CHAPITRE IV. — SEPTEMBRE
fenêtre. La population tout entière s'est précipitée sur les pas du Roi, et l'a accompagné avec acclamations jusqu'à la chancellerie. »
Je reçois l'ordre de former deux bataillons de guerre au 2» léger et au 47« de ligne; je ne doute pas que leur destination ne soit pour l'Afrique. Il m'est pénible de me voir enlever ainsi deux beaux régiments, quelque bien qu'ils soient remplacés, leur ayant depuis vingt-deux mois consacré tous mes soins, et les aj^ant mis sur un pied remarquable.
8 août. — Le général Saint-Joseph me télégraphie : « Une nouvelle révolution a éclaté le 5 à Barcelone. L'arrivée du général Bassa, gouverneur de la ville, accompagné de deux mille hommes, a soulevé le peuple, qui l'a précipité de son balcon, et l'a assassiné dans la rue; l'anarchie est complète. »
16. — J'ai terminé à Perpignan l'inspection du 47' de ligne. On a des nouvelles de Barcelone. On rapporte que le général Bassa avait reçu sur son balcon un coup de pistolet d'un enfant de quinze ans; il tira alors son sabre. La populace, entrant dans ses appartements, le précipita en bas; on lui enleva le crâne avec son sabre, puis on le traîna jusqu'à la Rambla, où son corps fût brûlé au milieu d'un tas de papiers de la police. Une des mains sortait; un soldat la saisit et la déchira avec ses dents, en criant : « Maudite soit la main qui a fait fusiller mon ami! » Il la rejeta, mais au delà du brasier; elle tomba à terre, un chien l'emporta à quatre-vingts pas; ce ne fut qu'avec peine qu'on la lui fit lâcher pour la remettre au feu.
20. — Revue d'honneur des deux bataillons de guerre du 47* de ligne, à l'allée des Platanes; je leur ai fait faire un mouvement à ma voix, leur disant que je voulais qu'ils entendissent encore une fois mon commandement; puis, ayant fait serrer en masse, je leur ai adressé quelques paroles d'adieu.
J'ai donné à dîner au colonel Combes et à plusieurs officiers de ce corps, qui est magnifique.
9 septembre. — Des lettres d'Oran des 2 et 3 septembre, du général d'Arlanges et du colonel Combes, m'annoncent le débarquement du 47' dans cette ville, le 31 août. Gela a relevé
le moral de la garnison; mais les magasins d'Oran, où l'on disait qu'ils trouveraient des effets de campement, étaient vides; ils se sont trouvés dans le plus grand embarras.
22. — Un fourrier, trois caporaux, deux grenadiers du M" de ligne ont été arrêtés à Perpignan, d'après des indications trouvées à Toulouse, lorsqu'on a arrêté des individus qui formaient une loge et qui étaient masqués de noir, \e. bonnet phrygien sur la tête, avec des poignards et un christ sur la table. Vingt-quatre individus du 11" de ligne sont compromis. On a trouvé dans le sac d'un des grenadiers les statuts de l'ordre et une chanson contre les rois.
26. — En conséquence d'une dépêche télégraphique, le 11" de ligne va être immédiatement embarqué pour l'Afrique. Le grand nombre des sous-officiers compromis peut bien en être la cause. On a trouvé dans ce régiment force brevets de carbonari, des bonnets phrygiens rouges, des écharpes tricolores dans lesquelles le noir a remplacé le blanc.
19 octobre. — J'ai fait faire l'exercice à feu et des mouvements de guerre aux 2« et 17« légers, 17« et 23* de ligne, à la 6« batterie du 5° régiment d'artillerie. Les manœuvres ont été fort bien; c'est probablement la dernière fois que je fais manœuvrer les 2" et 17" légers, les vaisseaux qui doivent les porter à Oran ayant dû mettre à la voile de Toulon, le 18 octobre. On m'enlève encore pour la même destination la seconde compagnie du train des parcs d'artillerie. La belle division que j'avais eu tant de peine à former s'en va par pièces et par morceaux. Les différents corps me témoignent de vifs regrets de ce que je ne marche pas avec eux.
24. — L'embarquement des troupes a commencé à Port- Vendres. Les vaisseaux Ze DMgfMfône, le Scipion, la Ville de Marseille prennent chacun onze cents hommes; les deux corvettes de charge le Rhône et la Fortune, cinq cent cinquante hommes chacune. Les adieux des 2" et 17" légers ont été touchants. Le colonel Corbin, du 17" léger, en me disant adieu, m'a remercié de ce que j'ai fait pour son corps. Gela a été une répétition de ce qui s'est passé lorsque j'ai quitté le commandement du 5" housards. S'il m'est pénible de me séparer des