CHAPITRE V. — FEVRIER
cipes militaires. Je ne lui ai pas caché que je l'avais écrit à mes amis; je dirai même que maintenant il paraît me regretter. Le gouverneur a près de lui peu de gens capables de le seconder. Le lieutenant général Rulliières dîne dans la salle commune de l'hôtel du Nord. Cela fait ensuite dire que les officiers généraux sont trop payés. Cela n'est pas vrai, ils ne le seraient pas assez s'ils faisaient ce qu'ils doivent; économiser sur leurs appointements est encore une des mauvaises passions de nos officiers généraux. Le ministre de la guerre devrait leur donner des frais de représentation suffisants, mais exiger impérieusement d'eux qu'ils les dépensent pour le bien du service du Roi; l'Empereur agissait ainsi.
Le maréchal Valée commence à apprécier le lieutenantcolonel Changarnier, homme d'honneur et d'esprit; cet officier distingué est venu me voir des cantonnements avec le colonel Menne et le capitaine Forey. du 2' léger; ils m'ont accompagné au bateau à vapeur avec le colonel de Schauenbourg, dul""de chasseursd'Afrique,offîciermilitaire très ferme, auquel il a fallu un courage surnaturel pour maintenir depuis sept ans la discipline dans son régiment, avec toutes les entraves qu'on y a mises.
J'ai ramené de Constantine à Bône et à Alger les restes de mon pauvre ami le général Caraman.
L'intendant de l'armée d'Afrique est un ancien secrétaire de M. le maréchal duc de Dalmatie; homme d'esprit, il ne passe pas néanmoins pour un bon administrateur. Il a trop de gendres ou parents dans l'intendance et dans les différentes administrations de l'armée. On le croit, lui, honnête homme; mais il laisse voler les sous-ordres. Notre administration en Afrique est déplorable; il faudra peut-être revenir, comme sous l'Empereur, à avoir des inspecteurs aux revues pour la comptabilité des corps, ou des commissaires des guerres pour les subsistances. Ces deux corps se contrôleraient alors l'un l'autre; à présent, le sous-intendant contrôle la comptabilité des fournitures qu"il fait. Maîtres en quelque sorte des bureaux de la guerre, ils sont inattaquables. Des intérêts particuliers s'en trouvent bien; le soldat s'en trouve mal.
Je suis à bord du bateau à vapeur le Vautour commandé par M. Palu du Parc, lieutenant de vaisseau; la mer est très grosse, et nous ne sommes pas à notre aise.
10. — Nous avons mouillé à Mahon. J'ai fait en chaloupe le tour du magnifique port de Mahon; la ville est sur la hauteur; on descend au port par des rampes; les toits couverts en tuiles rondes sont peu inclinés. Les maisons sont blanchies, quelques-unes jaunies au dehors; il y a de belles maisons de campagne. La population est de dix-sept à vingt mille âmes. La France a loué une petite île au milieu du port, nous y avons un hôpital dans lequel il n'y a pas de malades; j'ignore le pourquoi. En Afrique, nous n'en manquons pas; ils se remettraient à Mahon plus vite de la fièvre.
11. — Nous sommes arrivés à Port-Vendres à deux heures de l'après-midi. Notre séjour à Mahon nous a été fort utile, la commission sanitaire de Port-Vendres, par obligeance pour moi, nous l'a compté comme quarantaine; au lieu de sept lours, nous n'en ferons que cinq.
En revoyant, de la rade où je suis consigné, le petit village de Port-Vendres, j'ai été dans l'enchantement. Je suis heureux de me retrouver dans les Pyrénées-Orientales, où on est si bon pour moi.
12. — J'avais écrit, à mon arrivée, hier, au préfet M. Pascal; il a pris la poste de grand matin, et au jour il était à Port- Vendres pour me parler sur le quai du port. J'ai été touché de cette bonne marque d'amitié.
J'ai reçu à bord une invitation m'invitant, au nom des principaux habitants de Perpignan, à un banquet qui aura lieu le 15 février, à ma sortie de quarantaine.
15. — La commission sanitaire a levé de grand matin notre quarantaine. Mes chevaux n'ont pu être attelés qu'à neuf heures. J'en avais emmené quatre, et je les ai ramenés. Je suis arrivé à Perpignan vers deux heures.
Beaucoup de monde était venu m'attendre en avant de la ville; je suis descendu chez le préfet Pascal, à sa sollicitation.
Le repas, offert par soixante habitants de toutes les opinions, a eu lieu à six heures; la salle ne pouvait pas contenir