CHAPITRE II. — JANVIER
31. — La dernière colonne de prisonniers hollandais s'est mise en marche, aujourd'hui, avec le général Chassé, pour Dunkerque. Le général Chassé est parti en voiture; il a été touché de l'empressement avec lequel quatre cents soldats du 7» de ligne, de corvée pour reporter à la citadelle les fusils déposés par la garnison, lui ont ôté leurs bonnets.
A midi, la citadelle a ét-é remise aux Belges. A l'instant même les permission? que le maréchal Gérard avait données pour y entrer ont rlé refusées. J'ai vu refuser la porte à six canonniers et à un maréchal des logis d'artillerie qui venaient à la citadelle, avec un ordre du général Neigre, chercher du vieux fer pour raccommoder leurs voitures.
P' janvier. — J'ai reçu et j'ai rendu les visites du jour de l'an. Le général Achard m'a bien recommandé de ne pas aller chez le Roi avant lui et de l'attendre pour cela. Je ne demande pas mieux, s'il arrive à temps; mais je ne compte pas droguer, après avoir été exposé toute la matinée au froid et à la neige, pour lui donner cette satisfaction.
Dans l'armée belge on voit officiers et soldats confondus dans le même estaminet; il est difficile, avec une pareille organisation, d'avoir une bonne armée.
3. — Je suis parti de Merxem à neuf heures du matin; le rendez-vous de ma brigade était à Contich, à onze heures; nous sommes arrivés à trois heures de l'après-midi à Malines. En y entrant, j'ai pensé à l'abbé de Pradt; cette ville lui doit de la reconnaissance; sans lui on n'en parlerait pas.
4. — Nous avons été de Malines à Bruxelles. Les généraux Achard et Woirol nous ont dépassés en voiture pendant cette marche. Le général Achard m'a reproché de partir trop tard. Se mettre en route à huit heures dans cette saison est assez tôt; les détachements en arrière sont obligés de partir plus matin, et on ne gagne rien à marcher à tâtons. Quand on
voyage sans sa troupe, en amateur, comme le général Achard, la critique est facile.
Nous sommes arrivés à deux heures à Bruxelles. J'ai été chez le maréchal Gérard, qui m'a fait compliment de ce qu'il m'avait vu entrer en ville à la tête du 8* léger, qui est fort beau.
Nous avons dîné chez le Roi; le Roi s'est mis à côté de la Reine. La comtesse de Mérode, dame d'honneur de la reine Louise, et la comtesse de Vilain XIV, dame du palais, ne sont pas jolies. Celle-ci a vingt ans de plus qu'à l'époque où elle était dame du palais de l'impératrice Marie-Louise. Le roi Léopold aime à causer; il n'en finissait pas, après dîner, avec le général Haxo, qui faisait les frais de la conversation. Gela a duré jusqu'à neuf heures du soir. Je n'étais pas du tout amusé de rester aussi longtemps debout, après avoir été forcé par le froid de faire la moitié de mon étape à pied.
La reine Louise faisait de la tapisserie à une table entre ses deux dames d'honneur; elle ne paraissait pas se divertir. Cette princesse est timide; elle parle très peu, et l'on a beau dire, elle est laide.
Le roi Léopold a insisté pour me faire rester à son bal de demain. Je lui ai répondu que je ne le pouvais pas, ne quittant jamais ma troupe et marchant toujours avec elle.
J'ai été chez le prince Auguste d'Arenberg, qui m'a fait de grands reproches de n'avoir pas été loger chez lui; j'y ai retrouvé son neveu le duc d'Arenberg. Je dis retrouvé, à supposer que nous nous connussions pour nous être vus pendant deux heures, il y a vingt-quatre ans, à Valladolid, où il commandait le 27' de chasseurs. Ils jouissent ici de la première considération du pays.
5. — J'ai quitté Bruxelles et j'ai rejoint ma brigade à onze heures, à son point de réunion à Halle.
7. — Nous sommes à Tournai, après avoir passé par Enghien et Ath, Une partie de ma brigade est logée àAntoinget à Fontenoy, célèbre par la bataille livrée le 9 mai 1745, et gagnée par la valeur de la Maison du Roy, qui enfonça la colonne anglaise. Quatre escadrons de gendarmerie arrivèrent en toute