‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 50 sur 231 · CHAPITRE III. — SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — SEPTEMBRE

maintenant, est M. Thiors, qui s"est opposé par amour-propre à la dissolution de la Chambre, contre M. Guizot qui la voulait.

7 septembre. — J'ai été au Cirque Olympique; en l'absence de Franconi, qui fait sa tournée dans les départements, c'est la troupe du Hollandais Loisset qui le remplace. 11 y a un grotesque nommé Auriol qui est vraiment étonnant; il passe par-dessus huit chevaux et leurs cavaliers en faisant le saut périlleux, et il fait des entrechats sur la dernière barre de deux chaises placées l'une à côté de l'autre.

11. — Les concerts des Champs-Elysées, au lieu d'avoir lieu de sept heures à dix heures du soir, se donnent à dater d'aujourd'hui, mercredi il septembre, de trois heures de l'après-midi à six heures. L'entrepreneur est un nommé Masson, ancien huissier de M. le duc de Berry, qui se mêlait de ses amours. Depuis la mort de ce prince, il a pris Mlle Brocard, danseuse de l'Opéra, avec laquelle le duc de Berry avait rendez-vous dans sa loge après le spectacle, le jour où il a été frappé. Elle a tout son esprit dans ses jambes, à ce qu'on assure. Masson a loué l'ancienne église française de l'abbé Chatel, dans la rue Saint-Honoré, et il veut également y donner des concerts.

14. — Les courses ont eu lieu au Champ de Mars, pour le prix du Roi et celui du prince royal; un cheval appartenant à lord Seymour a gagné ce dernier prix, consistant en un vase de vermeil de mille francs et deux mille francs en argent. Le prix du Roi, consistant en un vase de vermeil de quinze cents francs, une coupe de huit cents francs et deux mille sept cents francs en numéraire, a été gagné par la jument de M. de Rieussec. Ce spectacle avait attiré assez de monde au Champ de Mars; le prince royal et le duc de Nemours y étaient; c'est, du reste, un spectacle assez peu curieux; qui voit une épreuve, les voit toutes.

19. — J'ai trouvé ce soir le maréchal et la maréchale Soult en tiers avec l'aide de camp de service; les deux époux jouaient au piquet, l'aide de camp conseillait la duchesse de Dalmatie. Le duc, avec ses lunettes sur le nez, un habit brun

et un pantalon chamois sur le corps, avait l'air moins sévère que de coutume. J'ai presque vu sourire deux fois Son Excellence. La maréchale ayant oublié de compter trois as, le maréchal l'en a avertie, s'est beaucoup étendu à cet effet sur sa probité. Ce n'est pas le cas de dire : « Personne n'en doute. »

20. — A la demande de Charles X, l'empereur d'Autriche a refusé des passeports à Mme la duchesse de Berry pour aller à Prague. Charles X ne veut la recevoir que quand elle aura son acte de mariage civil et religieux. L'empereur d'Autriche a déclaré à Charles X qu'il ne souffrirait à Prague aucune manifestation, ni la poiblication d'aucun acte qui pût troubler ses relations d'amitié avec la France.

26. — L'ouvrage du général Dermoncourt sur la Vendée vient d'être publié. Il n'est pas de lui, mais de M. Alexandre Dumas; il est tout à la louange de la duchesse de Berry, et il tend à prouver qu'il n'y avait aucune alliance entre les carlistes et les républicains. Le général Dermoncourt, qui a arrêté la duchesse de Berry, est mécontent d'avoir été mis en retraite et est sans fortune; il n'a pas mieux demandé que de prêter son nom à cet ouvrage, qui lui vaudra beaucoup d'argent. M. Berryer y a aussi probablement travaillé.

28. — Le prince de Talleyrand est arrivé à Paris, de Londres; ses amis crient à la calomnie contre les journaux qui ont proclamé qu'il était enrhumé et que sa santé déclinait. Ils prétendent, au contraire, que dans sa quatre-vingtième année il est plus vigoureux et que ses facultés sont plus remarquables que jamais. Il va passer trois mois dans sa terre de Valençay. Son esprit est de fait très lucide; il a répondu à l'amiral de Rigny, qui lui disait : « Vous êtes parvenu à comprimer la presse; les journaux ne disent pas un mot des trois jours passés par vous chez le duc de Wellington. — J'ai voulu coucher dans le même lit d'où Pitt m'a chassé d'Angleterre, il y a quarante-deux ans. Je le ferai mettre dans le Constitutionnel. » M de Talleyrand affecte de dire : « Je ne me mêle pas des affaires intérieures de la France, je ne connais que l'Europe. » Gela prouve que ce prince a jugé la position d'ambassadeur en Angleterre comme

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