‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 68 sur 231 · CHAPITRE IV. — SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — SEPTEMBRE

à désirer. M. le maréchal m'en a hautement témoigné sa satisfaction.

A six heures, grand dîner chez M. le préfet Pascal, où assistait M. le maréchal Clauzel. Il m'a dit devant tout le monde que si, avant un an, je n'étais pas en Espagne, j'irais en Afrique servir avec lui.

26. — M. le maréchal Clauzel est parti de Perpignan et s'est embarqué à Port-Vendres sur le Styx, qui a fait voile pour Alger.

20septembre. — Le maréchal Maison, pendant son ministère, a rendu une ordonnance sur la tenue des officiers généraux, dans laquelle les chapeaux jouent un grand rôle. On doit les porter droit en temps de paix, de travers en temps de guerre. Le Roi les veut droit; M. le duc d'Orléans de travers; ce mez30-termine a été pris pour les contenter tous deux. On ne devait plus avoir le chapeau galonné qu'en grande tenue; je me suis trop bien trouvé, au siège d'Anvers, de porter constamment mon chapeau galonné, à cause de la confiance qu'il donne aux soldats, pour ne pas tenir à le conserver dans toutes les tenues; on m'y a autorisé. Sous le ministère du maréchal Soult, on avait l'avantage de recevoir des ordres clairs et nets.

Le ministre de la guerre ferait mieux de signifier aux officiers sa ferme volonté de faire exécuter les anciennes ordonnances. Quand un officier général donne l'exemple de la désobéissance, les inférieurs veulent limiter. Les officiers généraux qui ont le plus vu leurs troupes dans le courant de l'année, en s'attachant à gagner leur confiance, ceux qui auront mangé la soupe du soldat et « graissé la marmite » en visitant les chambrées, ceux qui auront traité leurs troupes avec bonté en revenant de l'exercice, lorsqu'elles auront bien manœuvré, ceux qui leur rendront une justice impartiale, en seront bien obéis un jour de bataille ou d'émeute, quelque sévèrement qu'ils les mènent. Quand les soldats ont dit de leur général : « Il est soldat dans l'âme d, ce qui est leur plus bel éloge, il peut compter sur eux (1).

(1) La division des Pyrénées-Orientales, depuis le premier embarquement pour l'Afrique, fut sans cesse renouvelée, et mon travail ressem-

d22 JOURNAL DU MARÉCHAL DE CASTELLANE.

30 décembre. — J'ai donné mon premier bal dans la nouvelle maison que j'habite, et dont le principal salon est très beau. Le bal a été très gai et très animé. Au commencement du bal est arrivée une dépêche télégraphique annonçant que le Roi, en se rendant à la Chambre des députés pour assister à l'ouverture de la session, avait essuyé un nouveau coup de feu. Le misérable qui a tiré sur Sa Majesté a été immédiatement arrêté. La balle a traversé la voiture, et les éclats des glaces ont légèrement blessé à la figure 3IM. les ducs d'Orléans et de JMemours.

25 janvier. — Une nouvelle expédition de Gonstantine est arrêtée. J'ai écrit à M. le duc d'Orléans pour obtenir d'en faire partie. Son Altesse Royale m'a répondu qu'elle me donnait acte de mon désir, et qu'elle me réitérait en cette occasion l'assurance que les régiments envoyés par moi en Afrique s'étaient montrés les meilleurs, et qu'elle ne pouvait rien désirer de plus que de voir toutes les divisions commandées comme la mienne.

J'ai en ce moment, à Perpignan, le solide 17= de ligne, qui est dans ma division depuis sa formation; le 21» léger, qui s'est mis à sa hauteur. Le 15' léger va bien, et le 26° de ligne, arrivé depuis peu, commence à se convaincre des dangers de l'insubordination. Les 11» et 12' chasseurs à cheval seraient

blait à celui de Pénélope; on m'enlevait mes régiments à mesure que je les formais. Connaissant à fond ma division, j'écartais des compagnies d'élite les ganaches qu'on y place ordinairement. Les colonels trouvant plus commode de prendre les officiers à l'ancienneté, j'eus à lutter au commencement, et je persistai malgré les criailleries et le blâme de mes camarades.

De cette division des Pyrénées-Orientales sont sortis des officiers généraux distingués. Le général Changarnier était capitaine au 2« léger; le général Canrobert, lieutenant au 47»; le général Forey, capitaine au 2« léger. La liste des officiers supérieurs et des officiers généraux est trop nombreuse pour que je puisse la citer; tous m'ont témoigné de la reconnaissance et se sont félicités de ce qu'ils appelaient : avoir servi à mon école. {Note du maréchal.)

Page 1