‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 137 sur 196 · CHAPITRE VIII — SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII — SEPTEMBRE

la salle que par des planches, tout ce que disaient dans cette salle quelques lieutenants. MM. de Foucancourt, de Foblant, de Pierrepont, de Goisson, d'Aubigny, sortant de la maison du Roi, qui tenaient de fort mauvais propos sur leurs chefs, voire même sur l'inspecteur. Suivant eux, il n'y avait pas un capitaine du répriment qui fût fait même pour décrotter leurs souliers. Il m'en avertit et les mit aux arrêts de rigueur: il eût mieux valu, pour lui et pour moi, qu'il eût fait la sourde oreille. Plus tard, MM. de Foucancourt, de Foblant et de Goisson ayant violé leurs arrêts, je dus les mettre en prison.

On m'avait envoyé de Rennes, comme maréchal des logis, un mauvais sujet nommé Challot. compromis en dernier lieu dans une affaire de sérénade donnée à M. Dunoyer: on avait voulu en débarrasser Rennes. La discipline n'était pas de son goût; il avait tenu des propos infâmes. Il était au cachot pour une faute grave, et comme il avait dit, entre autres choses, qu'il tuerait son colonel s'il le cassait, je fus à son cachot, sans armes; ayant fait retirer les housards de garde, je lui dis : « Vous voulez me tuer, me voilà; cela ne m'empêchera pas de vous faire casser, comme vous le méritez. » Il me répondit avec un grand respect que c'était une calomnie, et que. loin de là, il me défendrait s'il le pouvait. Ce malheureux, envoyé depuis à une compagnie de discipline et ayant voulu s'échapper, a été tué par les gendarmes qui le conduisaient.

Septembre. — Je fus à Chdteauneuf avec le général Saint- Simon, de là à Saint-Malo et à Rennes. En revenant à Pontivy, j'eus à Ploermel, en soupant. un succès de grande route chez l'aubergiste Guilhouete. Nous étions en uniformes; la manière de distinguer les grades dans les housards par les iralons était peu connue. Nous nous mîmes à table avec l'aubergiste; il nous parla de son désir d'être tranquille et de voir la garde nationale organisée d'après les ordonnances du Roi. Il ajouta : « Les paysans sont faciles à tromper. On ne peut s'empêcher, vu les mouvements continuels de certaines gens, d'avoir des craintes. Il y a deux mois, tout paraissait se calmer: maintenant cela reprend de plus belle. » Je lui répondis : « Nous

sommes partis il y a peu de jours de Pontivy; il y a tranquillité dans cet arrondissement. » II répliqua : « Je le crois bien; vous avez là un colonel veillant au grain; ce M. de Castellane est un homme d'une bien belle réputation. »

Je lui en dis du bien; en conscience, je ne pouvais pas dire du mal de moi. Il continua : c On doit à votre colonel, à votre régiment de n'avoir pas eu d'insurrection ici, il y a deux mois. Je le tiens de gens de leur parti; nous savons tout ce qui se passe. S'il y avait un mouvement, une portion des habitants de Ploërmel, de Rohan, d'autres villes des environs, se rendraient à Pontivy, pour se joindre au régiment. La garde nationale n'est ni organisée ni armée à Ploërmel; cela est ridicule. Je suis directeur de la diligence. J*ai souvent 80.000 francs de fonds du gouvernement entre les mains, je ne suis pas de la garde nationale. » Il nous raconta les mauvais propos des paysans sur le Roi; ils se plaignaient de ce que. après leur avoir promis l'abolition de la conscription, on l'avait remise en vigueur; je laissai cet homme persuadé qu'il avait parlé à un capitaine.

Il existe en ce pays deux partis distincts; les villes ont une opinion diamétralement opposée à celle des campagnes. Les paysans, à dire vrai, n'en ont aucune; ils sont susceptibles d'être excités dans tous les s^ns par les prêtres, par leurs meneurs, dans lesquels leur confiance est aveugle.

Les bruyères de Pontivy furent utiles à l'instruction de guerre du 5* housards.

Octobre. — J'eus à me louer du vicomte de Saint-Simon, notre inspecteur adjoint. Il ne put accompagner le lieutenant général baron Gérard dans son inspection; j'en fus fâché, à cause de l'aventure des officiers aux arrêts. L'inspecteur général débuta bien; il connaissait les détails de son métier. Après la réception d'une lettre du ministre de la guerre, il changea tout à coup de manières avec moi. Je présumai que le maréchal Saint-Cyr lui avait envoyé l'ordre d'en agir sévèrement, dans l'intention de m'ôter, s'il le pouvait, mon régiment, par haine pour mon père. On me confronta avec les jeunes lieutenants punis, en présence des officiers supérieurs.

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