‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 111 sur 196 · CHAPITRE VU. — JIILLKT ISIJi · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU. — JIILLKT ISIJi

28. — Lo^ ;illi(3s sont aux portos do l*aris. On se bat à Pantin et à la l*atte d'oie, en avant de Saint-Denis. Les rentes montent à 62 francs.

Le maréchal Grouchy a rejoint avec son corps d'armée. II y a soixante-cinq mille hommes réunis sous les murs de Paris. L'intention des commissaires du gouvernement est de défendre seulement les approches extérieures de la capitale. Napoléon est gardé à la Malmaison.

M. Gamon, député, a fait d une manière fort entortillée la motion de proclamer Louis XVIIL Son discours fut imprimé, à un seul exemplaire; il n'a pas été donné suite à sa proposition.

30. — Napoléon part pour Rochefort; il a demandé à la commission du gouvernement de le nommer généralissime, prétendant avoir un moyen certain de couper l'armée anglaise et prussienne, donnant sa parole d'Empereur et de soldat de quitter le commandement après la bataille; cela lui a été refusé.

L'armée commandée en chef par le duc de Wellington entoure Paris. Les Prussiens sont entrés à Saint-Germain ce matin; après avoir forcé le pont du Pecq, ils ont pillé un peu ce village, où l'on s'est défendu. Ils payent tout à Saint- Germain; on entre et on sort librement de cette ville.

P' juillet. — Les Anglais et les Prussiens manœuvrent pour entrer dans Paris par iMontrouge, afin de ne pas prendre le taureau par les cornes. Le feld-maréchal Blùcher a établi son quartier général à Saint-Germain et s'est emparé de Versailles. La consternation est très grande à Paris; la viande y coûte ,3 francs la livre. On y donne des passes aux officiers qui veulent rejoindre Louis XVIIL Les Chambres ont fait une sortie contre les Bourbons; elles choisissent bien leur moment.

2 — Les Prussiens se sont emparés des hauteurs de Moudon et de Sèvres.

0. —Paris ayant capitulé, les troupes remettent successivement les postes.

Les troupes françaises se retirent au delà de la Loire; il y

a suspension d'armes, et les hostilités ne pourront recommencer sans qu'on se prévienne huit jours d'avance. L'armée emmène son artillerie, sa caisse militaire, etc. La garde nationale et la gendarmerie municipale font le service de la police de Paris.

A midi les alliés ont occupé les barrières, suivant la convention. Monsieur les a visitées avec eux. La garde nationale a toujours la cocarde tricolore, et le drapeau aux trois couleurs flotte sur les Tuileries. La Chambre des pairs s'est ajourné; celle des représentants s'est déclarée en permanence.

Le Roi a couché à Arnouville, près de Saint-Denis. Il y a été très mal logé; les ministres ont dormi sur la paille. On met sa proclamation dans les journaux.

7. — Les Anglais et les Prussiens font, leur entrée dans Paris; on entend peu de cris de : « Vive le Roi! »

La Chambre continue à s'occuper de la Constitution, comme si elle devait durer.' Le pavillon blanc flotte à Saint-Denis, le tricolore à Paris.

8. — Quatre Prussiens ont demandé, à un moulin à papier près de Montainville (Seine-et-Oise), à boire, à manger, des chemises; le meunier leur a donné tout cela. Ils ont ensuite voulu avoir de l'argent; sur son refus de les satisfaire, ils sont descendus à l'écurie pour y prendre un cheval. La fille s'y est opposée, a mis la main sur la bride; le Prussien a tiré sur elle, mais le pistolet a raté. Un garçon de moulin arriva avec un fusil, coucha en joue le Prussien, et menaçant de tirer s'il s'entôtait à emmener le cheval; le Prussien persista, il fut tué. Ses camarades le dépouillèrent, trouvèrent 600 francs sur lui.

Le lendemain, ils revinrent à ce moulin, au nombre de soixante hommes de cavalerie et dinfaiiterie; ils tuèrent deux enfants de la maison et un homme qui se sauvait à leur approche. Ils chargèrent sur des voitures les meubles, le linge, la farine du moulin, conduisirent le tout à Saint- Germain. Chemin faisant, près de Saint-Nom, les soldats d'infanterie entrèrent chez un fermier, le forcèrent, la baïonnette sur la poitrine, de leur donner de l'argent. Il avait

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200 francs cachés; il les leur remit, puis il vint se plaindre aux oHiciers. Les Prussiens furent fouillés, et l'argent restitué au fermier.

