CHAPITRE VU — SEPTEMHRK
29. — M. Dussault afait, dans le Journal de Paris, un article remarquable sur la maison du Koi et la formation de la ;,'arde royale. II aurait été fort utile, il y a un an; c'est un peu de la moutarde après dîner. Les gardes du corps sont furieux contre M. Dussault.
2 septembre. — La Gazette officielle contient la formation de la garde royale, composée de huit régiments d'infanterie, de huit de cavalerie, d'un régiment d'artillerie à pied et d'un à cheval.
Les mousquetaires, chevau-légers, gardes de la porte, sont supprimés. Les gardes de Monsieur devaient l'être, mais ils ne le sont pas; le comte d'Artois a obtenu de les conserver. Les gardes du corps sont réduits à quatre compagnies de deux cent cinquante gardes et cinquante surnuméraires.
Les Espagnols, commandés par le lieutenant général O'Donnel, comte d'Abisbal, sont arrivés le 30 août sous les murs de Bayonne; la ville a été mise en état de siège. Le département des Basses-Pyrénées se lève en masse. Les journaux anglais sont infâmes pour la France. Le traité de paix proposé par les alliés était mauvais; le Roi a voulu attendre la réunion des Chambres pour le leur communiquer, avant de l'accepter.
On parle beaucoup du changement d'une portion du ministère, du renvoi de Fouché, à cause de son rapport au Roi sur les alliés; il offrait une garantie à une partie de la nation. La question a été agitée; son maintien a été décidé. Depuis cette époque, une grande désunion existe dans le ministère. M. de Talleyrand avait courageusement abandonné Fouché, croyant son renvoi sûr. Il est seul de son bord, avec M. Pasquier. De l'autre, MM. Louis, Fouché, Jaucourt, (iouvion-Saint-Cyr sont réunis. Le ministère ainsi divisé ne pourra tenir, d'après ce qu'on connaît de l'esprit des Chambres. Son renvoi sera un malheur; tout annonce une réaction royaliste, qui sera suivie d'une autre bien plus fâcheuse.
« Il y a cent demandes pour ètrapair, disait M. de Talleyrand; celle de M. de Saisseval n'est pas la plus ridicule. » • Vous croyez peut-être, racontait-il à un pair, que le Roi vous a nommé? Le Roi tient à une seule personne. Devinez
qui! M. Lambert de Frondeville ; il ne s'intéresse qu'à celuilà. » (M. de Frondeville est un de ceux qu'on trouve déplacés sur la liste des pairs. Le Roi le connaît à peine. Mme la duchesse d'Angoulême lui a demandé avec instance cette nomination.)
La manière dont le comte de Blacas a été compris dans la nomination des pairs est singulière. Le Roi n'en avait pas parlé à M. de Talleyrand. Le soir, chez Mme de Laval, Mme de Tyskiewiez demanda à ce ministre si cet ex-favori du Roi était nommé. « Ma foi, non, reprit M. de Talleyrand: je n'y ai pas pensé. La liste est chez l'imprimeur ; cela sera pour une autre fois. » On lui observa que cela n'était pas la même chose, et que certainement le Roi ne trouverait pas mauvais sa mise sur la liste. Le président du conseil se décida à envoyer chez l'imprimeur. Mme de Jaucourt s'informa si M. de la Châtre, son premier mari, était des élus; sur la réponse négative de M. de Talleyrand. elle le pria de le faire aussi ajouter. L'ambassadeur de France à Londres, M. de la Châtre, l'ami du Roi, fut ainsi créé pair par l'intervention de sa femme divorcée et remariée.
15. — L'exigence des Anglais augmente; le duc de Wellington montre pour la France des intentions malveillantes. Il voudrait que son frère Wellesley remplaçât au ministère anglais lord Castlereagh, dont on est content; ce dernier devient plus difficile, par crainte de la faction Wellington.
18. — Le duc de Wellington a envoyé ce matin des grenadiers anglais pour s'emparer, au Muséum, de tableaux de l'école flamande, les prétendant la propriété du roi des Pays- Bas. On a emballé les tableaux et les statues provenant de nos conquêtes, la Vénus de Médicis, V Apollon du Belvédère^ pour les rendre à leurs anciens propriétaires. Les alliés ne se sont pas contentés de reprendre les tableaux du Musée; ils se sont emparés des manuscrits de la Bibliothèque royale provenant de nos conquêtes.
