l'engager à entrer à son service comme général de division; ce qu'il a refusé.

27. — Nous avons les nouvelles de Paris, et nous apprenons que la joie y a été fort grande à la nouvelle de la capitulation de la citadelle d'Anvers; c'est le premier succès de nos armes depuis fe révolution de Juillet.

28. — Le roi de Hollande a fait répondre sèchement à M. de Passy, aide de camp du maréchal Gérard, et à M. de Tallenay, auxquels on n'a pas laissé passer la frontière : « Si les Français veulent les forts de Lillo et de Liefkenshœck, ils n'ont qu'à les prendre. » La garnison de la citadeUe a commencé alors son mouvement vers la France. Le général Chassé refuse de retourner en Hollande sur parole. Le roi de Hollande proteste que ses troupes ne peuvent être retenues prisonnières, puisqu'on s'est battu sans être en guerre, et la diplomatie sera de cet avis.

29. — Le roi de Hollande a nommé le général Chassé grandcroix de l'ordre de Guillaume; le préambule de l'ordonnance est fort honorable pour la garnison. Le directeur de la guerre annonce en substance au général Chassé que le roi de Hollande n'accepte pas la capitulation conclue, mais que la défense de la citadelle a entièrement répondu à l'attente de Sa Majesté. Il ajoute que le Roi approuve les nominations provisoires de chevalier de quatrième classe de l'ordre de Guillaume faites par le général Chassé.

L'armée française commence son mouvement rétrograde. Nous poussons loin la politesse avec les Belges; sur leur demande, nous leur payons comptant la poudre et les projectiles pris dans leurs arsenaux en sus de nos a^Dprovisionnements. Les journaux annoncent à tort que le roi Léopold nous a donné six pièces de canon; c'est le général Neigre qui les a prises, comme trophée; elles sont françaises, l'une d'elles a été fondue à Douai en 1797. Nous nous en sommes emparés, nous pouvons bien reprendre notre bien dans une place conquise au prix de notre sang, et que nous leur remettons généreusement avec tout le matériel.

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