CHAPITRE PREMIER — 1808. M
l'infanterie; il y renonça. Ces habits étaient sales à la guerre; dans les actions, le sang se voyait trop, cela produisait un mauvais effet sur le moral du soldat. Le 15* de ligne fit cette campagne en liabit blanc
Les fusiliers de la garde impériale et le 118- de ligne, un des régiments de nouvelle formation, partirent de Montdragon avec le général de division Verdier, vers Bilbao. Les grenadiers de la garde royale, arrivés le matin, suivirent à trois heures de l'après-midi la même direction.
La division Mouton, couvrant Vitoria vers Bilbao, avait été relevée dans cette position par le 36* de ligne. Je la rejoignis le 15 octobre à Almcncia, à une demi-lieue de Vitoria.
Le général de division Lasalle, avec sa cavalerie, était à Miranda. sur TÈbre; il fut forcé de se retirer à Armigno, en avant delà Guebla. Les divisions Bonnet et Merle se trouvaient à la même hauteur, à sa droite et à sa gauche. Le 17 octobre, notre division se reporta sur Ochoudiano. Nous comptions être attaqués; nous revînmes à Almencia dans la soirée. Nous apprîmes, le 18 octobre, la capitulation du général Junot. à laquelle on donna, dans le Moniteur, Tépithète dhonorable. Nous avions un bataillon du 4- léger à trois lieues en avant; on croyait à une attaque. J'y fus envoyé. Je revins le lendemain à Almencia.
L'Empereur avait ordonné dans les départements des Pyrénées la formation de bataillons de chasseurs de montagne. Les préfets s'en occupaient activement.
Le 22 octobre, le roi Joseph passa avec le maréchal Jourdan une grande revue. Nous prîmes position, le 23 octobre, à Miranda. Le général Mouton établit son quartier général au village de Communion, à une demi-lieue de cette ville. Notre droite occupait Puentellaria. Nous couchions dans une écurie; les chevaux du chef d'état-major Forestier se détachèrent et ne nous laissèrent pas dormir. Nous nous installâmes alors dans une grande chambre démeublée; les habitants avaient abandonné leurs maisons. Nous étions fort bien, l'adjudantcommandant Forestier, Perrin et moi, dans une grande alcùve pleine de paille. J'y étais accoutumé et j'y dormais bien.
On arrêtait sans cesse nos estafettes et nos courriers.
Le 36* de ligne, régiment du petit nombre de ceux d'infanterie dont les soldats portaient encore la queue, rejoignit la division Mouton, qui se composait jusque-là des 4« léger. 15" de ligne et d'un bataillon de Paris. Sa ligne de trois kilomètres s'étendait à Espejo, près d'Osma.
Les avant-postes des insurgés occupaient Orduna; le gros de leur troupe rétrogradait sur Burgos.
Le duc de Dantzig était du côté de Bilbao.
J'avais avec moi les Rêveries du maréchal de Saxe, Vlnstruction aux troupes légères du grand Frédéric, le Journal de Collé et quelques autres livres. Je lisais beaucoup. Dans les guerres les plus actives, on se trouve parfois dans des cantonnements où, quoique fort près de Tennemi. on a du temps à soi; il est bien de l'employer à son instruction.
Je fus le 30 octobre, à Yitoria, porter des dépêches au roi Joseph. Sa Majesté me traita à merveille. Elle recevait dans sa galerie, le dimanche, les principaux Espagnols et officiers. Le général Saligny. duc de San Germano, son grand maréchal du palais, était poli.
Je rapportai à Communion, le 31 octobre, la nouvelle de la prochaine arrivée de l'Empereur, qui fut reçue avec allégresse.
Novembre. — La division Mouton, renforcée des chevaulégers polonais de la garde impériale, se porta le 1" novembre à Berguenda. le 2 à Barbezena. Je fus envoyé avec des Polonais à Orduna. avec ordre de désarmer cette ville, si je parvenais à y entrer; les insurgés l'avaient évacuée. Je trouvai quelques fusils: je les fis briser sur la place. Cette opération terminée, je rejoignis la division. Elle se rendit le 3 à Quincoces. Envoyé le soir en reconnaissance avec des chevau-légers polonais à six lieues de pays, je trouvai les bivouacs ennemis en avant de .Médina. Des troupes de bœufs sur lesquels nos éclaireurs crièrent : t Qui vive? » dans l'obscurité, nous arrêtèrent un instant. J'étais de retour à la pointe du jour.
