CHAPITRE X — iNOVEMBRE
terme? du 5* de housards : » Dans ce rôgimpnt, on agit bim rt on ne parle pas; l'honneur en est au colonel. »
Septembre. — On a appris, le 30 septembre, Ti Imit heures du soir, à Moulins, par estafette, la nouvelle de la naissance, arrivée hier à deux heures et demie de l'après-midi, de M. le duc de Bordeaux; le maire l'a proclamée à la lueur des flambeaux; il y avait des groupes dans les rues. L'allégresse était générale; on s'embrassait; les femmes pleuraient de joie; le lendemain la ville a été illuminée, on a chanté un Te Deum.
Les poissardes de Bordeaux ont apporté à Mme la duchesse de Berry un berceau pour son royal enfant. Elles voulaient le faire présenter par le vicomte de Chateaubriand; le Roi s'y est refusé et a nommé pour cet office le président de Sèze; le noble vicomte et les dames de la halle ont été furieux; il s'en est suivi à la cour des clabaudages et des cancans.
La vicomtesse de Gontaut, gouvernante des enfants de M. le duc de Berry, s'attendait à recevoir beaucoup de grâces pour la naissance du duc de Bordeaux; elle a témoigné de l'humeur de n'en être pas accablée. La duchesse de Berry lui a donné un chale de huit mille francs; Monsieur, des diamants médiocres; Mademoiselle lui a apporté un joli bracelet de pierres de couleur. Le Roi ne lui a rien donné (1).
Novembre. — M. de Pradt, ancien archevêque de Malines, avait été traduit devant le tribunal de la Seine et acquitté, pour un ouvrage écrit contre le ministère; il a écrit à un notaire d'Allanches, son homme d'afi'aires, une lettre remarquable par son extravagance ; elle a couru dans toute l'Auvergne.
Lettre de M. de Pradt, ancien archevêque de Malines :
« Mon cher Monsieur Bonnet, cette lettre vous est commune « avec tous mes concitoyens; lisez-la-leur, répandez-la dans le < pays, qu'il sache qu'un de ses enfants vient de lui faire hon-
(1) Par la suite elle a été duchesse Le comte de Chabot, son gendre, devenu prince de Léon, a été nommé premier écuyer de M. le duc de Bordeaux. {Note du maréchal.)
« neur. Le ministère vient de me faire traduire devant les tri- « bunaux comme un rebelle et un excitateur à la guerre civile. « J'ai été arraché à mes foyers, à un lit de douleur, vous « l'avez vu; j'ai dû faire cent lieues. J'ai passé un mois sous « le coup d'une grave accusation; ma vie, ma liberté, ma for- « tune et mon honneur ont été compromis; j'ai été dans toutes a les bouches; j'ai eu à subir les horribles formalités de la jus- « tice; j'ai dû compai'aître devant une cour criminelle; on a a donné le scandale d'un archevêque comparaissant devant « un tribunal criminel, à côté d'une fille publique. Eh bien! d qu'en est-il résulté? Le plus beau triomphe qui ait jamais « existé.
« Une foule immense remplissait le palais; j'ai paru avec « les marques distinctives de ma dignité, avec le courage et le « calme le plus complets ; d'une voix tonnante j'ai prononcé un discours qui a produit sur l'assemblée un effet magique; il fallait voir comme on l'écoutait. J'ai quitté la salle un moment pour prendre l'air; on fondait en larmes; hommes et femmes me prenaient les mains, me félicitaient. Au moment où je rentrai ; « Chapeau bas, a-t-on crié, le voilà! » C'est le plus beau jour de ma vie; pendant cinq heures mon ouvrage a été commenté. On n'entendait que cela : t Comme c'est beau! comme c'est vrai! comme c'est courageux! » Pendant cinq heures, l'auditoire parut transporté; dans l'intervalle que le ministère public a parlé contre moi, il a été lu; pendant que les jurés délibéraient, ce qui a duré vingtcinq minutes, j'ai été accablé de félicitations; vingt personnes que je ne connaissais pas m'ont abordé en me disant : Vous êtes le premier homme de notre pays. » Pendant cinq heures, les avocats m'ont élevé jusqu'aux nues; ils semblaient prendre à tâche de me venger. Le jury était très mauvais, mais il n'était pas libre de me condamner, tant l'opinion était prononcée. Lorsqu'il a prononcé « non coupable » sur les trois points, il fallait entendre les applaudissements; j'ai été couvert de larmes, d'embrassemcnts; mille mains prenaient les miennes, et lorsque j'ai voulu traverser la salle, on entendait les cris : « A bas les chapeaux! Vive