20. — Le duc d'Otrante quitte le ministère de la police générale. On le nomme ministre en Saxe. Il a fait une faute en consentant à s'y rendre; attaqué en son absence, il ne
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pourra se défendre. Monsieur avait fait nommer Fouché ministre de la police générale. M. de ïalleyrand ne le voulait pas dans son cabinet; Monsieur assura que tout était perdu si Fouché n'y entrait pas; les lettres du faubourg Saint-Germain chantaient ses louanges. Monsieur a été, en dernier lieu, un des plus ardents à le faire renvoyer.
Aujourd'hui ont eu lieu les premières conférences pour la paix; les conditions proposées par les alliés sont infâmes. Ils veulent Maubeuge, Givet, Charlemont pour la Belgique; Landau'pour la Bavière; Briançon et Chambéry pour le Piémont; le chûteau de Joux, Porrentruy pour la Suisse : en tout la cession de sept places fortes à perpétuité. Ils demandent de combler les ports du Havre, de Cherbourg, de Dunkerque, de mettre à Brest et à Rochefort des garnisons anglaises; d'occuper pendant sept ans quatorze forteresses avec cent soixante-quinze mille hommes à la solde de la France, de plus 800 millions d'indemnité payables en sept ans. On n'avait pas pu, jusquelà, faire accoucher les alliés d'aucune proposition de paix quelconque.
21. — Les ministres ont donné leur démission, le Roi l'a acceptée. Le ministère, devant quitter, a bien fait de ne pas apposer sa signature à un pareil traité de paix.
23. — Le maréchal Blùcher a son quartier général à Versailles; il s'amuse encore, avec ses Prussiens, à arrêter les courriers et à intercepter les communications. On ignore son but.
28. — Le Roi a nommé, le 26 septembre, M. le duc de Richelieu président du conseil, ministre des affaires étrangères; le duc de Fcitre, ministre de la guerre: M. de Vaublanc, ministre de l'intérieur; M. Barbé-Marbois, garde des sceaux; le comte Corvetto, ministre des finances; le prince de Talleyrand, grand chambellan, dignité de la cour inamovible, valant 100.000 francs de rente, et ministre d'État. Le baron Louis, le baron Pasquier, le maréchal Gouvion-Saint-Cyr sont également ministres d'État, avec 20.000 francs de traitement. Le Roi a donné le grand cordon de la Légion d'honneur à ceux de ces ministres sortants qui ne l'avaient pas.
On licencie notre armée.
Par ordonnance du 27 septembre, je suis nommé colonel des housards du Bas-Rhin (n" 5), régiment à former.
30. — Aujourd'hui, des piquets considérables de troupes autrichiennes et anglaises, infanterie et cavalerie, se sont portés sur la place du Carrousel, pour enlever les quatre chevaux de bronze placés au-dessus de l'arc de triomphe des Tuileries. Le mécontentement est très grand dans Paris de cette action des alliés; pendant cette belle expédition, le Roi est sorti en voiture, et le duc de Berry a traversé la rue de Rivoli en habit de chasse; on a trouvé cela maladroit. Le duc de Wellington a établi le soir des factionnaires aux deux extrémités de la rue des Champs-Elysées, où il habite; il craint d'être assassiné. On a affiché à sa porte : « Réputation perdue entre la rue des Champs-Elysées et le Carrousel. Récompense honnête à qui la rapportera, hôtel de la Reynière » (où il loge).
i" octobre. — Je jouais avec un général autrichien, chez le prince de Talleyrand; il s'est plaint à moi d'être obligé de se lever matin, demain, pour aller à Lyon. J'ai cru qu'il partait pour la ville de Lyon; il m'a expliqué alors, avec l'air assez honteux d'avoir été entendu, qu'il allait soutenir avec sa brigade de grenadiers l'enlèvement des Lions de la place des Invalides, qui proviennent de Venise. Les Autrichiens les ont cassés en faisant cette belle opération. Le duc de Wellington a été le soir à l'Opéra-Buffa, jour d'ouverture de ce théAtre. Il s'est établi dans la loge du Roi; on a crié : t A bas! à la porte! » Il a été forcé de se retirer.
Le général Dessoles est remplacé dans le commandement de la garde nationale de Paris par le maréchal Oudinot; le duc de Mortemart est major général sous lui. Le général Maison est gouverneur de la !'• division militaire sans fonctions; le lieutenant général Despinoy la commande. Le maréchal de camp Rochechouart, de l'armée russe, parent de M. de Richelieu, est commandant de la place de Paris. 11 y a eu des émeutes sur plusieurs points : à Montluçon, les chasseurs à cheval de la garde ne voulaient pas se laisser licencier.