‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 65 sur 231 · CHAPITRE IV. — FEVRIER 1836. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — FEVRIER 1836. H

vier. J'ai assisté à l'interrogatoire de Pépin, épicier de son état, homme grand et mince, d'une figure ignoble; son corps, pendant son long interrogatoire, faisait continuellement le balancier; ce qui prouvait son embarras. Il est vrai que M. le président Pasquier le faisait de son côté. Celui-ci dirige assez médiocrement les débats; un président de cour d'assises, habitué à parler d'abondance, tirerait davantage des accusés. C'est Fieschi qui dirige véritablement les débats, rétablissant les faits que Pépin dénature , ou niant avec un sang-froid imperturbable. Pépin parle presque avec respect de son coaccusé, disant : « Monsieur Fieschi. » Ce Fieschi a quarante et un ans; il est petit, laid, trapu, la tournure de ces voltigeurs corses gros et courts; sa voix est ferme et sonore, il paraît intelligent.

J'ai dîné avec Mme de Gastellane chez le maréchal marquis Maison, ministre de la guerre. La maréchale est une grande femme que je ne connaissais pas. Le dîner était moitié militaire, moitié diplomatique. J'y ai fait connaissance avec L prince et la princesse Ferdinand de Bretzenheim; celle-ci est fille de la petite princesse d'Arenberg, mariée au prince Pierre Schwarzenberg, par conséquent ma parente, ce qu'elle m'a rappelé avec beaucoup d'obligeance.

2. — Longue conversation avec M. le duc d'Orléans. Ce prince m'a parlé de confiance. Il m'est clair qu'il désirerait être chef de l'armée, et il s'y entend. Nous avons causé métier. Il n'est pas plus que moi partisan des cris de : « Vive le Roi! j poussés sous les armes, mais le Roi y tient. Il voudrait qu'on change tous mes maréchaux de camp, pour qu'un plus grand nombre apprenne à servir sous moi. Il m'a engagé à lui envoyer des notes sur l'armée. Le prince me montre de la confiance, et certes je n'en abuserai pas.

3. — Dîner chez le lieutenant général duc de Plaisance, ancien aide de camp de l'Empereur, brave et digne homme qui, dans tous les temps, a été bien pour moi, aussi bien quand j'étais un mince lieutenant de l'état-major de l'Empereur qu'aujourd'hui où je suis lieutenant général. Il a adopté un de ses neveux, fils de son frère Alexandre, tué colonel de lan-

ciers à la Bérézina, et il lui a fait épouser la fille du duc de Wagram, qui prend le titre de comtesse de Plaisance.

L'Empereur, en créant des princes ou des ducs du nom de villes ou de batailles, pensait que ces noms ne passeraient qu'à l'aîné en même temps que le titre. En faisant l'architrésorier Lebrun duc de Plaisance, il ne croyait pas que toute la lignée des Lebrun s'appellerait Plaisance, que toute celle des Lannes s'appellerait Montebello, etc. Comme personne ne les en empêche, presque tous, filles et garçons, se donnent maintenant cette satisfaction.

8. — J'ai dîné chez le comte de Sales, ambassadeur de Sardaigne. Son dîner était magnifique; il y avait au moins quarante personnes, entre autres le prince de Talleyrand, qui marche encore, mais que j'ai trouvé bien vieilli; la duchesse de Dino, qui ne change pas; elle n'a jamais eu de fraîcheur; sa beauté est dans ses grands yeux, qui sont toujours aussi flamboyants; la duchesse de Sutherland, qui est une fort belle personne. Elle avait un bel oiseau de paradis sur son turban; son mari, le duc de Sutherland, me paraît un autre oiseau moins précieux. La comtesse de Castellingo, grande et belle personne de vingt ans, était assise à table entre lui et moi; c'est une gracieuse personne qui cause bien. A côté de moi était le comte de Flavigny, qui est aimable, puis le comte de P>rignole, frère de la duchesse de Dalberg. Le duc de Devonshire, avec son ordre de la Jarretière, figurait à ce festin. Le comte Mole était à côté de Mme de Dino. Le comte Portails, le général Alava, ambassadeur d'Espagne, le prince Tufiakin, avec son cou de travers, ses ridicules et sa perruque artistement frisée, étaient aussi du nombre des convives.

24^ — J'ai dîné chez le duc et la duchesse de Périgord; il y avait quinze personnes. Un dîner est un événement dans cette famille. Ce festin était, je crois, en mon honneur, le comte Paul de Périgord, leur fils, étant depuis deux ans mon officier d'ordonnance et dînant, comme tel, tous les jours avec moi. 11 quitte le service, non par dégoût de sa position actuelle, car il aime son métier, et il est le plus jeune lieutenant de cavalerie de l'armée, mais il est appelé à une immense for-

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