Nous séjournAmes à Tesa et Quincoces. Le général Mouton voulait attaquer Médina: le maréchal Bessières s'y opposa. La division quitta Tesa le 5 novembre. J'étais resté avec les der-
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niers hommes de l'arrière-garde; une femme s'accrocha à mon cheval, me suppliant de sauver sa fille des mains de lanciers restés en traînards. J'y fus, elle tenant toujours ma schabraque. Je fis rejoindre les coupables.
La division fut àPuentellarra. J'accompagnai le général Mouton à Fancorbo; le maréchal Bessièies désirait causer avec lui.
L'Em{)er(nir arriva dans la nuit du G novembre à Vitoiia; je fus à Puentellarra chercher la division, qui vint le 8 à liriviesca. Le 9, le maréchal Soult prit le commandcHicnt de notre corps d'armée. Le général de brigade Ricard était son chef d'état-major. Le général Guilleminot était celui du maréchal Bessières. L'Empereur donna à ce dernier le commandement de la cavalerie de l'armée, pour lui adoucir la pilule de lui ôter son corps.
Notre division s'établit à Quintanapalla, mauvais village; nous le quittâmes à la pointe du jour. Une grand'garde du dO* chasseurs de la division Lasalle, surprise pendant la nuit, fut faite prisonnière presque en entier.
A dix heures du matin, le iO novembre, nous étions en présence des insurgés espagnols, rangés en bataille en avant du bois de Gamonal. La cavalerie du général Lasalle, composée des iO' et 22* de chasseurs et d'un régiment provisoire, fut placée à nos ailes.
En arrière était la division Bonnet; la nôtre, formée en colonne par bataillons, marcha franchement, l'arme au bras, sur les batteries eimemies.
J'étais à quarante pas en avant; après avoir entendu siffler les boulets, je regardais où ils portaient; les canonniers espagnols tiraient bien, ils enlevaient des files entières du 4' léger, tète de colonne. Ces braves gens serraient les rangs à la voix du colonel Corsin, leur chef, en marchant au pas accéléré. Voir ainsi tomber les siens, quand on ne tire pas soi-même, est un spectacle douloureux. A cinquante pas du bois, je pris le galop; le général Mouton me cria : t Arrêtez, vous êtes fou. » J'arrivai sur une pièce de canon, suivi de l'adjudantcommandant Forestier; les canonniers l'avaient abandonnée à notre approche. La division reçut deux décharges à mitraille
à l'entrée du bois. Toute troupe dinfanterie marchant sans hésiter sur des batteries n'en recevra pas davantage; les canonniers n'ont pas alors le temps de charger le troisième coup. La fusillade s'engagea; notre artillerie légère fit merveille contre le canon de l'ennemi. Au débouché du bois, le maréchal Bessières le poursuivit, l'épée dans les reins, jusque dans Burgos. Ce maréchal s'était montré médiocre à Rio-Seco, et, plus à son aise, débarrassé du poids du commandement, il se distingua ce jour-là.
Nous rencontrâmes le maréchal Soult sur la grande route, au moment où nous marchions à l'ennemi. Nous ne l'avons pas vu et nous n'en avons pas entendu parler pendant l'affaire; nous ignorions où il était. Il avait été, m*a-t-on raconté, roulé par un cheval d'emprunt. Me trouvant à la fin du combat, à la gauche, avec des voltigeurs qui tiraillaient, un soldat espagnol se précipita vers moi et me tendit la main en me demandant grâce; je la lui pris. J'eus beaucoup de peine à empêcher nos soldats de le massacrer; je leur demandai, comme ils continuaient à le coucher en joue, s'ils voulaient me tuer; ils me répondirent : « Non, mais laissez-le-nous; vous aimez mieux les Espagnols que les Français. Quand ces brigands-là nous trouvent, ils nous assassinent. » Je remis cet homme à un chasseur de l'escorte du général Mouton; il fut conduit en arrière et sauvé. Arrivés à un pont sur le grand chemin, sous lequel plus de soixante Espagnols s'étaient réfugiés lors de la charge de cavalerie, nos fantassins prirent plaisir à les canarder, il n'y eut pas de possibilité de les empêcher. Nous poursuivîmes l'ennemi au delà de Burgos, sur la route de Lerma. Vingt pièces de canon, six drapeaux tombèrent en notre pouvoir. Notre division fut la seule infanterie engagée. L'armée du duc del Parque se composait de plus de vingt mille hommes de belles troupes.
Le second bulletin de l'armée d'Espagne, du 12 novembre 4808. s'exprima ainsi sur ce combat de Burgos :
« (]otle affaire, due aux bonnes dispositions du duc de Dal- « matie et à l'intrépidité avec laquelle le duc d'Istrie a fait « charger la cavalerie, fait le plus grand honneur au général