‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 127 sur 196 · CHAPITRE VIII — .MILF.ET · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII — .MILF.ET

première société et une de la seconde; j'avais invité des officiers à demi-solde; malgré l'exagération de la haute société, cela se passa bien. Il n'y eut pas deux côtés, comme on m'en avait menacé. Les ©fficiers plaçaient les femmes pêle-mêle, comme elles arrivaient. Il y a des politesses militaires de garnison dont on n'a pas idée dans le monde. Il est d'usage, par exemple, dans un régiment bien élevé, qu'un officier, après avoir fait la révérence au maître et à la maîtresse de la maison, salue, avant de se désarmer, les officiers supérieurs et les officiers généraux présents dans la chambre.

Le tracassier Seran trouva mauvais que j'exerçasse mon régiment au service d'avant-poste, j'en référai au général Despinois, qui me donna raison.

La duchesse de Berry accoucha d'une fille qui mourut peu de jours après. La comtesse de Montsoreau, gouvernante, eut d'abord une querelle avec le père Elisée et la Faculté du Roi, d'autres médecins ayant été appelés en leur lieu et place. Elle eut ordre de rendre la layette, dont elle pensait hériter, à M. de la Ferté, intendant des menus; il y eut un malentendu, et la layette ne fut pas remise assez vite. M. le duc de Berry s'emporta outre mesure pour une chose qui n'en valait pas la peine. M. de la Ferronnays, gendre de Mme de Montsoreau, premier gentilhomme de M. le duc de Berry. qu'il n'avait pas quitté depuis son enfance, donna sa démission ; sa femme, celle de dame de la duchesse de Berry. Mme de Montsoreau quitta la place de gouvernante. Rien ne fut plus noble que la conduite de M. de la Ferronnays; étant sans aucune fortune, il se trouva réduit à la demi-solde de maréchal de camp pour toute ressource, avec six enfants; il fut généralement approuvé, et M. le duc de Berry violemment blâmé. M. de Richelieu envoya peu après M. de la Ferronnays comme ministre à Copenhague; cette nomination fut très applaudie.

Nous fûmes inspectés d'abord i)ar le maréchal de camp La Loyère, et j'eus à m'en louer; ensuite par le lieutenant général comte de Girardin, qui me fit une scène ridicule à dîner chez moi, à propos des faveurs obtenues pour mon régiment. Il parlait de sa force disproportionnée avec celle des autres

corps, comme d'une injustice du ministre de la guerre; nécessairement je pris l'intérêt de mes housards; il partit de là pour me mettre huit jours aux arrêts, parce que les officiers avaient des bottes vertes au bal.

Cet officier général n'était pas fort alors en manœuvres; cependant je n'avais pas, sur le terrain, envoyé chercher Tordonnance par un adjudant, comme j'en avais bonne envie, pour le convaincre d'une brioche. Les officiers s'abstinrent d'aller à un bal où il devait se trouver ce jour-là.

Le général Girardin n'en fut pas moins obligé de rendre justice, dans son ordi^e, à la tenue, à la discipline, à l'instruction du 5* housards. L'état de l'habillement était d'autant plus remarquable, que la presque totalité du régiment avait été disséminée pendant six mois.

Août. — On avait mis dans les journaux, sous la rubrique de Hambourg, que l'empereur d'Haïti, Christophe, dans sa reconnaissance pour l'abbé de Pradt pour son ouvrage sur les colonies, lui avait envoyé une cargaison de sucre. L'archevêque de Malines prit ce conte au sérieux; il écrivit au ministre résident des villes hanséatiques, pour lui demander de vérifier à Hambourg l'origine de ce bruit. Le ministre fut fort embarrassé de savoir quoi lui répondre.

Le 2 septembre, par ordonnance contresignée de M. le duc de Richelieu, le Roi classa les pairs par rang de titre, vingt-quatre comtes furent élevés au banc de marquis. Les titres furent ainsi réglés : duc, marquis, comte, vicomte, baron. A l'exception du titre de duc, il était reçu, avant la Révolution, que les gens de qualité prenaient celui qui était à leur convenance; l'on ne changeait pas le titre de comte, si on l'avait porté dans sa jeunesse, pour celui de marquis (1). Mon grand-père

(1) Noble. Si on avait dit d'un homme do qualité : C'est un noble, il s'en serait choqué. Noble voulait dire dans ce sens-là anobli.

Qualité (homme do). Celui qui n'a pas été anobli et dont la famille appartenait à l'ancienne chevalerie.

Maison (homme do). Celui qui, ayant été anobli, est d'une famille illustre.

Naissance (homme de). Celui qui, étant homme de qualité, est d'une famille illustrée ou qui a été souveraine.

Titréi. On ue pouvait être titré sans être homme de qualité ou de

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