‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 139 sur 196 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Anecdotes sur le conseil des ministres et sur le Roi. — Propos de Napoléon à Eylau sur la garde. — Le martM^hal Saint-Cyr et son système de légions. — Je retourne à Pontivy. — Création de pairs. — Sur la couleur garance. — Détails sur le MoH)ilian. — Son colonel Cadoudal. — Renvoi de Paris des cuirassiers d'Élie de Périgord. — Pose de la première pierre du monument des Trente. — Folies d'un général inspecteur. — Changements dans les bureaux de la guerre. — Officiers généraux commis. — Bals du duc de Berry. de l'ambassadeur d'Angleterre, de la marquise de Lagrange, de la comtesse de La Riboisière, du comte de Castella. — Règlement du 43 mai. — Inspections sous le maréchal Saint-Cyr. — Soirée de Mme de Mun et de la duchesse de Plaisance. — Bal du marquis et de la marquise de Bellissen; de la vicomtesse de Gontaut pour la duchesse de Berry. — Portraits du duc et de la duchesse de Broglie. — M. de Lamartine. — Le baron de Barante. — M. Villemain. — La comtesse de Balby et Louis XVIII. — Creps de la duchesse de Luynes. — Article du Drapeau blanc sur le duc d'Orléans. — Fête du comte de Goltz, ministre de Prusse. — Des améliorations du maréchal Saint-Cyr. — Bal à l'Elysée, donné mal à propos, à cause de la mort du duc de Kent.

Janvier. — Les révoltes étaient de mode dans les collèges. \ Louis le Grand, les élèves voulurent pendre un professeur et dépaver la cour; ils fabriquèrent une constitution d'après laquelle ils nommaient leurs professeurs au scrutin et prenaient des congés toutes les fois que la majorité en voterait; ils s'accordaient d'aller chez leurs parents chaque semaine, au lieu de tous les quinze jours; eux seuls devaient régler leur nourriture.

Des écoliers montèrent sur l'autel de la chapelle en criant : c Pas de Dieu! Vive Royer-CoUard! » Ce président de l'instruction publique, l'homme le plus plein d'amour-propre qui

ait existé, était assez flatté du compliment. Ces marmots, sommés de rentrer dans Tordre, ont répondu : * Des écoliers français meurent et ne se rendent pas. »

Cinquante gendarmes mirent fin à cette belle équipée; ils en reconduisirent plusieurs chez leurs parents. Huit jours après, une nouvelle insurrection des jeunes citoyens élèves du lycée Louis le Grand éclata à minuit, avec les accompagnements nécessaires pour motiver Tappel d'un commissaire de police et de la gendarmerie, ce qui a toujours bonne mine dans une maison .d'éducation. Il s'agissait du rappel des bannis.

Le lycée de Nantes était aussi en insurrection; les élèves avaient tout brisé à l'intérieur; dix-huit ou vingt d'entre eux se barricadèrent dans une chambre. On fut chercher le comte de Brosses; ils tirèrent deux coups de pistolet sur le préfet. Heureusement ils le manquèrent. Us refusèrent de descendre pour souper; pressés par la faim, douze firent une sortie à dix heures du soir pour aller à la cuisine chercher des vivres. Un grand domestique qui s'y trouvait leur fit peur; ils se sauvèrent. Cet homme qui les poursuivait fut jeté à terre par les cordes tendues dans les escaliers. Parmi eux était un Anglais qui criait comme un beau diable qu'il n'était pas révolté et qu'il voulait s'en aller. Us le menacèrent de le jeter par la fenêtre; par accommodement, ils l'attachèrent à un drap. Comme il arrivait à terre, le proviseur voulut le prendre par les pieds; alors les insurgés remontèrent le patient et le proviseur. Celui-ci lâcha prise et tomba sur le derrière, à la grande joie des assiégés. Le lendemain, faute de vivres, ceuxci se rendirent. Le proviseur les fit défiler un à un en leur donnant à chacun un coup de pied dans le derrière, ce qui produisit un bon effet dans le collège; leurs camarades se moquèrent d'eux.

11 y eut quelques autres insurrections semblables à Paris et dans les départements. L'école militaire de la Flèche avait donné la première le" signal de la révolte.

M. le baron de Chambaudouin, ex-auditeur, maître des requêtes au Conseil d'État, en service extraordinaire, fait depuis

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