‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 47 sur 231 · CHAPITRE III. — JUIN 1S · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — JUIN 1S

arrangé de nouvelles conditions mises à son logement, il l'a quitté et a été remplacé par une très honnête famille du pays. Aussitôt Mme du Cayla s'est plainte du bruit que faisaient les enfants, a renoncé à son bail et est venue à la porte de son ex-voisin. Il y a un mois, elle est partie la première; huit jours après, le comte Lucchesi a fait valoir la maladie qu'il avait essuyée, a demandé et obtenu un congé, et ses passeports ont été visés pour TAllemagne, ainsi que l'avaient été ceux de Mme du Cayla. Au reste, on n'en peut prendre ici que pour ce pays ou pour l'Angleterre. Il a vingt-six ans, cinq pieds quatre pouces, les cheveux bruns et frisés, la carrure large et forte, la vue basse et un lorgnon dont il se sert beaucoup, très gesticulant et très gai, assez spirituel, bon enfant, insouciant et très peu instruit, parlant le français avec un accent italien prononcé. J'ai trouvé ici des gens assez accueillants pour me permettre de leur demander si, sur le jugement intime qu'ils portaient de son caractère, ils le croyaient capable de se prêter à un arrangement peu honorable; ils m'ont répondu : i Oui^ surtout par légèreté. >

7 juin. — Le vicomte de Chateaubriand est de retour de Prague; il n'y a fait qu'un très court séjour, beaucoup moins long qu'il ne comptait. Charles X, tout en le recevant affectueusement; n'a pas voulu causer politique avec lui. Ce prince lit les journaux; à propos d'un article du National ^ il s'est écrié : « Le National lui-même trouve que j'avais le droit de faire les ordonnances. » Les pratiques de la religion sont son unique occupation. Charles X paraît avoir renoncé à toute idée d'ambition; il a choisi pour sa résidence Prague, comme lieu retiré plus à l'abri des intrigues qu'un autre. La famille impériale devant se rendre dans cette ville. Charles X et les siens, pour éviter les embarras de l'étiquette, s'en éloigneront pendant son séjour; ils iront à Tœplitz, et la duchesse d'Angoulême à Carlsbad, avec le duc de Bordeaux, qui l'aime mieux que ses autres parents; ils retourneront à Prague cet hiver.

Le duc de Blacas, l'archevêque Latil et le baron de Damas forment un trio très puissant à cette petite cour; grâce à ce trio, le duc de Maillé a été fraîchement reçu à Prague, et en T m 6

est revenu très mécontent. La duchesse de Gontaut, gouvernante de Mademoiselle (devenue fort gentille), est à la tête de l'opposition dans cette cour, dont elle est la libérale. Le vicomte de Chateaubriand raconte que le duc de Bordeaux est fort ennuyé de la manière bigote dont on l'él-ève, et qu'on s'y prend de façon à en faire un athée. Charles X a dit à M. de Chateaubriand qu'il ne voulait entendre parler de la duchesse de Berry que quand elle aurait vécu six mois bien avec son mari; Charles X et sa famille ont appris la déclaration du mariage de la duchesse de Berry par les journaux. Il n'y a pas d'étiquette à la cour de Prague; le château habité par la famille royale est situé sur un lieu élevé; elle sort peu.

Le duc d'Orléans a été reçu à merveille en Angleterre, avec affection même par le Roi. Le prince de Talleyrand lui a rendu comme prince royal tout ce qu'il pouvait désirer; mais ni le Roi, n-i les ministres anglais, ni l'ambassadeur, ni aucun des grands personnages d'Angleterre n'ont entretenu notre prince royal de politique, situation que notre rusé diplomate Talleyrand lui avait préparée. M. le duc d'Orléans était si peu au fait des affaires, qu'il écrivait ici à ses amis que les affaires de la Belgique étaient plus loin de finir que jamais, au moment même où le traité était signé. Le prince royal, qu'on prétend un peu vindicatif, ne pardonne pas à notre ambassadeur la nullité politique à laquelle il a été réduit en Angleterre.

5 juillet. — Le duc de Mortemart a vu le Roi à l'occasion de sa nomination de membre de la commission d'Alger, qu'il a refusée, car il croit, avec raison, que cette commission, comme elle a été organisée, ne sera d'aucune utilité. M. le duc de Mortemart n'avait pas été à la cour depuis qu'il a refusé d'être témoin du mariage delà princesse Louise, et qu'il a écrit dans les journaux à ce sujet. Le fait est que le duc de Mortemart était à la campagne lorsqu'il reçut, la veille ou le jour de la cérémonie, l'avis que le Roi l'avait nommé témoin, ce qu'il avait appris par la voix publique; il fut choqué de cette manière d'agir légèrement avec lui, et refusa. Il avait dit que ses antécédents à la cour de Charles X ne lui permettaient pas d'être courtisan à celle-ci, mais qu'il serait toujours prêt à

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