‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 119 sur 196 · CHAPITRE VII — AOUT 18i6. 32i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII — AOUT 18i6. 32i

capitaines le sussent bien pour obtenir l'uniformité; pendant plusieurs jours, je pris deux heures de leçons de paquetage du capitaine Martin avec eux; comme leur colonel leur donnait l'exemple, ils furent forc(Js de l'apprendre.

On avait créé à cette époque un inspecteur de garder nationales par département. Celui de Seine-et-Marne était M. de Clermont-Mont-Saint-Jean. La garde nationale de Provins fut à trois lieues à son château pour sa revue; il leur donna à dîner. Le plus grand nombre fut mécontent de ce petit voyage à pied dans la boue, faveur sollicitée par quelques-uns. La garde nationale a toujours un zèle de tous les diables après les révolutions, quelles qu'elles soient.

L'exagération royaliste était absurde (elle Test dans toutes les opinions). M. Roger de Damas commandait à Lyon; ma famille, qui voyageait dans le Midi, y passa, et mon père me manda que les officiers de la garnison avaient, par excès de zèle, fait du train au spectacle, le jour où il }• était, pour forcer Mme Boulanger à chanter une cantate qu'elle ne savait pas. Le directeur obtint avec i)eine de la suppléer; elle répétait le refrain. Un autre acteur entonna de mauvais couplets en l'honneur de M. de Fargues. maire et député ultra.

Les habitants d'Avignon, exaltés dans tous les sens, l'avaient prouvé par le meurtre du maréchal Brune ; ils auraient encore massacré à cette époque, si on les avait laissés faire. Une femme d'apparence très douce voulait, à Arles, qu'on tuât et qu'on confisquât; c'était de la folie.

On créa trois nouveaux maréchaux de France : le général Clarke, duc de Feltre. ministre de la guerre, le général Beurnonville et le duc de Coigny.

Les housards du Bas-Rhin escortèrent, le 10 août, à son passage Mme la duchesse d'Angoulême; une partie de mon régiment était dispersée en tirailleurs sur les bords de la route, dans les terres non ensemencées. Je lui offris six boîtes de sucre de Moret; elle donna vingt napoléons pour les housards et nous fit force compliments.

Le général de brigade Valin, bon manœuvrier, vint inspectoi* le régiment; j'eus beaucoup à m'en louer.

Le 23. je reçus Tordre de partir de Provins pour Soissons.' Le préfet, le commandant de la garde nationale m'écrivirent de belles lettres de regret. Le conseil municipal nous envoya une grande délibération, nous remerciant de notre bonne discipline. Je mis quinze jours aux arrêts de rigueur M. de Follant. porte-étendard, pour avoir frappé sans raison un bourgeois.

Les troupes, dans un pays libre, existent pour défendre et protéger les citoyens, et non pour les dominer et les tourmenter; c'est ce que ne doivent jamais perdre de vue ceux qui les commandent. Il est bien rare qu'on attaque un homme armé; aussi ai-je toujours dit aux officiers sous mes ordres : t Si vous avez une affaire avec un bourgeois, je commencerai par vous mettre huit jours aux arrêts. Au bout de ce temps-là. si vous avez eu tort, vous serez mis aux arrêts de rigueur. "

Je me suis bien trouvé de cette méthode en France, en Espagne, et autres pays; les habitants ont toujours vécu en bonne harmonie avec mes troupes et en ont vanté leur exacte discipline.

Le régiment des housards du Bas -Rhin quitta Provins avec un effectif de 444 hommes, de 40 officiers, de 311 chevaux. La garde nationale, le sous-préfet, le maire en grand costume nous escortèrent; nous nous sommes mis en bataille les uns vis-à-vis des autres, pour les adieux. Le maire m'a demandé d'offrir de l'eau-de-vie à mes housards; j'ai pris une bouteille, bu à la santé des habitants, de la garde nationale; les toasts à nos louanges respectives n'ont pas manqué.

Le lieutenant d'arrière-garde Christiani, brave officier, se cassa le bras en courant au galop après un prisonnier: je l'appris à deux lieues de Provins, et j'y retournai. Je le quittai après avoir vu son bras remis par notre chirurgien-major Grenier: je l'installai dans un bon logement; je galopai pour rejoindre mon régiment, j'écrivis à madame sa mère.

Le 25. après avoir traversé la belle forêt de Crécy. appartenant à Mme la duchesse d'Orléans, nous arrivâmes à Meaux. On m'amena de Paris dans cette ville mon fils Henry, qui avait

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