CHAPITRE VI. — AOUT
quelques années. 3Ime de Laval avait fait d'une négresse du nom de Zoé, et qui venait d'une habitation de monsieur son père, non seulement sa femme de chambre, mais une espèce d'amie. Cette négresse, femme d'esprit, restait dans le salon. Mme la vicomtesse de Laval, galante et fort jolie dans sa jeunesse, était depuis quelques années très dévote. Elle avait pour toute fortune une pension peu considérable que lui faisait son fils, le duc Mathieu, tant qu'il a vécu. Sa veuve, la duchesse Mathieu de Montmorency, née de Luynes, tout en Dieu, immensément et parfaitement avare, continuait cette modique pension sans l'augmenter. Je regrette vivement Mme la vicomtesse de Laval. N'avoir plus à aller chez elle à Paris, me manque tout à fait.
20. — La reine d'Espagne m'a nommé le 44 juillet grandcroix de l'ordre royal et distingué de Charles IIL
15 août. — Le 16' léger était presque en révolte à Paris contre son détestable colonel M. Devaux. Le ministre de la guerre a trouvé bon de me l'envoyer à Perpignan pour le remettre. Les journaux de l'opposition ont attaqué à tort le gouvernement de ce qu'il faisait voyager le régiment au milieu de Tété. Les soldats français ne sont pas efféminés au point de ne pouvoir voyager par la chaleur. J'ai découvert la raison des trois cent cinquante hommes laissés en arrière : au lieu de se conformer au règlement qui défend de se mettre en route avant le jour, à moins de nécessité absolue, ils ont fait de la nuit le jour, et ils partaient bravement à dix heures du soir. Aucune troupe ne peut à la longue résister à un pareil régime. Quelques officiers souffrant de la chaleur auront provoqué cette mesure. La chère commodité est encore cause de cela.
25. — Mme la duchesse d'Orléans est accouchée hier d'un prince; le nouveau-né a reçu les noms de Louis-Philippe- Albert d'Orléans, comte de Paris.
Le Roi a accordé deux jours de solde aux sous-officiers et soldats,, à l'occasion de la naissance de M. le comte de Paris.
26. — Le lieutenant général baron Rohault de Fleury, inspecteur général du génie, le lieutenant général Berthezène,
les généraux Bugeaud, Thilorier, Laidet, d'Hautpoul, de Galz, de Bar, se trouvent réunis à Perpignan, la plupart pour le procès Brossard.
J'ai fait faire aux troupes la petite guerre devant eux. Le général indigène Mustapha y était aussi; il était à cheval, suivi de son neveu Ben Ismaël, lieutenant de spahis, décoré de la Légion d'honneur. Celui-ci tenait sur le devant de sa selle le jeune négrillon fils de Mustapha.
27. — Le premier conseil de guerre de la 21° division s'est réuni le 27 août, à dix heures du matin , à Perpignan, pour juger le général Brossard. Le lieu ordinaire des séances n'étant pas suffisant, il s'est assemblé dans l'ancienne chapelle de la citadelle; les juges se sont placés au fond du chœur, le rapporteur et le greffier à droite, le commissaire du Roi, l'accusé et ses avocats à gauche; plusieurs sténographes ont des places réservées; la foule est considérable.
Le conseil de guerre est ainsi composé : président, M. de Thilorier, maréchal de camp; juges, MM. le baron de Galz, maréchal de camp; de Bar, aussi maréchal de camp; Lugnot, colonel du 21" léger; Ormacey, chef de bataillon au 21» léger; Rignault de Rochefort, capitaine au l' chasseurs; Chevalier, capitaine au 2" du génie; rapporteur, M. Robert, major du 17» de ligne; commissaire du Roi, M. Vautrin, capitaine au 15» léger.
Le général Brossard est défendu par 31» Boinvilliers, avocat du barreau de Paris, assisté de M" Lafabrègue et Parés, du barreau de Perpignan.
La lecture des pièces faite par le greffier hors de la présence de l'accusé, conformément aux usages militaires, a duré quatre heures et demie; le général Brossard, en uniforme de maréchal de camp, a été ensuite introduit; le président lui a lu les chefs d'accusation ainsi conçus :
1» Concussion;
2» Tentative de corruption de fonctionnaires publics;
3° Immixtion comme fonctionnaire dans des affaires incompatibles avec sa qualité;
A" Proposition de complot dans le but de faire armer les habitants contre l'autorité royale.