CHAPITRE IX. — FÉVRIER 1819. 3G'J
1813, à l'époque où l'Empereur faisait flèche de tout bois.
Un des talents de Napoléon était d'employer les troupes comme il le fallait et quand il le fallait. On s'est plaint souvent de ce qu'il ménageait sa garde. C'était une réserve dont il faisait bon usage, dans les moments difficiles. A la bataille d'Eylau, un carré sur lequel l'Empereur comptait beaucoup pour arrêter les Russes ayant été enfoncé, il cria au général xNansouty : « Ramassez tout ce qu'il y a de cavalerie de la garde, faites-les tuer jusqu'au dernier plutôt que de céder; je ne les ai pas dorés pour les faire vivre! »
Lorsque Jérôme Bonaparte revint d'Amérique, l'on fit courir le bruit qu'il avait été pris par les Anglais; l'Empereur dit au comte Chaptal, ministre de l'intérieur : « On croyait que cela aurait de l'influence sur ma politique; eh bien! ma mère, mon frère Joseph que j'aime assez, mes sœurs, seraient à la bouche d'un canon que je n'y changerais rien ! »
Le marquis Barthélémy demanda le 20 février, à la Chambre des pairs de supplier le Roi de proposer une loi pour faire à celle des élections des modifications nécessaires. Malgré la vive opposition de M. Decazes, opposition combattue par MM. de Pastoret, Mathieu de Montmorency, de Castellane, il fut décidé qu'on s'occuperait de la proposition, à une majorité de 89 voix contre 49; les ministres étaient furieux. Le marquis Dessolles avait été, de la part du Roi, prier le marquis Barthélémy de renoncer à sa proposition; ce dernier lui répondit : « Monsieur le marquis, j'ai été une fois à Cayenne,je n'ai pas envie d'y retourner. Au train que prennent les choses, je ne crois pas qu'il y ait du temps à perdre pour éviter une révolution; il est de mon devoir de faire en conscience tout ce que je pense pour arrêter le mal. » La proposition Barthélémy fut rejetée à la Chambre des députés, à une majorité de 150 voix contre 94.
Les bals se succédèrent pendant cet hiver. La duchesse de Courlande en donna de beaux; la marquise de Bellis^en, dont la notoriété est fondée sur l'entrechat, fit geler chez elle, suivant l'usage.
Le maréchal Saint-Cyr avait médité de faire présider les T. I. 24
conseils d'administration des corps par les majors, les colonels n'ayant ni voix délibérative. ni même entrée; il leur aurait laissé seulement une légère surveillance : ingénieux moyen de diminuer la considération et l'autorité des colonels, de rendre le métier infaisable. Le maréchal n'avait jamais été chef de corps; il ignorait les détails. Il renonça à ce beau projet, persévérant seulement dans celui de créer des légions composées d'hommes du même département; comme ils sont inégaux en population, il serait résulté de là des légions de cinq bataillons, d'autres d'un seul. Une ordonnance du 17 février 1819, pour obvier en partie à cet inconvénient, régla les ordres des 258 bataillons devant former les légions, ainsi qu'il suit :
8 départements avaient 2 légions à 3 bataillons, 3 — 1 4
Cela n'augmentait pas le nombre des bataillons, celui des légions fut porté de 86 à 94, ce qui augmentait le budget de la guerre de 230.000 francs au moins, sans compter les dépenses d'inspection. Cela donnait la facilité d'employer deux lieutenants généraux, quatre maréchaux de camp; envoyer deux officiers généraux pour inspecter le même régiment dans une année était inutile. Cette ordonnance n'était pas dans l'intérêt (les contribuables; ils devaient s'en consoler en pensant qu'elle ôtait agréable au ministre de la guerre, qui avait ainsi de nouveaux emplois à conférer. Chaque légion avait à peine, l'une dans l'autre, la force d'un bataillon; c'était une idée heureuse d'en créer huit nouvelles, cette mesure procura à la France. 8 compagnies d'artillerie, 8 compagnies de cavalerie légionnaire de plus.
Les régiments d'artillerie n'avaient pas l'un dans l'autre quatre cents hommes; le maréchal Saint-Cyr trouvait plus urgent d'organiser les légions d'après son plan que de compléter ces corps justement renommés pour former de bons artilleurs. Mettre de la cavalerie dans les légions d'infanterie, quand les régiments de cavalerie n'ont pas atteint la moitié