‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 17 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

€ Mouton. Il est vrai que cette division est composf^e de corps € dont le s(3ul nom est depuis longtemps un titre d'honneur. » La plupart des habitants s'étaient sauvés, Burgos fut livré au pillage. Un officier d'état-major entra dans une maison, et délivra une malheureuse femme qui était au milieu de cinquante soldats. Chacun attendait son tour ; plusieurs femmes vinrent chercher asile dans notre maison.

Il arrive parfois, au milieu des événements les plus horribles, des choses comiques : dans un village, des femmes, pour éviter la fureur des soldats, se réfugièrent dans un clocher en remontant l'échelle. Les voltigeurs de l'avant-garde, voyant leur proie leur échapper, par l'arrivée de leur régiment et le rétablissement de la discipline, leur montrèrent le poing en criant : « Faut-il être coquines! >

Nous passâmes la nuit, pour nous reposer du combat, à éteindre le feu, qui consuma plusieurs maisons sur le bord de la rivière. L'Empereur arriva à Burgos le il novembre, avec le prince de Neufchàtel, le duc de Frioul, grand maréchal du (talais, les généraux Bertrand et Lacoste, ses aides de camp. Le major Philippe de Ségur rejoignit avec un régiment provisoire de chasseurs à cheval. L'Empereur passa, le 12 novembre, la revue de notre division; il accorda des croix et de l'avancement. Le général Mouton demanda pour moi le grade de capitaine. Sa Majesté le refusa, me prétendant trop jeune. Le général sollicita la croix de la Légion d'honneur, en lui disant : t II est fils du préfet des Basses-Pyrénées. » — « Vous me gâtez mes jeunes gens, monsieur Mouton », reprit alors l'Empereur. Le général y mit de l'obstination; il en était rouge de colère. Sa Majesté finit par lui dire : « Eh bien, après la première affaire. » J'avais vingt ans, mais l'air beaucoup plus jeune ; cela n'était pas tout gain. Il n'y a qu'heur et malheur en ce monde. Si l'Empereur n'avait pas passé la revue, la proposition en ma faveur aurait passé dans le travail comme les autres, et j'étais capitaine.

J'ai eu la croix plus tard. C'est bien ce jour-là, je l'avoue en conscience, que je l'aile mieux méritée. Il est rare d'avoir l'occasion de prendre seul un canon, et j'avais eu beaucoup de

mal dans cette pénible campagne. Mon camarade Perrin, neveu du général Mouton, brave officier, obtint le grade de capitaine et la croix à la suite de ce combat.

Notre corps d'armée se dirigea immédiatement après la revue vers Santander. Nous arrivâmes à huit heures du soir à Huervesès, mauvais village; nous fûmes, le 43, à Pedrosa. Un grand nombre de traînards avaient la manie de voyager sur des ânes: le général Mouton fit couper les jarrets de ceux amenés près du bivouac par des soldats, qui comptaient les reprendre le lendemain. Il traita fort mal, à cette occasion, le colonel du 36* de ligne. Nous fûmes le 14 à Serranos, près Reinosa; à une demi-lieue en avant de Reinosa était le quartier général du maréchal Soult. Les Espagnols avaient abandonné dans cette ville trente-quatre pièces de canon et détruit leurs munitions; ils laissaient beaucoup de vivres et du fromage anglais excellent.

L'armée de Black était en pleine déroute, depuis la bataille d'Espinosa, gagnée par le général Lefebvre, duc de Dantzig. Notre corps d'armée, en quarante-huit heures, ramassa deux cents prisonniers. Le maréchal Victor arriva, le 16 novembre, à Reinosa. Notre division se porta à La Cerna. En passant près de cette ville, le général Mouton fit assembler un conseil de guerre, au milieu du bivouac, afin de juger un soldat du 15* de ligne qui était entré dans une église pour piller. Il s'était assis sur l'autel et avait couché en joue un chef de bataillon du 4* léger qui voulait le faire sortir. Lorsque les soldats s'écartaient de la colonne, le général Mouton envoyait les officiers supérieurs pour les faire rentrer. La sentence fut signée sur un tambour, le soldat condamné à mort, et exécuté sur-le-champ ; il était Piémontais. On voulait lui bander les yeux, il s'y refusa en prononçant ces paroles : « J'ai vu souvent le feu de près : je le verrai d'un peu plus près cette fois-ci. »

Nous allâmes le 17 novembre à Torre de la Veja. Nous fûmes bien logés dans un château du duc de llnfantado. Le colonel du 8' de dragons, Alexandre de Girardin, aide de camp du prince de Neufchâtel, nous y rejoignit. Le maréchal Soult fut à Santander, à quatre lieues plus loin.

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