‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 107 sur 196 · CHAPITRE VII. — MARS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — MARS

sapeurs et une de mineurs, premières troupes envoyées à sa rencontre en avant de Grenoble, ont passé à Jui. Il «'-tait entré le soir du 6 mars dans cette ville. Le 5* de ligne, commandé {)ar Charles de Labédoyère, s'est porté en avant pour se joindre à lui. Le 4* de housards en a fait autant; toutes les troupes sur la route de l'Empereur suivent cet exemple. L'empereur Napoléon est entré le 10 mars à Lyon. Monsieur et M. le maréchal de Tarcnte ont abandonné cette ville le même jour.

On assemble la Chambre des pairs et celle des députés à sept heures du soir.

11. — Le maréchal duc de Dalmatie, accusé à tort par la clameur publique de trahison, a donné sa démission de ministre de la i^uerre; le général Clarke, duc de Feltre, le remplace.

Le général Lefebvre-Desnouettes, avec son régiment, les chasseurs de France (anciens chasseurs de la garde impériale), a marché sur la Fère, où il n'a pu entrer. Il a envoyé, ce soir, un officier au Roi pour lui dire qu'il a été trompé par de faux ordres.

12. — M. le duc d'Orléans arrive dans la matinée. Monsieur et le maréchal Macdonald, dans la soirée, de Lyon où les troupes les ont abandonnés. Monsieur a rencontré un régiment qui se dirigeait sur Lyon avec la cocarde tricolore; il a voulu lui faire crier : « Vive le Uoi! » Les soldats ont répondu : « Cela ne se peut pas; nous allons rejoindre l'Empereur. » Ce régiment a rendu les honneurs militaires à Monsieur; on a battu aux champs et présenté les armes. Ce corps a assuré à Monsieur qu'il ne voulait pas lui faire le moindre mal. Lorsque les troupes du maréchal Macdonald ont passé, il leur a demandé pourquoi elles abandonnaient les Bourbons pour Bonaparte; leur réponse a été : « Les Bourbons n'ont pas de confiance en nous. La preuve en est sous nos yeux; Monsieur a là quatre aides de camp, il n'y en a pas un de notre armée. »

Ce même jour, le maréchal Ney fit prendre à Lons-le-Sauliiier la cocarde tricolore à ses troupes, leur adressa une proclamation pour les engager à se joindre à l'Empereur; elles

y étaient disposées, du reste. Le maréchal jN'ey, en partan avait dit au Roi : t Si je prends Napoléon, je vous le ramènerai dans une cage de fer. » Les courtisans étaient dans Tenchantement de ce beau propos. Après la sortie du maréchal Ney. le Roi et le service restèrent silencieux. Avant de le codo-édier. Louis XVIII dit. après avoir ricané : « C'est un singulier petit serin qu'il me ramènera là. » Puis il regarda, et^ salua pour congédier le service. Je tiens cette anecdote du duc de Mortemart, alors capitaine des Cent-Suisses, qui était

présent (1).

14. — Beaucoup de femmes quittent Paris; la comtesse de Blacas va en Angleterre; la princesse de Talleyrand. la duchesse d'Orléans, ses enfants, se rendent à Bruxelles; Mme de Jaucourt. la vicomtesse de Laval, la duchesse de Duras se mettent en route. Il y a auprès du Roi des gens qui ne font que pleurer; parmi eux on distingue le prince de Poix, M. de Blacas; le prince de Wagram dit en gémissant : « La princesse est allée en Allemagne voir ses parents. » Il n'y a de capitaines de gardes ayant une tenue convenahle et montrant du caractère que le duc de Raguse et le duc de Mortemart.

La Chambre des députés a refusé de mettre Bonaparte hors la loi. disant qu'il fallait seulement le considérer comme un général ennemi. La raison de ce refus est la crainte de son arrivée à Paris. Les Chambres ont décidé que la Légion d'honneur devait être payée à l'avenir, comme sous le gouvernement précédent.

Lyon a été illuminé, le soir de l'entrée de Napoléon dans cette ville. Il a nommé un nouveau préfet et laissé le maire. Le courrier arrivé à Paris l'a vu passer une revue sur la place de Lyon. Màcon. une grande partie de la Bourgogne ont pris la cocarde tricolore. Napoléon voyage dans sa voiture: ses soldats sont transportés en poste sur les charrettes.

10. — Le Roi vient jurer fidélité à la Charte. Il prononce un beau discours; en voici la phrase la plus remarquable : • J'ai

(1) Celle anetdole a élé écrite postérieurement par le maréchal, en marge de son Journal.

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