CHAPITRE IV. — MAI
24. — Après avoir fait tous les préparatifs de l'embarquement, pourvu les troupes des effets de campement, des cantines régimentaires, des cartouches, j'ai voulu presser l'embarquement, et je me suis rendu à Port-Vendres. Je suis parti de Perpignan à onze heures, j'étais à Port-A''endres à une heure. Je me suis rendu à bord du bateau à vapeur le Phare, puis de là au mouillage, à bord de la Ville de Marseille, commandée par M. Rigodit, capitaine de vaisseau. J'ai organisé à bord de ce vaisseau les bataillons de guerre du 24« de ligne. J'ai été ensuite à bord du Scipion, commandé par M. Henri de Villeneuve; les deux vaisseaux m'ont salué chacun, à ma sortie, de onze coups de canon.
Je ne conçois pas l'entêtement de M. Gautier, capitaine du Nestor, qui commande la division navale, et que rien n'a pu engager à venir au mouillage de Port-Vendres. Il a voulu rester dans le golfe de Roses, et il voulait engager les autres vaisseaux à y aller pour les conserver sous ses ordres et naviguer ensemble, malgré les ordres du ministre de la marine, qui prescrit de se rendre isolément à la Tafna, où nos troupes ont un pressant besoin de secours. J'ai convaincu MM. Rigodit et de Villeneuve de cette nécessité de mettre à la voile le plus tôt possible. Les vaisseaux manquaient de vivres; on a fini par en trouver pour vingt-sept jours, et probablement sans moi cela aurait duré huit jours avant qu'on mît à la voile,
A six heures et demie du soir, j'ai quitté Port-Vendres après avoir vu embarquer une portion du 23' de ligne. A huit heures et demie du soir, j'étais de retour à Perpignan, ayant fait mes dix-sept lieues de poste au galop, et beaucoup d'autres choses.
25. — Le capitaine du Nestor a renouvelé hier et aujourd'hui aux commandants du Scipion et de la Ville de Marseille l'ordre de se rallier à Roses. Je ne m'explique pas la conduite du capitaine Gautier, qui reste à Roses sans nécessité, et qui fait savoir que, manquant de vivres, il ira à Toulon, malgré les ordres du ministre.
20. — Le ministre de la marine a télégraphié au commissaire des classes à Port-Vendres :
« Le départ des vaisseaux et des troupes est de la plus grande urgence. On ne peut le retarder, le besoin des vivres ne peut pas les arrêter; ils en trouveront à Oran, et ils en recevront de la division navale qui part de Toulon bien approvisionnée, et qui a ordre de leur en délivrer. Communiquez sur-le-champ mes ordres aux commandants des vaisseaux. »
Les vaisseaux étant partis, cette dépêche n'a pas été communiquée.
27 juin. — Ma fille Sophie épouse aujourd'hui son cousin Henri de Gontades; j'ai un vif chagrin de ne pouvoir assister à ce mariage, qui est généralement approuvé.
29 juillet. — Les troupes se sont réunies à Perpignan, au Champ de Mars, à six heures du soir. Chaque homme avait dix cartouches (celles du 21' étaient à étoiles), et l'artillerie avait vingt coups par pièce; la 7» batterie du 5° d'artillefie était venue d'Elne. Après quelques manœuvres, le 21" s'est retiré, avec deux pièces, jusqu'au guichet de la porte Notre- Dame, qu'il a défendue un moment, et il a pris ensuite position sur le rempart, dit la Ville-Neuve, et au Castillet. Alors a commencé un spectacle ravissant. Le 21% du haut de son rempart, lançait des cartouches à étoiles, tandis que les troupes qui l'attaquaient faisaient sur lui un feu soutenu accompagné d'artillerie. La soirée a été charmante; la population s'était portée en masse au faubourg, et ne s'est retirée que lorsque le dernier coup a été tiré. Chacun était content d'avoir si bien employé son temps, et l'on se promettait bien de ne pas manquer à la fête, si elle a lieu une autre fois.
23 août. — M. le maréchal Clauzel est arrivé dans l'aprèsmidi, et est allé se loger chez M. Captier, receveur général des Pyrénées-Orientales, son beau-frère. A cinq heures, les corps d'officiers des deux brigades m'ont accompagné chez le maréchal, à qui nous avons fait notre visite.
25. — A trois heures de l'après-midi, toutes les troupes étaient réunies au Champ de Mars. M. le maréchal Clauzel avait accepté l'invitation que je lui avais faite de voir manœuvrer les troupes sous mes ordres. J'en ai pris le commandement, et jusqu'à cinq heures leurs manœuvres n'ont laissé rien