CHAPITRE VIII — SEPTEMBRE
s'appelait le marquis, mon père le comte; j'aurais été le mar- ((uisde Castellane. L'ordonnance prit chacun suivant son titre. Ce jour-là des gens de grande naissance ayant le droit de prendre le titre de marquis se trouvèrent sur le banc des comtes; des petits nobles comme M. de B... se virent sur le banc des marquis, pour avoir acheté un fief avec ce titre. Plus tard, on remit mon père sur le banc des marquis, ainsi que plusieurs autres qui avaient réclamé. Ces rangs ne s'observaient, du reste, jamais à la Chambre; chacun continua à s'asseoir à la place où il était.
Le 14, le maréchal Gouvion-Saint-Cyr remplaça le maréchal duc de Feltre à la guerre. Ce dernier avait deux femmes vivantes, ayant divorcé avec la première. Le marquis de Grammont disait drôlement, à propos de la première : « Celle qui est à la demi-solde. >
Les élections eurent lieu le 20 septembre; on nomma à Paris Benjamin Constant, en dépit des efforts du gouvernement.
M. de Pradt s'était persuadé qu'il serait élu à Paris. Il eut deux voix; il se sauva le lendemain dans sa province.
Après les élections, il y eut beaucoup de libéraux nommés. Le Roi dit au chancelier : « A tout prendre, je suis content des élections. » M. Dambray reprit sur-le-champ : « Alors on peut dire que Votre Majesté n'est pas difficile. »
Il y avait eu un mouvement napoléonien à Lyon; on accusa le général Canuel de l'avoir excité, pour avoir le plaisir de le réprimer. Le maréchal duc de Raguse y fut envoyé en qualité de commissaire extraordinaire; il donna des bals pour rapprocher les partis. Ma famille, allant en Suisse, assista à une de ses fêtes. Le maréchal duc de Raguse ne réussit pas à Lyon
grande naissance; il suffisait d'être noble. On appelait gens titrés, les ducs.
Titres. Les gens de qualité inenaieut indifféremment les titres de comte, baron, marquis, vicomte.
Voilures du Roi (pour entrer dans les), il fallait vous prouver par titres depuis 1300 et qu'alors il n'y eût pas traee d'anoblissement.
Gardes du corps (officiers aux. — E.\empts et lieutenants aux). Cela subalternisait nécessairement.
Gardes françaises (ol'liciers aux). Leurs femmes n'étaient pas présentées. (Note du marécfial.)
comme il Taurait pu. parce que ce maréchal, avec tout son esprit, était fou de vanité.
M. d'Archiac. lieutenant de mon régiment, homme d'esprit, nommé capitaine au 6" de housards. fut tué en duel trois mois après son arrivée au 6* de housards, par M. de Mondeville, lieutenant de son escadron. M. d'Archiac avait mis cet officier aux arrêts. Celui-ci en était sorti la veille: ils se trouvèrent ensemble dans un bal. Le lieutenant ex-garde du corps marcha sur le pied de M. d'Archiac. qui lui dit : « Vous m'avez fait mal »; l'autre lui répondit : « Je l'ai fait exprès. » Le capitaine aurait dû le repvoyer sur-le-champ aux arrêts; cet officier commettait une faute d'insubordination avec voies de fait entraînant la peine capitale. M. d'Archiac, n'ayant pas fait la guerre, crut de son honneur de se battre. Ce pauvre jeune homme fut tué raide d'un coup de pointe de sabre au cœur. Le capitaine Duparc. témoin, avait eu grand tort de soufl'rir un pareil combat. Le colonel Fanest était absent; s'il avait été présent, il l'aurait su, et cela ne serait pas arrivé. Le lieutenant prit la fuite.
M. II.... chef d'escadron au 5* housards, a été nommé baron sur ma demande : il s'appelle depuis ce temps-là non-seulement M. le baron, mais encore il a ajouté un de à. son nom. Il avait pris une place à la diligence de Chartres pour Paris. Au moment de son départ, le conducteur fait l'appel suivant l'usage. « M. R..., M. R...Î ». crie-t-il à tue-tête. M. R... était là et ne répondait pas. Entin. furieux, il descend de la diligence, prend son domestique au collet en lui disant : « Comment, coquin, tu ne sais pas mon nom? tu me fais inscrire M. R...'? Apprends que je m'appelle M. deR... » Puis après cette belle expédition il est remonté en voiture, tout fier d'avoir appris à la diligence ce que c'était que d'oser ne pas ajouter un de au nom de R... Le conducteur n'a eu garde, pendant la route, de manquer à l'appeler M. de R.... d'autant plus qu'il est fort, M. le baron de R..., et qu'il en avait agi vigoureusement avec son laquais.
Le 48 octobre, le Roi. à la demande de l'empereur .\lexandre, a donné à la veuve du général Moreau. tué dans les