CHAPITRE III. — MAI
€n Hollande, OÙ il était très tendrement lié avec Mme du Cayla; elle a, de concert avec MM. Dudon, de Bourmont, les cours de Naples et de Prague, arrangé le mariage.
Le Moniteur contient l'acte du 10 mai 1833 constatant la naissance de la fille de Mme la duchesse de Berry et du comte Lucchesi Palli; elle a reçu les noms d'Anne-Marie-Rosalie. Le général Bugeaud, M. Delort, commandant de la place, et l'accoucheur Deneux ont déclaré avoir vu accoucher la prin- €esse. Le comte de Brissac et la comtesse d'Hautefort ont refusé de signer, disant qu'ils étaient venus pour donner leurs soins à Mme la duchesse de Berry, mais non pour signer un acte quelconque. Lorsqu'on a annoncé à Mme la duchesse de Berry que son fidèle Mesnard la rejoindrait avant son embarquement, elle a été dans l'enchantement. Lorsqu'elle a vu la protestation de M. de Kergorlay et de quelques autres insensés sur sa grossesse et ses couches, elle a dit : « Ce bon M. de Kergorlay, c'est un bien honnête homme, mais il finira par rejoindre à Charenton MM. de Conny et de Marcellus, qui doivent déjà y être. »
20. — M. de Chateaubriand a été envoyé à Prague, il y a trois jours, par Mme la duchesse de Berry, pour demander à Charles X qu'il lui permît de conserver son nom et de ne pas prendre celui de comtesse Lucchesi Palli.
M. de Mesnard est parti pour Blaye, où il avait demandé à aller après son acquittement de Montbrison; depuis qu'il a eu la certitude de l'accouchement, il a montré moins d'empressement. Il paraîtrait donc qu'il n'est pas le père de l'enfant. Il a dit : « J'étais le chevalier d'honneur de Mme la duchesse de Berry, mais je ne suis rien à la comtesse Lucchesi Palli. »
21. — M. le duc d'Orléans est fort bien reçu en Angleterre. Il est fort lié avec le général Flahaut, qui l'a accompagné comme aide de camp volontaire au siège d'Anvers. Le prince de Talleyrand a protégé pendant toute sa vie le comte de Flahaut, parce qu'il a été longtemps fort bien avec sa mère, la comtesse de Souza. La comtesse de Flahaut est Ecossaise; elle s'est brouillée pour je ne sais quelle querelle d'amourpropre avec la duchesse de Dino , nièce du prince de Talley-
rand, qui dirige la maison de notre ambassadeur à Londres. L'amitié du prince de Talleyrand pour le comte de Flahaut s'est changée en une haine prononcée et d'autant plus vive qu'il paraît que cet officier général n'aurait pas été fâché de le remplacer dans son ambassade. Le prince de Talleyrand, qui ne voulait pas que M. de Flahaut accompagnât le duc d'Orléans à Londres, a trouvé moyen de lui donner un crocen-jambe qui a mis en même temps obstacle à sa venue et à sa future ambassade. Ce diplomate a obtenu du roi et de la reine d'Angleterre de faire dire par leur ambassadeur au roi Louis-Philippe qu'ils verraient avec peine que M. de Flahaut accompagnât le duc d'Orléans à Londres, comme il en avait le projet; le prince royal l'a, en conséquence, laissé.
27. — Le prince de Talleyrand avec ses soixante-dix-huit ans passés a mis de l'amour-propre à Londres à accompagner partout M. le duc d'Orléans; il s'est fatigué outre mesure, et ne peut presque plus marcher; il revient de son ambassade avec un congé de six mois; en définitive, il sera remplacé, parce qu'il est hors d'état de reprendre ses fonctions.
30. — Le comte Alfred de Falloux, dont les opinions sont très légitimistes, écrit à mon fils Henri ce qui suit :
« Amsterdam, 22 mai 1833.
« Vous me demandez une note sur le comte Palli que vous êtes bien sûr que je n'aurais pas négligé de demander; malheureusement, elle confirme de tout point ce que les ennemis de la princesse pourraient désirer; ainsi, sachez-moi gré de vous la transmettre, car il m'en coûte, quoique je ne me flatte nullement que tout ceci puisse rester secret. Le comte Hector est arrivé à la Haye, au mois de janvier de l'hiver 1832; il n'a pas quitté la ville un instant et n'a cessé de se montrer aux spectacles, aux promenades et dans le monde que pendant une courte maladie qu'il a faite au mois de mars dernier. Le hasard l'a fait loger dans la maison de Mme du Cayla. Connaissance s'en est suivie, et bientôt liaison à laquelle le comte Hector attachait fort peu de mystère. Ne s'étant pas