‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 153 sur 196 · CHAPITRE X — FÉVRIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE X — FÉVRIER

on est venu le chercher pour assister à un conseil extraordinaire chez Sa Majesté.

M. le duc et Mme la duchesse d'Angoulôme ont eu, après le dîner, une scène très vive avec le Roi; ils lui ont déclaré que, si M. Decazes restait ministre, ils quitteraient la capitale.

20. — Le Roi a enfin accordé le renvoi de M. Decazes, dans le cas seulement où M. de Richelieu accepterait le ministère. Ce dernier avait positivement déclaré qu'il ne voulait entrer au conseil à aucun prix; l'engagement paraissait donc ne point avoir d'effet. Cependant, aujourd'hui, sur les sollicitations de M. le duc d'Angoulème et de Madame, qui a été jusqu'à dire qu'elle se jetterait à ses genoux s'il le fallait pour le décider à accepter, M. de Richelieu a consenti à entrer au ministère. On en a eu la certitude, ce soir, en apprenant que M. Decazes se disposait à quitter l'hôtel du ministère pour aller loger à l'hôtel Sainte-Aulaire, habité par son beau-père.

21. — Le Moniteur contient une ordonnance qui crée duc M. le comte Decazes, et une autre par laquelle le Roi accepte sa démission de président du conseil et de ministre de Tintérieur, sur ses demandes réitérées, et le nomme ministre d'État pour ne point se priver de ses lumières; puis, plus bas, on annonce en deux lignes que M. le duc Decazes est nommé ambassadeur à Londres. Au-dessus, une ordonnance contresignée du baron Pasquier, ministre des affaires étrangères, nomme M. le duc de Richelieu président du conseil, sans département, de sorte que le ministère de l'intérieur est vacant; tous les autres ministres resteront.

22. — Le transport du corps de M. le duc deBerry du Louvre dans une chapelle de l'église de Saint-Denis a eu lieu avec la plus grande pompe. Le service funèbre sera fait plus tard.

23. — M. L. Greffulhe, mon beau-frère, que le Roi avait créé comte et pair l'année dernière, est mort ce matin, à la suite d'une fluxion de poitrine.

20. — M. le duc Decazes est parti pour Libourne avec sa famille; il a été coucher à Chartres; aussi le Roi a donné le soir, à Tordre, pour mot : « Élie », qui est son nom de baptême, et « Chartres ».

Le Roi a fait ôter de son cabinet un beau portrait de François I" pour y mettre un portrait de M. Decazes qu'il lui a apporté lui-même. Le Roi tutoie et appelle toujours M. Decazes « mon fils », ce dernier lui riposte par t mon père ». M. de Sainte-Aulaire l'a accompagné jusqu'à Chartres; il a rapporté au Roi de ses nouvelles dans la soirée.

14 mars. — La cérémonie des obsèques de M. le duc de Berry a eu lieu à Saint-Denis. Le Journal de Paris est celui qui est entré dans le plus de détails sur cette cérémonie, qui a été d'autant plus remarquable que les obsèques d'aucun prince de sang royal n'ont été célébrées en France depuis plus de quarante ans. Son récit se termine ainsi : < Le corps ayant été inhumé, le roi d'armes de France et deux hérauts d'armes se sont rendus près du tombeau; le roi d'armes est resté à l'entrée, et les deux hérauts sont descendus dans le caveau. Le roi d'armes de France a ensuite appelé successivement les principaux ofiiciers de Mgr le duc de Berry, qui portaient les insignes ; ils ont été présentés dans l'ordre suivant : le collier de l'ordre de la Toison d'or, le grand cordon de l'ordre de la Légion d'honneur, le grand cordon de l'ordre de Saint-Louis, le collier de l'ordre du Saint-Esprit, le manteau et la couronne.

« La couronne a été apportée par M. de Nantouillet, qui a prononcé ces mots, en s'adressant aux officiers de la maison du prince : « Mgr le duc de Berry, votre maître et le mien, est « mort; officiers, pourvoyez-vous. » Le roi d'armes de France a dit ensuite deux fois à haute voix : « Très haut et très puis- « sant prince Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, est t mort; priez Dieu pour le repos de son âme. »

Les Chambres ont accordé au gouvernement la censure des journaux jusqu'à la fin de la prochaine session et une loi par laquelle on peut, sur la signature de trois ministres, être détenu pendant trois mois sans être mis en jugement.

M. de Donald prétend que les doctrinaires sont le clergé des jacobins.

M. de Richelieu, en sortant de la Chambre des députés, s'est écrié : « Quelle nïnut/eu.^e chose que de gouceruer tous ces diables de peuples civilisés! » Mot plus spirituel qu'à lui n'appartient.

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