‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 114 sur 196 · CHAPITRE VIF — NOVEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIF — NOVEMBRE

tées; les étran^^ers n'en sont pas moins exigeants pour cela, et ils continuent à bloquer la Fère et autres places.

Le général Maitland, établi chez nous par billet de logement, a enlevé, il y a quelques jours, la fille du duc de Richmond. Ce dernier est venu le jour même dans son appartement, y a attendu avec deux pistolets M, Maitland jusqu'à minuit. Le lendemain, à l'église protestante, le duc de Kichmond est arrivé à la fin de la cérémonie du mariage. Les lords Wellington et Gastlereagh les ont raccommodés.

Le roi Joachim Murât, parti de Corse avec deux cents hommes, est débarqué avec quarante-cinq à Pizzo. Il y a été arrêté et fusillé le 13 octobre; il est mort avec un grand courage. A l'annonce de son jugement, il a dit : « C'est juste; ■«'entre nous, on ne doit pas se faire gn\ce. Si le roi Ferdi- « nand était dans la môme position, je ne la lui accorderais t pas. » L'Autriche lui avait envoyé à Ajaccio un émissaire pour l'engager à rejoindre sa femme à Trieste, dans les États héréditaires; il avait refusé.

i" novembre. — Le départ du prince de Metternich a été ajourné, à cause de nouvelles difficultés des Prussiens.

Il y a eu au spectacle, à Melun, une rixe entre les habitants et le régiment des lanciers de la garde royale, commandé par le comte Adrien d'Astorg. Les lanciers voulaient faire jouer de force : Vive Henri IV! Il en est résulté des coups de fusil; quatre hommes ont été tués.

Les massacres recommencent de plus belle à Ntmes, Tarascon et Avignon.

2. — On nomme pour commander les légions un grand nombre de colonels, ayant servi uniquement depuis la Restauration, ou bien des émigrés. Ces avancements n'ont pas réussi, l'année dernière; y persister est absurde. On se moque des épaulettes de la plupart de ces chefs de corps; on se plaint d'être forcé de leur donner des lieutenants-colonels de l'armée pour conduire leurs régiments. L'infanterie est bien mal partagée en colonels, la cavalerie pas trop bien, moins mal cependant.

Les souverains s'amusent à se donner respectivement des T. I. 20

régiments qui prennent leurs noms. Le prince régent d'Angleterre a gratifié notre Roi d'un corps de montagnards écossais portant des jupons au lieu de culottes. Sa Majesté devra au moins une fois par an prendre, par galanterie, l'uniforme de son régiment. Le Roi porte ses vestes fort longues; il lui suffira d'oter ses culottes, de mettre quelques rubans à ses guêtres de velours, et il se trouvera par là en uniforme d'une manière économique.

Un chef d'escadron devant épouser la fille d'un ministre des États-Unis est venu demander au lieutenant général Despinoy, commandant la 1" division, une prolongation de permis de séjour de trois jours: cet officier général la lui a refusée. L'officier lui a répondu que ce délai lui était absolument nécessaire, et qu'il était dans l'obligation de le prendre, s'il ne le lui accordait pas. Le général lui a répliqué : t Je vais vous faire conduire, monsieur, à la prison de l'Abbaj'e. > Le comte Despinoy était à déjeuner: il envoie un aide de camp chercher la garde. L'officier répond : t Je n'irai pas à l'Abbaye », prend un couteau sur la table, se l'enfonce dans le cœur. Il a eu la force de le poser sur la table, et est tombé raide mort sur le carreau.

i5. — La Chambre des députés passe son temps, dans ses bureaux ou en comité secret, à faire des motions ridicules, au point de ne pas oser les rendre publiques. Tantôt elle veut mettre deux cent mille personnes en accusation: une autre fois, elle veut attaquer l'inamovibilité des juges, puis faire pendre l'ancien ministère. Le député ex-ministre des finances Louis disait à cette occasion : « J'ai bien plus peur d'être pendu en qualité de député que comme ministre. » M. de Talleyrand s'exprimait ainsi, le soir du 15 novembre : « Les députés voulaient pendre, ce matin, l'ancien ministère: il y en a eu de modérés. cei)cndant. qui ne voulaient pendre que moi. »

Que ]>eul-(»n attendre d'une Chambre presque entièrement composée d'émigrés, qui n'ont jamais eu la moindre idée d'administration ?

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