CHAPITRE IX. — FÉVRIER
plus d'un an toute espèce d'extravagances en qualité d'amoureux de Mme la duchesse de Berry. Il lui écrit des lettres folles qu'on ne lui remet pas.
Il offrit à une femme de chambre 2.000 francs pour remettre un billet à Mme la duchesse de Berry, qui avait défense d'en recevoir aucun de qui que ce fût, s'il n'avait pas été lu auparavant par Monseigneur son mari. Une personne de sa maison qui aurait la hardiesse de lui remettre une lettre en mains propres serait chassée à l'instant.
Le comte Decazes, le démocrate de l'ancien ministère, était l'aristocrate du nouveau. M. Decazes voulait pour commander la !'• division le lieutenant général Claparède; le maréchal Saint-Cyr l'a emporté pour le général Defrance.
Février. — Au dernier conseil, on agita de donner à M. le duc d'Angoulême l'emploi de généralissime, semblable à celui du duc d'York en Angleterre. Le Roi le désirait passionnément; MM. Decazes et Portai opinèrent pour; le marquis DessoUes, le maréchal Saint-Cyr, M. de Serre, le baron Louis se prononcèrent contre; ce dernier, dans sa colère, exprima son opinion en jurant. Avec la loi du recrutement, le duc d'Angoulême ne pouvait exercer un emploi lui donnant les nominations et le rendant responsable vis-à-vis des Chambres. En Angleterre, cela est différent; la prérogative royale est de nommer aux emplois militaires comme bon lui semble.
Louis XVIII ayant jugé à propos, par la loi du recrutement obtenue à une faible majorité, d'abandonner une partie de sa prérogative, il devait subir la conséquence d'une chose aussi vivement souhaitée par lui.
Les courtisans prétendaient que l'esprit de M. Desselles commençait à plaire au Roi. Les ministres font, le dimanche après la messe, leur cour dans le cabinet; on remarqua un jour que le Roi avait parlé une seule fois à M. Decazes au lieu de deux, suivant son habitude. M. Decazes n'en fera pas moins ^renvoyer ses collègues, quand cela lui conviendra.
Le Roi s'emporta violemment contre un valet de chambre pour une cause futile. Le valet de chambre malmené a les épaulettes de colonel; l'huissier qui ouvre la porte, celles de
chef de bataillon. On pourrait donner des uniformes brodés à la domesticité; pareille chose ne devrait pas exister.
Le Roi, ayant la goutte, ne peut marcher; on le po«sse sur un fauteuil à roulettes; si on ne le place pas juste où il veut, il crie et se fâche tout rouge.
Le maréchal Saint-Cyr est un beaucoup plus grand général dans son cabinet que sur le champ de bataille; à Dresde, il montait toujours au haut du clocher pour voir battre ses corps d'armée. Le comte de Lobau, qui en commandait un, proposa, après la bataille de Leipzig, au conseil de défense de marcher sur Torgau, d'y prendre la garnison, puis d'aller à Magdebourg et de gagner ensuite le Rhin; le maréchal Saint-Cyr s'opposa à un si vigoureux parti. Le comte de Lobau lui dit. en plein conseil : « Monsieur le maréchal, l'Empereur m'en voudra beaucoup de ne pas vous avoir brûlé la cervelle aujourd'hui. » Par suite de cette faiblesse du maréchal Saint- Cyr, ses corps d'armée furent dans la nécessité de capituler à Dresde et faits prisonniers.
Aux qualités de ce ministre il faut ajouter la plus sordide avarice. Son grand plaisir est de jouer du violon ; c'est sa principale occupation. Un commis arrive pour lui demander de> signatures, frappe à sa porte: il lui répond par un air et quitte difficilement son instrument.
Le prince de Poix mourut à soixante-sept ans, à la suite d'une hydropisie de poitrine; il avait eu. du maréchal do Mouchy son père, au sortir de l'enfance, la survivance de la place de gouverneur de Versailles, celle de capitaine des gardes du corps, du prince de Beauvau. son beau-père; il s'était vu. à vingt ans, revêtu de charges importantes: sa richesse ajoutait aussi à sa considération. Il prenait parfois des airs de familiarit-é avec ses inférieurs et s'était acquis par là une réputation de bonhomie qu'il ne méritait pas.
M. le duc de Ghoiseul fut nommé major général de la garde nationale de Paris: il était aux petits soins pour le ministère. Son gendre, le marquis de Marmier, lui succéda dans le commandement de la l'" légion de la garde nationale. Ce dernier avait commandé un régiment de gardes nationales actives en