CHAPITRE VII. — NOVKMHRE
nels de régiment aussi ridicules que la majorité de celles des colonels de légion d'infanterie.
M. Louis de Chateaubriand n'ayant jamais servi avant d'être dans les chevau-légers, de plus sans moyens, est lieutenant-colonel d'un régiment de chasseurs à cheval. MM. des Montiers, de Gallifet, de Broc, sont dans le même cas. Jamais ces gens-là n'ont vu deux hommes ensemble, ni entendu un coup de fusil. Si l'on croit faire une bonne armée de cette manière-là, on se trompe.
On voulait me donner M. de B... pour lieutenant-colonel du 5* housards; j'ai observé au ministre de la guerre que tous les officiers supérieurs et capitaines proposés par moi étaient de l'armée, et que pareil chef devait exciter leur mécontentement; que, responsable de mon régiment, je le priais de disposer de M. de B... pour un autre corps. Le duc de Feltre m'a répondu : « On donne aux colonels n'ayant pas servi des lieutenants-colonels de l'armée, et vice versa; par conséquent, il vous revient de droit un lieutenant-colonel de la Restauration. » Je répliquai : « Je donnerai ma démission du commandement du 5* de housards. > J'ai eu, au lieu de cela, un M. de Mersemann, lieutenant-colonel de dragons, brave militaire, de peu de capacité, mais subordonné.
-i. — Le 11 novembre, le conseil de guerre chargé de juger le maréchal Ney s'était déclaré incompétent. Aujourd'hui a eu lieu la première séance de son procès à la Chambre des pairs; elle a été très solennelle et digne. Le chancelier d'Ambray a bien présidé. Le procureur général du Roi, Bellart, ayant voulu entrer dans la salle des délibérations, le chancelier lui en a fait refuser la porte, lui signifiant que son droit se bornait à parler à l'audience. Le maréchal Ney avait une très bonne contenance ; il n'a pas sourcillé pendant l'apostrophe fort dure du procureur général; sa figure n'était point abattue, cependant elle était celle d'un homme ayant souffert.
Le gros colonel d'état-major de la garde nationale Grisnois, qui était dans sa voiture en venant de la Conciergerie, a causé avec lui. Le maréchal Ney lui a dit « qu'il n'avait jamais été
heureux depuis son entrée au service, en 1787; qu'il avait presque toujours été blessé, et qu'il n'était pas resté quatre mois avec sa femme depuis son mariage » .
Les tribunes étaient pleines : parmi les assistants on remarquait le prince royal de Wurtemberg, le prince de Metternich, le comte de Goltz, ambassadeur de Prusse. Le service intérieur du palais était fait par la garde nationale. Sur la proposition de mon père, la Cour a accordé dix jours au maréchal pour faire venir des témoins à décharge. On l'a reconduit à la Conciergerie.
Le gros Grisnois se plaît à raconter les propos du maréchal Ney. mais il a oublié de rapporter le compliment qu'il lui a fait : « Qu'on me juge, c'est très bien. Que l'on me condamne, « si l'on croit avoir raison de le faire, à la bonne heure. Mais, « monsieur, que l'on me fasse toujours garder par le premier « venu, par un homme qui n'a jamais servi, vous avouerez € qu'on devrait me traiter avec plus de considération. Je vous « en fais juge. » On demandait à Grisnois s'il avait peur en transférant le maréchal Ney. « Non. reprit-il, j'avais dans la main un stylet italien avec lequel je l'aurais tué, s'il avait bougé. » Il est fâché de ne plus commander à la Conciergerie. Jusqu'où peut aller l'amour du commandement!
7 décembre. — Dans la nuit, après cinq heures de délibération, la Cour des pairs a condamné le maréchal Ney à la peine de mort.
Il a été exécuté au matin, et fusillé par un peloton de vétérans derrière le Luxembourg. Le maréchal n'a pas voulu se laisser bander les yeux; il a montré un grand courage.
Le maréchal Ney manquait de caractère, politiquement parlant; sous la mitraille, ses facultés s'étendaient. Ce n'était pas du tout le même individu; le danger lui donnait de l'esprit; au feu le plus vif, il était sublime.
M. le comte de Lavalette a été traduit devant la cour d'assises pour s'être emparé de la direction des postes, le 20 mars au matin: il a été condamné, le 21 novembre, à la peine capitale. Honnête homme, d'un caractère très obligeant, il a gouverné pendant douze ans les postes, sous l'Empereur, d'une