‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 155 sur 196 · CHAPITRE X. — JUILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — JUILLET

et a tué la cadette. Il n'y a pas de la faute du housard, qui était à son iMiig.

Les Suisses out fraternisé avec nos housards; certains ont accompagné nos Alsaciens à une lieue de la ville.

Le vin était à trois sous la bouteille à lîonny, pays de vignoble; les babitants en ont donné à discrétion aux liousards, qui ne tarissaient pas d'éloges sur cette étape; il y a à Gosne de magnifiques forges pour les ancres de la marine; il faut un mois pour en fabriquer deux de 800 livres.

6 avril. — Nous sommes à Nevers; toutes les plumes et les fleurs de la ville étaient sur la place à notre arrivée.

9. — Nous sommes arrivés à Moulins le 9 avril, après avoir couche à Saint-Pierre-le-Mouticr, triste bourg. On dit : d Riche Nevers, pauvre Saint-Pierre et glorieux Moulins. » Autrefois, il y avait, disait-on, à la porte de cette dernière ville, trois G peignant le caractère des habitants; ils signifiaient : gueux, glorieux, gourmands.

Nous nous sommes croisés avec les chasseurs de la Dordogne, peu satisfaits de changer de garnison avec nous (1).

12 juin. — Je suis revenu à Paris avec un congé d'un mois.

22. — Le duc Decazes est arrivé à Paris et a recommencé dès le soir ses conversations avec le Roi; on croit qu'il partira pour Londres dans huit jours.

25. — Grande revue aux Tuileries; le Roi, ne pouvant pas encore marcher, s'est fait rouler à une fenêtre sur son fauteuil; il a chargé le maréchal duc de Tarente, lieutenant général de France, de témoigner sa satisfaction aux troupes.

7 juillet. — Le Roi reçoit M. Decazes tous les soirs. Un valet de pied a porté hier matin à M. le duc de Gastries, de la part du Roi, une gravure bien encadrée représentant Sa Majesté, spécialement tirée pour elle et qui coûte deux cents francs. Le duc de Gastries a donné vingt francs au valet de pied, il ne revenait pas d'étonnement de cette attention du Roi; quelques heures après, un autre valet de pied est arrivé de la part du Roi avec une cassette charmante qui renfermait

(1) Ici, il existe une lacuno de deux mois dans le Journal du maréchal. T. 1. 26

la collection des médailles de son règne. Le duc de Gastries a observé qu'il devait y avoir quelque méprise: le valet de pied lui a remis la clef de la boîte, et le duc de Gastries a donné encore vingt francs à celui-là. Il se creusait la tête pour découvrir d'où lui venaient des marques de bonté du Roi aussi inattendues. A onze heures du soir, le duc de Gastries venait de se coucher, on frappe pour la troisième fois à sa porte de la part du Roi; on le fait lever promptement. Un valet de pied venait reprendre les beaux présents et lui annoncer tout honteux qu'on s'était trompé de nom : ils étaient destinés à M. le duc Decazes.

A la visite de dix heures du soir, le Roi a demandé à M. Decazes des nouvelles de ses galanteries; celui-ci lui a répondu qu'il n'en avait pas entendu parler; on a été aux informations, et le pot aux roses a été découvert. Le duc de Gastries a remis le portrait et la cassette au valet de pied; il en a été pour ses quarante francs de pourboire. Lorsqu'il a fait sa cour à Sa Majesté, elle lui a dit qu'elle avait réparé autant que possible la méprise. Le Roi a envoyé au duc de Gastries la gravure; pour les médailles, il n'en est pas question.

il. — Je suis revenu à Moulins le il juillet; j'ai été à mon arrivée, à onze heures du soir, au quartier, pour faire sonner à cheval et m'assurer de la promptitude de mon régiment à prendre les armes; au bout d'une demi-heure, il était prêt à partir avec armes et bagages.

Nous avons fait une visite de corps à M. SoutejTan, président des assises de l'Allier, qui m'a beaucoup remercié d'être venu, avec ma compagnie, me disant qu'il en rendrait compte à la sienne.

Août. — Le maréchal de camp comte de la Roche-Aymon a inspecté les housards du Bas-Rhin. Il a beaucoup servi en Prusse; le prince Henri, son ami, lui a fait faire son chemin.

J'ai eu à m'en louer; il a exercé mon régiment à la petite guerre ; son ordre laissé au 5* de housards a été flatteur pour nous.

Le ministre de la guerre, M. de Maubourg, a parlé en ces

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