‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 108 sur 196 · CHAPITRE VII — MARS I8i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII — MARS I8i

« revu ma patrie, je l'ai réconciliée avec les puissances élran- € gères qui seront, n'en doutez pas, fidèles aux traités qui € vous ont rendu la paix. J'ai travaillé au bonheur de mon • peuple; j'ai recueilli, je recueille les marques les plus tou- « chantes de son amour. Pourrais-je, à près de soixante ans, a mieux terminer ma carrière qu'en mourant pour sa défense?»

Sa Majesté parlait d'une voix ferme. Elle a été interrompue par des cris de : « Vive le lloif » partis de tous les côtés de la salle. Après son discours, Monsieur a prêté serment à la Charte.

17. — Les Chambres commencent à montrer de l'énergie; elles ont été très vigoureuses contre les ministres. Il est bien temps (1)!

On organisait à force des volontaires, à Vincennes et ailleurs. M. Tabarié me proposa d'être chef d'état-major de M. de Vioménil; n'ayant aucun goût pour les voltigeurs de Louis XIV, je préférai, quoiqu'il me fût fort désagréable de servir sous mon cadet, rejoindre le 1" housards. Je rencontrai à Meaux le 5" lanciers, de deux cent quarante chevaux; les soldats ne respiraient qu'après l'empereur Napoléon, disant hautement : « Un a bien tort de nous envoyer contre lui; nous le rejoindrons. » Beaucoup de soldats avaient des aigles dans leurs shakos et des fleurs de lys en dehors.

Six cents hommes à pied du train des équipages militaires, passant à la Ferté-sous-Jouarre et voyant l'écriteau : « Poste royale », dirent au maître : « Changez-le, il n'est plus de saison. » Des soldats découvraient leur cocarde tricolore cachée sous la cocarde blanche: ils disaient : « Le temps est bon pour la pousse de la violette. » Depuis quelque temps, ils appelaient TEiiq^ereur le « Père la Violette » .

Un cuisinier de l'impératrice Marie-Louise, de Béru. village près de la Ferté, avait écrit à ses parents, quinze jours avant le débarquement de l'Empereur, qu'il espérait les revoir à la tin de mars, avec sa maîtresse.

L'Empereur lit son entrée à Paris le 20 mars, à huit heures

(1) Ici il y a nue lacune clans le Journal; ce qui suit, jusqu'au 21 mars, est tiré lies Bagatelles sur mon temps.

et demie du soir. Louis XVIII, Monsieur, M. le duc de Berry étaient partis à une heure du matin, se dirigeant vers Lille. La maison militaire suivit la même route; le service accompagna le Roi et M. de Blacas seul; les autres ministres partirent chacun de leur côté.

M. le duc de Berry, deux jours avant son départ de Paris, dit légèrement au duc de Tarente : « Macdonald, vous ferez partie de mon état-major. » Ce maréchal reprit : « Je ne suis pas officier d'état-major; je crois que Monseigneur a plus besoin de conseil que d'officiers d'état-major. » Là-dessus, le duc de Berry entra en fureur, criant : « Si c'était Bonaparte, vous obéiriez sans dire un mot. — Oui, Monseigneur, répliqua le maréchal Macdonald, il s'y connaît autrement que vous. » A huit heures du soir, le maréchal duc de Tarente rentra chez lui, fort mécontent du généralissime duc de Berry. Ce prince, au moment de monter en voiture pour gagner la Flandre, n'avait eu ni la force de se dessaisir du commandement, ni celle de donner un ordre. Le duc de Berry n'aurait pas dû commander les troupes; dans tous les cas, il aurait bien pu risquer de s'exposer à leur tète. Probablement, elles ne se seraient pas battues; c'était néanmoins une chance à tenter. Le 19, elles reçurent l'ordre de se rendre à Essonne: le 20, de se replier sur Saint-Denis; elles ont toutes passé à l'Empereur. Les plus fidèles sont revenues jusqu'à Villejuif, où elles se sont jointes à lui.

J'a]:>pris en chemin que le i*' de housards avait pris la cocarde tricolore à Metz. Je revins à Paris; les soldats rencontrés sur ma route étaient dans l'enchantement du retour de l'Empereur.

Louis XVIII n'a jamais eu un bon soldat pour lui. Quelques mauvais, aimant la paix, pouvaient seuls être pour un roi qu'il faut être six pour le porter. Tels étaient leurs propos.

21. — Napoléon est aux Tuileries, passe des revues, se montre fréquemment; on crie : « Vive l'Empereur! » C'est la lie du peuple qui montre en général le plus d'enthousiasme.

Le général Mouton, comte de Lobau, est nommé commandant de la !'• division militaire; le comte de Montesquiou,

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