‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 54 sur 231 · CHAPITRE IV. — OCTOBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — OCTOBRE

se commettre avec les Espagnols; les troupes françaises se borneront à imposer par leur contenance, évitant toute collision. Aucun officier, sous-officier ou soldat ne passera la frontière.

Le colonel Lanthonet, du 6° de housards, ma écrit pour me déclarer que, lui ayant refusé, en i824, alors qu'il était chef d'escadron au 3' de housards, de le porter sur le tableau d'avancement, je lui en voulais; qu'en conséquence, il demandait à ne pas servir dans ma division : démarche militairement monstrueuse. Depuis quand un chef de corps a-t-il le droit de choisir son lieutenant général? Il est probable qu'il aura été poussé par son lieutenant-colonel, M. Dupleix, pour lequel j'ai tant fait au 5" de housards, et qui fut fort ingrat vis-à-vis de moi. Il soufflait le feu de la discorde dans le régiment pour se populariser; je fus obligé de le faire changer de corps.

22. — Le préfet de Perpignan est un jeune homme du nom de Pascal : sous-préfet de Narbonne après les événem.ents d« Juillet, la protection du vicomte Dejean, préfet de l'Aude, lui a valu la préfecture des Pyrénées-Orientales.

Le général Soult, commandant la division territoriale de Toulouse, dont les Pyrénées-Orientales font partie, a voulu se mêler de l'emplacement de mes troupes; le ministre de la guerre lui a signifié que c'était à moi à le faire. Ne pouvant réunir tous mes régiments, j'ai paré à cet inconvénient en établissant à Perpignan l'état-major et un bataillon actif des quatre régiments d'infanterie. Je relèverai l'autre bataillon sur la frontière tous les trois mois. J'ai aussi à Perpignan ou aux environs les deux batteries d'artillerie, et deux escadrons du 12= de chasseurs. Cette organisation me permet de donner à ma division la même impulsion, la même instruction; elle pare, en quelque façon, à Tinconvénient d'avoir mes troupes disséminées. J'ai appelé de Narbonne le maréchal de camp Mylius à Pt^pignan, où a été établi le quartier général de la 2" brigade, avec celui de la 1", commandée par le maréchal de camp Saint-Joseph (1). J'ai obtenu une indemnité de rassemblement.

(1) Je comptais rester à l'hôtel de l'Europe, ne pensant pas séjourner plus d'un mois à Perpignan; le mois se changea en quatorze ans. Il en est souvent ainsi des prévisions humaines. {Noie du maréchal.)

28. — Le 1"" bataillon du 47= de ligne est arrivé à Perpignan. Le colonel Combes, au lieu de mettre l'épée à la main, s'est présenté en sauteur à la tête de son régiment, avec une petite canne à la main et suivi de son chien. Je lui ai fait tirer son épée et rengainer sa canne. Homme d'esprit, d'activité, de courage, il a le jugement faux. Je lui ai parlé ferme et en même temps avec intérêt; je suis persuadé qu'il marchera droit, car il est bien persuadé que je suis décidé à l'obliger à faire son devoir. M. Mylius, son maréchal de camp, n'est pas homme à lui souffrir ces gentillesses-là, mais il est bien aise que je lui fasse sentir une fois le poids de mon autorité.

J'ai exigé des officiers supérieurs de toutes les armes de manger ensemble; cela contribue beaucoup à l'esprit d'union de ma division.

2 décembre. — J'ai été hier à Rivesaltes, bourg de trois mille âmes, dont c'était la fête; on vient d'y percer un puits artésien qui donne huit cents litres d'eau par minute; c'est vraiment curieux. On a dansé sur la place les danses catalanes du pays; on se promène en rond et on fait sauter les femmes en l'air. Aujourd'hui 2 décembre, j'ai mes vingt-neuf ans de service; quoique je sois entré au service à seize ans,, cela ne me rajeunit pas.

13. — J'ai donné un bal où, avec les deux cents officiers de la garnison, il y avait quatre cents personnes. On a compté quarante-six femmes, et on dit que c'est énorme pour un premier bal. On prétend que j'ai fait un tour de force à Perpignan, parce qu'il y avait des gens de toute opinion. La musique était bonne, et le bal était gai. M. de Baldegg, mon chef d'état-major, et M. Paul de Périgord, mon officier d'ordonnance, m'ont aidé à en faire les honneurs.

Le colonel Combes a un grand amour pour l'exercice du gymnase; il a fait faire quatre kilomètres au trot à son régiment. Les capitaines à gros ventre soufflaient beaucoup; puis la troupe arrêtée, car il faut bien en finir par là, a perdu le temps gagné par la course à satisfaire des besoins. Les soldats ont fini par crier : « Charivari au Bédouin! » sans cependant prononcer son nom. J'ai pris des mesures pour calmer ce mécon-

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