‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 55 sur 231 · CHAPITRE IV. — DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — DÉCEMBRE

tentement; il aurait des suites fâcheuses si je laissais le champ libre au colonel et au régiment.

Je fais faire des marches militaires, établir des bivouacS; etc. Ces mouvements de guerre amusent les soldats, et sont excellents pour leur instruction.

Loin d'être encouragé à faire le bien, on est souvent entravé; il faut courage et persévérance pour y parvenir. Je transcrirai ici une lettre du directeur du personnel Schneider, écrite évidemment d'accord avec M. le maréchal Soult, et ma réponse; elles sont la preuve de ce que j'avance.

« Mon cher général, nous savons bien qu'on est passablement encroûté et qu'on sert mollement, maison ne peut passer tout d'un coup d'une extrémité à l'autre, et c'est peu à peu qu'il faut rentrer dans les voies d'exactitude et de ferveur qu'on n'aurait pas dû quitter. Jusque-là on appellera ce que vous voulez obtenir : « Tourmenter les troupes. » J'aurais dit à un autre : « Soyez toujours prêt comme si vous deviez € entrer immédiatement en Espagne »; à vous, je dis : « Per- « suadez-vous bien que vous n'entrerez pas en Espagne, et qu'il ï faut autant que possible diminuer les dépenses et les fatigues f de la réunion des Pyrénées; on commence à y penser, d

t Recevez l'assurance de mon attachement.

ï Signé : Général Schneider.

t Paris, le 6 décembre 1833. »

Réponse.

t Perpignan, le H décembre 4833.

« Mon cher général, je reçois votre lettre du 6 décembre, et je ne vous dissimulerai pas qu'elle m'a fait de la peine. Je vous parlais vaguement du laisser-aller qui est, depuis bien des années, à la mode dans notre armée. Dans ma lettre du 26 novembre, je disais que c'était peu à peu que je remontais la machine, qu'il ne fallait pas demander aux gens trop à la fois

pour arriver à de bons résultats. Vous retournez mon raisonnement contre moi en me disant qu'on appellera ce que je veux obtenir : « Tourmenter les troupes. » C'était une espèce d'excuse que je vous donnais, de ce que je regardais comme impossible d'exiger de suite une exactitude dans le service et une ferveur que, comme vous le dites fort bien, on n'aurait jamais dû quitter. Loin de tourmenter les troupes, soyez-en persuadé, je prêche bien plus d'exemple qu'autrement, et je cherche en quelque sorte à me faire pardonner d'avoir à commander. Mais qu'on me cite un fait, je dirai même une exigence déplacée, et je prouverai que c'est une fausseté. Je vis bien avec mes officiers généraux, bien avec mes chefs de corps; mes troupes, dont je suis très content^ me témoignent satisfaction d'être sous mes ordres. Je sais ma position fort enviée, mais je serais charmé que mes envieux se donnassent la peine de venir au milieu des soldats de ma division; je ne craindrai jamais d'être vu de près. Je ne puis deviner les inventions de la méchanceté, mais bien les confondre quand je les connaîtrai. »

23. — Par ordonnance du i8 décembre, le maréchal Moncey a été nommé gouverneur des Invalides. Il y avait une intrigue pour que cette destination fût donnée au maréchal Mortier, qui aurait alors cédé la grande chancellerie de la Légion d'honneur au ministre Sébastiani. Le maréchal Soult a tenu bon pour que les Invalides fussent donnés au doyen des maréchaux de France. De cette façon, après le maréchal Moncey, cet emploi lui reviendra de droit.

Le maréchal de camp Lejeune a été nommé au commandement de la 3" brigade de la division Harispe. Il a été rappelé au service en 1830. Maréchal de camp du 23 septembre 1812, il est d'ailleurs l'homme le moins militaire qui existe; il a fait son chemin comme aide de camp du prince de Neuchâtel; il est bon peintre de batailles. Voici l'ordre du jour dont il est accouché à Pau, quartier général de sa nouvelle brigade :

« Officiers, sous-officiers et soldats des régiments de la 3» brigade I

« C'est avec bonheur que j'ai reçu la mission de marcher à

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