Une charrette de réquisition appartenant au maire de.Jaumeville, attelée de trois chevaux, arriva à la caserne de Saint-Germain ; on lui en avait pris un, mais on lui avait remis le collier.

Le roi Louis XVIII a fait son entrée à Paris", escorté des Prussiens et des Anglais. On a hissé, le matin, le drapeau blanc sur les Tuileries. La majorité de la garde nationale avait fait une protestation pour conserver la cocarde tricolore. Elle n'en portait aucune; elle s'est décidée cependant à remettre la cocarde blanche. Le Roi a été reçu avec enthousiasme. Il y a eu beaucoup de cris de : « Vive le Roi ! » La plupart des maisons ont été illuminées. Une ordonnance remet en fonction les autorités civiles et judiciaires en activité au 20 mars dernier.

Le ministère est composé : du prince de Talleyrand, chef du conseil, ministre des affaires étrangères; du maréchal (iouvion-Saint-Gyr, ministre de la guerre. Le duc de Feltre, ayant suivi le Roi à Gand, n'est pas conservé. Le duc d'Otrante est ministre de la police générale ; le baron Pasquier, garde des sceaux, ministre de la justice, remplissant provisoirement les fonctions de ministre de l'intérieur; le duc de Richelieu, ministre secrétaire d'État de la maison du Roi; le comte Beugnot, directeur général des postes ; le comte Mole conserve la direction des ponts et chaussées; l'empereur Napoléon la lui avait confiée.

il. — Les empereurs de Russie et d'Autriche et le roi de Prusse sont arrivés à Paris. Le feld-maréchal Blûcher a voulu faire sauter le pont d'Iéna, au mépris de la capitulation de Paris; les Prussiens l'ont miné, ils y ont mis seize fois le feu; l'effet a été insensible. Louis XVIII a envoyé en vain signifier à Blùcher, qui n'a pas été voir le Roi, le changement de nom du pont; il a fallu l'intervention de l'empereur Alexandre pour le sauver. Les soldats prussiens sont logés chez les particuliers; on se loue beaucoup des Anglais.

Le duc de Mouchy, n'ayant jamais servi, promu au grade de colonel lors de la première arrivée du Roi, a été nommé

maréchal de camp à Gand. Voici le motif de cette promotion. Le prince de Poix a dit au Roi, lors de son arrivée dans cette ville : « Mon fils Charles, qui monte si bien à cheval, est venu à pied ; il faut que Votre Majesté le nomme maréchal de camp. » Cette héroïque action lui a valu, en effet, ce grade. Le ministère responsable ne se prêtera plus, il faut l'espérer, à de pareils abus. On devrait se contenter de la première leçon: elle a été assez forte, et il ne faudrait pas en préparer une seconde. L'exaspération de l'armée venait de ces grades jetés à la tête de gens n'ayant jamais servi. M. Humbert de la Tour du Pin, major nommé dans les mousquetaires, à leur formation, est aide de camp du maréchal duc de Bellune. Ces grades-là ne serviront donc pas uniquement dans la maison du Roi, comme on nous en avait flattés (1).

Les régiments de cuirassiers et la cavalerie de la garde impériale ont envoyé leur soumission au Roi.

12. — L'empereur Napoléon avait créé sept millions de rentes qu'Ouvrard avait mis en circulation; le baron Louis, ne reconnaissant pas ces rentes, veut les faire retirer de la circulation; cette opération demandant du temps, la Bourse est fermée.

Notre maison de Paris est occupée par vingt-cinq Anglais. Leur conduite est parfaite; ils payent ce qu'ils prennent. Aussi on se les dispute; on évite, si on peut, d'avoir des Prussiens, qui veulent être nourris aux frais de leurs hôtes.

J'ai dit au prince de Tallcyrand que les Prussiens exigeaient, dans le département de Seine-et-Oise, le payement, d'ici au 20 juillet, des contributions entières de l'année, en défalquant seulement le quart déjà recouvré par eux; sa seule réflexion a été : « Cela est agréable pour Louis (le ministre des finances). Il n'aura rien, car vous sentez bien, quand on aura payé aux Prussiens, qu'on ne pourra pas le satisfaire. » Dînant chez la duchesse de Luyncs, j'ai trouvé, en sortant, M. de Talieyrand dans la première pièce; il causait avec M. Pozzo di Borgo,

(1) Six mois plus tard, M. Tlurabcrt de la Tour du Pin fut tué en duel par M. Malandrin, autre aide de camp du duc de Bellune. Le motif de la querelle était les anciens et les nouveaux services.

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