‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 49 sur 231 · CHAPITRE III. — JUILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — JUILLET

on a enlevé le voile couvrant la statue de Napoléon : le Roi a ôté son chapeau, l'air a retenti des cris de : « Vive l'Empereur! » Il était deux heures et demie; les troupes ont commencé à défiler; il y avait quarante mille gardes nationaux, vingt-cinq mille hommes de troupes de ligne, dix batteries d'artillerie, huit régiments d'infanterie et quatorze de cavalerie. Le défilé s'est terminé à sept heures et demie du soir. Les légions de la banlieue avaient leurs municipalités en tête de leurs pelotons; bon nombre de maires se faisaient remarquer par des figures uniques; leurs femmes défilaient au troisième rang. J'ai vu un officier, son sabre dans une main, ayant à l'autre bras son épouse qui portait un parapluie. La ligne a crié : « Vive le Roi! » au commandement. Trois escadrons du 3' de dragons, n'ayant pas crié, ont été les seuls qui aient bien défilé; le reste de la cavalerie s'est désuni; les soldats qui levaient le sabre et qui criaient en passant devant le Roi, baissaient les mains, rapprochaient les jambes, et l'alignement était perdu.

Vingt officiers généraux ayant accompagné le Roi ou commandé les divisions ou brigades, les colonels, les ministres, d'autres fonctionnaires, pairs et députés, ont dîné chez le Roi. La table de cent soixante couverts dans la galerie de Diane était bien servie; il y en avait une de cinquante dans la pièce à côté présidée par les princes; il y avait à cette dernière beaucoup de couverts vacants.

Il y a eu un concert de cinq cents musiciens et de trois cents tambours, dans le jardin accolé au pavillon de l'Horloge, puis le combat du vaisseau contre des chaloupes canonnières à coups de canon et de fusées; les lumières bleuâtres éclairaient le vaisseau et les maisons du quai, et faisaient un effet remarquable. Le feu d'artifice sur le pont Louis XVI, représentant l'Hôtel de ville, était surmonté de trois écussons avec les mots : « 27, 28 et 29 juillet. » Une pluie de feu rougeâtre tombait dans la rivière, et le bouquet était composé de fusées tricolores.

Ces différents feux ont duré une heure; il y avait cent soixante mille personnes dans le jardin.

La police a saisi, rue des Trois-Couronnes, six cents fusils et arrêté six élèves de TÉcole polytechnique qui faisaient des cartouches chez le sieur Perrardel; on a trouvé des moules à balles, du plomb, des caisses de poudre. Six autres élèves de la même école se sont sauvés. Le nombre des arrêtés pour cette conspiration républicaine est de cinquante : la police a pris d'un seul coup de filet vingt de leurs commissaires; cela les a déconcertés. Cent élèves de l'École polytechnique ont manqué, cette nuit, au contre-appel. On a beaucoup loué leurs prédécesseurs d'avoir dirigé, en 1830, les colonnes du peuple; une des difficultés de maintenant est d'avoir à leur persuader que la révolte n'est plus la plus belle chose du monde, comme on disait alors.

29. — J'ai accompagné le Roi à la place du Marais, où il a posé la première pierre de l'Entrepôt. Nous avons été de là au Jardin des Plantes, pour la pose de la première pierre du cabinet de minéralogie. Le ministre de l'instruction publique, Guizot, dans un petit discours bien tourné, a raconté au Roi qu'à pareil jour, deux cents ans auparavant, son aïeul, Louis XIII, a fondé le Jardin des Plantes. Le Roi a été de là poser la première pierre du pont Louis-Philippe. En rentrant dans la cour des Tuileries, ses aides de camp ont aperçu un élève de l'Ecole polytechnique qui ne saluait pas; ils le lui ont reproché et ils ont pris son nom. Le Roi est remonté chez lui et nous a renvoyés chacun chez nous.

Le bal de l'Hôtel de ville a été une véritable cohue. Le Roi y a été accueilli par des cris de : « Vive le Roi I Vive la Reine I » Je n'ai pas vu le souper; on laissait entrer les femmes seulement, au lieu de permettre aux hommes de circuler autour des tables. Le préfet Rambuteau s'était vraiment distingué. On a remarqué, à l'Hôtel de ville, l'absence des ambassadeurs d'Autriche, de Russie, d'Espagne, de Sardaigne, de Bavière, des Pays-Bas, du Wurtemberg, malgré les invitations envoyées au corps diplomatique pour cette solennité. Les ministres de Belgique, de Grèce, du Brésil et de Buenos-Ayres y sont seuls venus.

14 août. — Le premier crédit du ministère sur le Roi,

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