‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 150 sur 196 · CHAPITRE X — JANVIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE X — JANVIER

ment entre ,c:nns du môme pays. Cotte création appartient à M. le maréchal Saint-Cyr personnellement.

On loue beaucoup cet ex-ministre des épargnes faites sur son budget; cela ne prouverait rien en faveur de sa gestion, s'il n'avait pas sous les armes le nombre d'hommes que comportaient les sommes dépensées, et s'il a dissipé en états-majors inutiles, en administrations trop coûteuses, un argent qui eût été beaucoup mieux employé, dans l'intérêt de l'État, pour les troupes de l'artillerie, de la cavalerie et du génie.

On a confectionné pour l'artillerie des gibernes d'après un nouveau modèle adopté par le maréchal Saint-Cyr; lorsque les canonniers ont voulu y mettre des cartouches, elles se sont trouvées trop petites pour les contenir ; il faudra changer ces gibernes. C'est là, il est vrai, un très petit exemple, mais assez comique, des améliorations de cet ex-ministre.

29. — Le duc et la duchesse de Berry ont donné à l'Elysée un grand bal. Le duc et la duchesse d'Angoulême y sont venus; pas un Anglais n'a profité de son invitation, à cause de la mort du duc de Kent, frère du roi d'Angleterre; M. le duc d'Orléans et sa famille s'en sont abstenus pour la même raison. On a été généralement étonné de ce bal, M. le duc de Berry sachant la mort du duc de Kent et ayant vécu dans l'intimité de la famille royale d'Angleterre pendant l'émigration; il a donné pour prétexte que cette mort n'était pas encore signifiée officiellement. Personne n'a trouvé cette excuse bonne; d'aucuns prétendent que l'ambassadeur d'Angleterre a même été prié de retarder la notification. On n'ignore pas combien le duc de Kent a été bon pour les princes dans leurs malheurs; cela est au moins maladroit.

30. — A dix heures du matin, le roi d'Angleterre a cessé de vivre.

Je me suis approché, à une assemblée chez la duchesse de Gourlande, d'un groupe composé du prince de Talleyrand, du prince de Castelcicala, ambassadeur de Naples. du général Walterstoff, ministre de Danemark. On s'entretenait des qualités du feu roi d'Angleterre. Le prince Castelcicala racontait

qu'il s'était trouve à son lever le jour nit^me où une femme tenta de l'assassiner un instant auparavant. George III, qui aimait à causer, s'expliqua aussi longuement que de coutume, sans la moindre altération dans ses traits ni dans ses manières. Le prince Castelcicala fut fort étonné d'apprendre, en sortant du lever, qu'une tentative d'assassinat avait été faite sur la personne du roi. George III disait : « Je crache sur la popu- « larité du moment; elle n'influera jamais sur aucune de mes « mesures, quand je les croirai dans l'intérêt de mes sujets. »

3 février. — M. le comte de Puységur, capitaine des gardes du corps de Monsieur, est fort malade. Il a reçu les sacrements. S. A. R. Monsieur est très dévot et l'aime beaucoup. Il a été le voir et lui a dit : « Mon cher chevalier (1), je suis « charmé que vous ayez reçu vos sacrements; vous devez « être plus tranquille, cela doit vous donner du calme. » M. de Puységur reprend aussitôt : « Ahf oui, Monsieur, cela « m'assure de ne vous quitter jamais. »

6*. — Il y a eu un magnifique bal chez la duchesse de Courlande.

i4. — Tous les honnêtes gens sont dans la consternation. Hier, à onze heures du soir, S. A. II. M. le duc de Berry a été assassiné à la sortie de l'Opéra par un énergumène. M. le duc de Berry venait de donner le bras à Mme la duchesc de Berry et s'était retourné pour rentrer à l'Opéra; l'assassin Ta frappé au-dessous du sein droit d'un coup de stylet. Le prince est tombé sans pousser un cri; les quatre voltigeurs de la garde en faction à cette porte de sortie, qui est particulière à la famille royale, ne s'en sont aperçus qu'à un cri de Mme la duchesse de Berry. L'assassin s'appelle Louvel; il a servi dans le train de l'artillerie; il logeait aux écuries du Uoi, où il était garçon sellier. Comme il s'échappait, un garçon cafetier qui allait au bal l'a saisi à bras-le-corps à l'arcade Colbert; un maréchal des logis de gendarmerie est arrivé, a saisi d'abord le cafetier; celui-ci n'a pas lâché sa proie, tout en avertissant le gendarme de sa méprise. Ce garçon est resté

(1) Le comte de Puységur s'est presque toute sa vie appelé ■ le chevalier ».

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