‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 12 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le crénéral de division Frère remplaça, le 49 mai, le général Mouton, dans le commandement de la division; nous fûmes à Madrid.

Le général en chef Dupont partit de Madrid pour Cadix, le 22 mai, avec deux divisions d'infanterie, la division de cavalerie Fresia, composée de la brigade de dragons du général Privé et dune brigade de chasseurs à cheval.

Les briiïades provisoires de cuirassiers et de housards restèrent à Madrid, sous les ordres du général de division Grouchy. g(juverneur de cette ville.

Le grand-duc de Berg était au château de San-Martin.

Le général Lebrun, aide de camp de l'Empereur, arriva le 31 mai à Madrid.

Nos troupes ne rendaient dans le principe aucun honneur à Ferdinand VIL la France ne le reconnaissant pas pour roi. Peu avant son départ pour Bayonne. l'ordre fut donné aux gardes de sortir et aux tambours de battre aux champs, on le lui devait même comme prince royal, Ferdinand en fut dans l'enchantement.

La haine des Espagnols contre le prince de la Paix était portée au dernier degré, tous soupiraient après son exécution, et racontaient avec joie dans les cafés la manière sévère et dure avec laquelle il était gardé.

Juin. — Il y eut, le 10 juin, une alerte, un bâtiment s'écroula, les habitants crurent à une bataille, ils se mirent ù courir dans tous les sens, se réfugiant dans les maisons, fermant les boutiques, les gardes prirent les armes, on fut assez longtemps à découvrir le motif de cette panique.

Le général Vattier Saint-Alphonse fut dirigé, le 12 juin, avec sa brigade de housards, sur la route de Valence. Il venait de recevoir, en sa qualité d'écuyer de l'Empereur, le titre de comte, avec une dotation de 55.000 francs de rente.

Nous apprîmes, le 15 juin, la nomination du grand-duc de Berg, Murât, au trône de Naples, et l'avènement du roi Joseph au trône d'Espagne.

Le général Savary, aide de camp de l'Empereur, prit, le 48 juin, le commandement des armées d'Espagne, sous les

ordres du roi de Naples; par cette disposition, le maréchal Moncey se trouva sous les ordres d'un général de division. Le général Mouton eut sous lui les deux divisions Morlot et Gobert. Le 26 juin, l'Empereur l'appela à Bayonne pour y organiser une division d'élite.

Nous partîmes le 27, voyageant jour et nuit, mon général en voiture, moi achevai. Je pris les devants, le 30, à Bergara, et j'arrivai à Bayonne dans la soirée. Je rencontrai, à Irun, le chef d'escadron Baudry portant au général Mouton l'ordre d'attendre sa division. J'en avais trouvé une partie en route. Ma joie d'être dans la maison paternelle ne fut pas longue; à onze heures, le lendemain, le prince de Neufchâtel me remit des dépêches pour le général Mouton.

L'intention de l'Empereur était que je repartisse sur-lechamp. Mon père fut voir le major général. M. d'Oms, mon cousin, récemment nommé sous-lieutenant, devant rejoindre en Espagne, fut chargé de mes dépêches. Le prince de Neufchâtel m'autorisa à rester deux jours, à la condition de ne pas me montrer à Marac au jeu de l'Impératrice.

Une junte avait été convoquée à Bayonne par l'Empereur pour y confectionner une constitution. Ces députés dînaient chaque jour, soit chez le prince de Neufchâtel, soit chez le duc de Bassano, ou chez mon père, préfet des Basses-Pyrénées. Chacun d'eux en recevait trente, d'après Tordre de l'Empereur. Sa Majesté ne voulait pas que ces Espagnols eussent à s'occuper de leur dîner; ils étaient charmés de sa politesse. La plupart de ces députés sont devenus, depuis, les ennemis de l'Empereur. Us ne laissaient percer alors que de l'admiration pour sa personne.

Voici la lettre du grand maréchal à ce sujet à mon père :

€ Sa Majesté désire, Monsieur le préfet, que vous organisiez « votre maison'de manière qu'à compter d'après-demain, ou du t i" juin, vous puissiez avoir tous les jours trente couverts à € votre table, pour lesquels vous inviterez chaque jour au moins « vingt-cinq Espagnols, de ceux qui vont arriver ou qui sont « déjà arrivés pour la junte. Nous causerons ce soir de la salle « que vous m'avez offert de faire préparer pour cette junte.

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