CHAPITRE YIII
Oa m'envoie à Évreux. — Attroupoments sur différents points. — Le général Charles de Polignac. — Bal du duc de Wellington. — Le prince de Talloyrand revient à la cour. — Ordres envoyés à mes détachements.
— La loi augmente la soldo du soldat, à cause du haut prix des denrées.
— Lo 5* de housards se rend à Chartres. — Désertion du maréchal des logis Niellon, depuis général belge. — Émeutes et incendies sur différents points. — M. de La Ferronnays quitte M. le duc de Berry. — Rentrée de mes détachements. — Le maréchal Saint-Cyr remplace le duc de Feltre au ministère de la guerre. — Le duc de Raguse à Lyon. — Mme Moreau créée maréchale. — Quadrille chez Mme la ducliesse de Berry. — Troubles de Lyon. — Le commandeur de Ferette. — Départ de mon régiment pour Pontivy. — Mort du prince de Coudé. — Détails sur la Bretagne, — Troubles dans le Morbihan. — Le comte de Coutard.
— Je reviens à Paris. — Brouille entre les ministres. — Leur démission.
— M. de Richelieu ne peut arriver à former un cabinet. — M. Decazes y parvient.
Janvier. — Le comte Gaspard de Gontades avait reçu à Essling, en 1809, dix-sept coups de sabre ou de baïonnette, dont cinq sur la tète; il voulait gagner la croix, elle lui avait coûté cher. Resté prisonnier, il fut pansé avec du gazon, et il en resta dans ses blessures; après avoir survécu par miracle. M. de Gontades mena depuis une vie languissante, supportant ses horribles souffrances avec un grand courage. Le célèbre chirurgien Dupuytren l'a trépané, il y a deux mois, lui a extrait deux os morts; il en est sorti d'autres. Ghose singulière en faveur du système de Gall, blessé précisément à la place indiquée par ce médecin pour la mémoire des mots, M. de Gontades l'avait perdue entièrement et avait conservé, à cela près, sa tête et son esprit. Le chirurgien était très lier
de la réussite de l'opération, suivant l'usage; le pauvre Gontades en est mort. Il expira le 6 janvier: il avait recouvré la mémoire des mots, et on le croyait guéri. Finir ainsi au bout de huit ans d'une blessure est cruel. M. de Contades, l'aîné des descendants du maréchal, avait épousé, en 1813, Mlle d'Oms, ma cousine germaine; il en laissa un fils de deux ans, héritier de la pairie de son grand-père. Sa veuve s'étant opposée à l'ouverture de son corps, comme sa maladie présentait des observations nouvelles et curieuses, quatre chirurgiens accompagnés d'un commissaire de police furent à son insu au cimetière, et, après l'avoir déterré, ils l'ouvrirent. Mme de Contades, l'ayant appris, fut au désespoir, porta plainte au préfet de police; ce magistrat lui répondit pour toute chose que c'était l'usage. Le comte Gaspard de Contades avait trente ans, du piquant, de la gaieté dans l'esprit, contrastant avec le calme de sa personne. L'Empereur l'avait nommé sous-préfet. Comme il ne pouvait plus servir, son intention était de suivre la carrière de l'administration; il la quitta à la Restauration.
Des troubles causés par la cherté des grains eurent lieu sur divers points.
Le 10 janvier, je reçus inopinément Tordre de fournir des détachements à Villers-Cotterets, à Breteuil. à Pontoise. puis, le 24. d'envoyer à Rouen cent cinquante chevaux; les routes n'étaient pas sûres, on arrêtait des courriers, des diligences. Mon régiment était fort de quatre cent dix chevaux et de cinq cent soixante-quatre hommes, officiers compris; il me resta cent chevaux et deux cents hommes.
Le 29, au milieu d'un bal chez Mme de Pontalba. un officier d'état-major du général Despinois vint me relancer, m'apportant l'ordre de partir à l'instant pour Evreux: on nous donna trente cartouches par homme. Le régiment se mit en marche à la pointe du jour: un bataillon de l'Isère suivit la môme direction. Des cuirassiers du 1" régiment avaient été battus à Bernay. Le lieutenant général Despinois m'écrivit une lettre de contentement et de regrets. Il ne les prodiguait pas; ce fut^une distinction.