‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 77 sur 231 · CHAPITRE V. — DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — DÉCEMBRE

votre dévouement au Roi et au pays feront de vous, en toute circonstance, un officier général éminemment utile. L'Afrique est aujourd'hui le poste d'honneur, parce que là il y a plus de dangers à braver, plus de difficultés à surmonter et surtout plus de choses à créer. C"est un théâtre où vous exercerez vos talents, votre activité et votre ardeur pour rétablir, partout où vous vous trouverez, l'ordre, la probité et l'accomplissement de tous les devoirs.

t Signé : Bernard. »

20. — Revue au Champ de Mars. Les troupes étaient belles; elles semblaient, comme c'était la dernière fois, faire plus d'attention à mon commandement qu'à l'ordinaire.

23. — J'ai achevé mes visites d'adieux; il est impossible de me témoigner plus d'intérêt et plus d'attachement. Ces regrets ne peuvent se comparer qu'à ceux dont fut l'objet, dans les Basses-Pyrénées, feu mon excellent père, après sa bienfaisante administration.

25. — Cinquante des habitants les plus notables de Perpignan sont venus, les larmes aux yeux, m'exprimer leur reconnaissance et leur chagrin de mon départ.

26. — J'ai quitté Perpignan à une heure de l'après-midi, et je me suis embarqué à Port-Vendres, à cinq heures du soir, à bord du bateau à vapeur le Tartare.

29. — J'ai attrapé pendant la traversée un lumbago, chose fort disgracieuse pour mon débarquement. Nous sommes arrivés à minuit dans la rade d'Alger, après quatre-vingtquinze heures de traversée. Je me figurais l'aspect d'Alger plus beau. Cette ville me fait l'effet d'une carrière de pierres blanches entassées sur une montagne.

J'ai été, en débarquant, prendre les ordres de M. le maréchal Valée, homme de soixante-cinq ans, d'une taille moyenne, maigre, souffrant et peu satisfait de sa position. J'ai eu grand plaisir à revoir le colonel Menne, les lieutenants-colonels Changarnier et Bourgon. Ils ne reviennent pas de ce qu'on m'a tiré de mon beau commandement, pour me placer dans une

position inférieure; le gouvernement, il est vrai, ne l'a pas cru.

Le maréchal Valée m'a témoigné son étonnement de ee qu'on ne m'a pas laissé aller à Paris, attendu que mon arrivée en Afrique n'était nullement pressée; il. m'adonne l'ordre de me rendre à Bône pour y remplacer le lieutenant général Trézel. Le maréchal de camp Négrier, commandant à Constantine, sera nominativement sous mes ordres et, de fait, exclusivement sous ceux du maréchal Valée, car il a décidé que cet officier général correspondrait directement avec lui, ce qui n'est pas militairement supportable. M. le maréchal Valée ne voit à peu près personne à Alger; il n'a même pas encore reçu les visites de corps. Il ne fait aucun cas du ministre de la guerre, et il en parle légèrement devant ses subordonnés, ce qui produit un mauvais effet et me déplaît beaucoup, car, avec l'indiscipline existant dans cette armée, ce n'est pas une bonne chose de regarder comme rien le ministre du Roi.

J'ai dîné chez le maréchal Valée et lui ai montré la lettre particulière du ministre de la guerre, en lui faisant l'observation qu'en son absence, ou s'il était malade, je ne pouvais obéir à des lieutenants généraux moins anciens de grade que moi; nous sommes tombés d'accord là-dessus, et il a ajouté : « Alger sera naturellement votre résidence; vous n'allez à Bône que momentanément. — Mon premier soin, lui ai-je répondu, sera d'y remettre la tenue et la discipline. » Il a commencé par me dire d'y aller doucement; je lui ai répondu que les règlements devaient être observés et que j'étais venu en Afrique avec l'intention d'y tenir la main, et de me donner un ordre par écrit si ce n'était pas sa volonté de faire exécuter les règlements; quant à moi, ma manière de servir était de les faire suivre. Le maréchal Valée m'a compris et m'a autorisé à remplir mon devoir.

30. — Je suis monté à cheval et j'ai été voir la Casbah, d'où l'on a une vue magnifique. La tenue des troupes est effroyable. Le maréchal Valée ne connaît rien du tout au détail des troupes, et parle toujours mal des règlements qu'il

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