CHAPITRE V
Situation de l'Espagne. — La construction d'un pont militaire à Perpignan. — Arrivée du général Brossard à Perpignan. — Je reçois l'ordre du ministre de le traduire devant le conseil de guerre. — Le Roi me nomme au commandement de la province d'Oran. — J'envoie au ministre mes observations à ce sujet. — Je quitte Perpignan avec regret. — Arrivée à Alger. — Visite au maréchal Valée. — Mauvaise tenue des troupes en Afrique. — Bougie. — Les tirailleurs algériens. — Arrivée à Bône. — Je fais respecter les règlements. — Les précautions sanitaires les plus élémentaires sont négligées. — Visite aux ruines d'Hippone. — Djidjelli et Stora. — Misère des officiers en Afrique. — Je reçois la soumission des tribus arabes voisines de Bône. — Je conduis un convoi de ravitaillement de Bône à Constantine. — Description du pays. — Les officiers placés à Constantine demandent à rentrer en France. — Retour à Bône. — Petite alTaire avec les Arabes. — J'obtiens un congé et je rentre en France. — Quarantaine devant Port-Vendres. — Passage à Perpignan. — Je demande au Roi à reprendre le commandement de la division des Pyrénées-Orientales, ce qui m'est accordé.
20 mars. — La situation de l'Espagne devient chaque jour plus effroyable. La Reine est sans pouvoir réel; on reçoit encore les autorités qu'elle nomme, sauf à les chasser quand elles déplaisent. On les remplace alors sur les lieux par intérim; la Reine confirme ordinairement ces changements. Alors les élus du peuple gouvernent en son nom, et ils n'en sont pas moins renvoyés au bout de quelque temps. Les républicains, dans les grandes villes, ne se lassent pas dans leurs tentatives de désordre, et comme on n'a pas la force de les punir, il est à craindre qu'ils ne finissent par réussir.
28. — Le vaisseau de l'Etat le Jupiter est arrivé à Port- Vendres; il doit prendre à son bord une partie du 48' de ligne.
Le général Bugeaud est arrivé à Perpignan à quatre heures du matin; il est venu me voir à onze heures; immédiatement
après, je lui ai fait ma visite, et il a reçu le corps des officiers de la garnison.
29. — D'après mon invitation, le général Bugeaud s'est rendu à deux heures de l'après-midi sur le Champ de Mars. J'ai pris moi-même le commandement des troupes, et après plusieurs évolutions exécutées à merveille, nous sommes rentrés à quatre heures. Le général Bugeaud m'a fait compliment de mes troupes; il part demain pour s'embarquer à Port-Vendres.
i4 avril. — M. le duc de Mortemart, pair de France et lieutenant général, appelé à Marseille pour déposer dans le procès du général de Rigny, qui n'aura lieu que dans un mois, a obtenu du rapporteur de ne plus reparaître. Il est venu à Perpignan pour me voir. Aussitôt que j'ai appris son arrivée, je me suis rendu à l'hôtel de l'Europe, où il était descendu. Nous sommes allés ensuite sur les glacis de la citadelle, où l'on reprenait les travaux d'un simulacre de siège.
i5. — Le duc de Mortemart est allé visiter Port-Vendres; il est rentré ce soir, et il a dîné chez moi. J'avais prié à ce dîner quinze chefs de corps ou officiers supérieurs de la garnison.
16. — Le duc de Mortemart est parti pour Paris, prenant la route de Toulouse et Bordeaux.
Il y a eu, à Paris, un bal donné au profit de l'ancienne liste civile, c'est-à-dire au profit des nombreux pensionnaires et serviteurs des rois Louis XVIII et Charles X, plongés dans la misère après 1830. Il y a eu au delà de deux mille cinq cents billets placés; défalcation faite des frais, la recette s'est élevée à plus de trente mille francs. La célèbre Mlle Taglioni est venue danser avec son père un menuet et une gavotte. Elle n'a voulu recevoir comme payement que les applaudissements de la meilleure société qui l'admirait.
26 mai. — J'ai fait aujourd'hui une chute qui aurait bien pu me tuer, et l'on me croyait même les jambes brisées; mais ni moi, ni le général Dampierre, ni un officier, ni cinq canonniers qui ont fait le même saut, n'avons eu la moindre égratignure. Ayant terminé notre instructive école de siège,